Attentat de Manchester : les indiscrétions de Collomb sur l'enquête britannique

AFP

 

Gérard Collomb a rendu public mercredi des informations obtenues des enquêteurs britanniques concernant l’auteur de l’attentat qui a fait 22 morts lundi soir à Manchester. La Grande-Bretagne a laissé transparaître son agacement face aux fuites françaises, mais aussi américaines. 

Déjà agacées par les fuites américaines révélant mardi le nom du terroriste, les autorités britanniques ont dû faire mercredi avec les indiscrétions françaises sur ses prétendues allées et venues en Libye et en Syrie. D’après le Guardian, les services de sécurité britanniques n’avaient aucune intention de divulguer ces renseignements avant qu’Américains et Français ne les précèdent.

Mercredi matin,  le ministre de l’intérieur français a en effet déclaré sur BFMTV tenir des enquêteurs britanniques que Salman Abedi avait des liens “avérés” avec l’organisation Etat islamique et qu’il s’était rendu “en Libye puis sans doute en Syrie”.

Les responsables britanniques ont refusé de confirmer les détails fournis par Gérard Collomb. En l’occurrence que l’auteur de l’attentat était “sans doute” passé par la Syrie. “Aujourd’hui nous ne savons que ce que les enquêteurs britanniques nous ont appris”, a dit le ministre. Il s’agit de “quelqu’un de nationalité britannique, d’origine libyenne mais qui avait grandi en Grande-Bretagne et qui, tout d’un coup, après un voyage en Libye puis sans doute en Syrie, se radicalise et décide de commettre cet attentat”.

Par ailleurs, le kamikaze, Salman Abedi, 22 ans, a “peut-être” bénéficié de l’appui d’un réseau, a poursuivi Gérard Collomb, ses liens avec l’Etat islamique étant “avérés”. L’organisation Etat islamique a revendiqué l’attaque mardi. Les autorités britanniques entendaient conserver cet avantage afin de faire avancer l’enquête, notamment au domicile et dans le quartier ou résidait Salman Abedi.

Retropédalage

La ministre britannique de l’Intérieur, Amber Rudd n’a pas explicitement mis en cause la France. Mercredi soir, l’entourage du ministre faisait pourtant machine arrière en déclarant à Reuters que le ministre français avait choisi de ne “pas commenter ou entrer dans de quelconques détails sur l’affaire en cours”, se contentant de s’appuyer “sur l’expression publique des enquêteurs britanniques”.

“Ainsi, il a fait état du passage en Libye du terroriste, déjà connu, en évoquant l’hypothèse syrienne, parcours souvent vu chez d’autres terroristes, qui n’est pas établie à cette heure”, a-t-on ajouté.

Contrôler le flux d’informations

Mais ces révélations françaises ne constituaient que le second temps de l’irritation britannique. Mardi, les chaînes de télévision américaines, se basant sur des sources aux Etats-Unis, avaient révélé que le suspect de l’attentat se nommait Salman Abedi plusieurs heures avant que la police de Manchester ne rende son nom public.

Interrogée sur la BBC au sujet de ces fuites aux Etats-Unis et priée de dire si elle allait réfléchir à la manière dont la Grande-Bretagne partage ses informations avec d’autres pays, la ministre britannique de l’Intérieur, Amber Rudd, a répondu: “Oui, assez franchement. Je veux dire que la police britannique a été très claire sur le fait qu’elle veut contrôler le flux d’informations afin de préserver l’intégrité des opérations, l’élément de surprise. De ce fait, il est irritant de voir que cela sort d’autres sources.”

“J’ai très clairement dit à nos amis que cela ne devait plus se produire”, a-t-elle ajouté. Priée de dire si les fuites aux Etats-Unis avaient compromis l’enquête, elle a déclaré: “Je n’irais pas jusque là mais je peux dire qu’ils sont parfaitement au courant de la situation et du fait que cela ne devrait pas se reproduire.”