Attentat de Conflans: les réseaux sociaux dans le viseur des autorités

·3 min de lecture

L’émotion est toujours vive en France, 4 jours après le meurtre de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine. Beaucoup de questions se posent sur le rôle joué par les réseaux sociaux, que le gouvernement souhaite encadrer.

Pour Gabriel Attal, cela ne fait pas de doute, les vidéos publiées quelques jours avant le drame ont joué un rôle : « Ceux qui ont participé au lynchage public de cet enseignant via des vidéos sur les réseaux sont d’une certaine manière responsables de ce qu’il s’est passé ». Le porte-parole du gouvernement fait ainsi référence à ces vidéos, mises en ligne à la suite du cours donné par Samuel Paty sur la liberté d’expression.

Cabale sur les réseaux sociaux

Ainsi, le 7 octobre, le père de l'une de ses élèves - qui n'avait même pas assisté à ce cours - publie une vidéo sur Facebook dans laquelle il appelle à la mobilisation contre l'enseignant. Le lendemain, il met en ligne une deuxième vidéo plus virulente. Il y qualifie Samuel Paty de voyou et son nom et l'adresse de son collège sont également publiés dans un texte à part. Enfin troisième vidéo publiée : cette fois, la caméra est tenue par Abdelhakim Sefrioui, islamiste connu de longue date des services de renseignement. Au collège Bois-d’Aulne, l’affaire en question est résolue et le calme revenu. Mais ces vidéos, de partage en partage vont essaimer sur les réseaux sociaux, jusqu’à parvenir à Abdouallakh Anzorov, le tueur.

Vers la fin de l'anonymat sur internet ?

Dans ce contexte, le gouvernement veut agir contre le « fléau » de l’anonymat sur les réseaux sociaux, selon le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Cette mesure revient comme un serpent de mer à chaque fait divers, et cette proposition peut interroger pour ce cas bien précis, car aucun des auteurs de ces vidéos ne les a publiées anonymement. Il n’empêche, cette disposition fait parler, tout comme un retour de la loi Avia.

Porté en juin dernier par la députée LREM Laetitia Avia, ce texte entendait lutter contre la haine sur internet. Il sommait les plateformes de réseaux sociaux de supprimer dans les 24h les contenus haineux qui leur seraient signalés, sous peine d’amende. Cette loi a pourtant été grandement censurée par le Conseil constitutionnel, qui y voyait une atteinte à la liberté d’expression et de communication. Le Conseil estimait en effet que le risque était que les plateformes aillent trop loin, car les réseaux sociaux devaient estimer eux-mêmes ce qui relevait ou non d'un propos haineux.

La rectrice de Académie de Versailles, autre victime

Cette loi Avia pourrait donc renaître sous une autre forme. Laetitia Avia propose ainsi qu’elle puisse figurer dans le projet de loi contre les séparatismes qui doit être présenté en Conseil des ministres le 9 décembre. L’emballement des réseaux sociaux a également fait une autre victime, la rectrice de l’Académie de Versailles. La rumeur, fausse, a circulé qu’elle avait souhaité « sévir » contre Samuel Paty à la suite de son cours sur la liberté d’expression. Certains ont ainsi vu en elle « la collabo » des islamistes, qui aurait courbé le dos face aux protestations.

Ces contre-vérités ont été relayées sur Twitter par des personnalités influentes, comme Jean Messiha, membre du bureau national du Rassemblement national ou Florian Philippot. Il n’a ainsi fallu l’influence que de 4 comptes pour que cette fausse information fasse boule de neige et se retrouve parmi les sujets les plus discutés sur Twitter et trouve un certain écho sur Facebook. C’est d’autant plus problématique que Jean Messiha et Florian Philippot n’ont pas hésité à rendre public le nom de cette rectrice, qui donc subit un torrent d’insultes sans aucune raison.