Attentat avorté de Villejuif: réclusion criminelle à perpétuité pour Sid Ahmed Ghlam

Alain JEAN-ROBERT
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Croquis d'audience de Sid-Ahmed Ghlam lors de son procès à Paris, le 5 octobre 2020

Attentat avorté de Villejuif: réclusion criminelle à perpétuité pour Sid Ahmed Ghlam

Croquis d'audience de Sid-Ahmed Ghlam lors de son procès à Paris, le 5 octobre 2020

Les regrets tardifs de Sid-Ahmed Ghlam n'ont pas suffi: l'étudiant algérien a été condamné jeudi à Paris à la réclusion criminelle à perpétuité pour un projet d'attentat contre une église de Villejuif et l'assassinat d'Aurélie Châtelain, une jeune femme de 32 ans, en avril 2015.

Le jeune homme de 29 ans a été reconnu coupable par la cour d'assises spéciale de tous les chefs d'accusation, dont celui d'assassinat terroriste. Sa peine est assortie d'une période de sûreté de 22 ans et d'une interdiction définitive de séjour sur le territoire français au terme de sa peine.

Ce verdict, annoncé après quelque huit heures de délibéré, est conforme aux réquisitions du parquet national antiterroriste (Pnat).

La famille d'Aurélie Châtelain a accueilli la sentence avec émotion et soulagement.

"On est arrivé au bout de ce qu'on pouvait faire pour Aurélie", a confié à l'AFP sa mère après le verdict. "Ça ne nous la rendra pas mais c'est ce qu'on attendait de la justice", a ajouté Marie-Evelyne Bantegnie, en pleurs.

L'ancien compagnon d'Aurélie Châtelain, Mickael Bazin, père de leur fille Juliette qui avait 4 ans au moment des faits, a exprimé son "soulagement". A l'annonce du verdict, l'homme qui avait ému toute la cour, y compris la plupart des accusés, en racontant comment la vie de Juliette avait basculé après la mort brutale de sa mère est resté comme prostré durant plusieurs minutes.

Nathalie Desse, la belle-mère d'Aurélie Châtelain, n'a pu retenir ses larmes. "Il faudra qu'il ne fasse plus de mal à personne", parvient-elle à dire dans un soupir.

L'accusé, debout dans son box, tête baissée, est resté de marbre à l'annonce de sa condamnation.

"Je regrette amèrement mon parcours. Je culpabilise et je culpabiliserai toute ma vie pour ce parcours", avait déclaré Sid-Ahmed Ghlam dans la matinée avant que la cour se retire pour délibérer.

- Le nom des morts -

Comme à son habitude, depuis l'ouverture du procès le 5 octobre, le jeune homme n'avait pas eu un mot de compassion pour la famille de la victime. Il nie avoir commis ce meurtre qu'il met sur le compte d'un mystérieux complice dont aucune trace n'a été retrouvée par les enquêteurs.

Tout en reconnaissant avoir "adhéré" à "l'idéologie" de l'Etat islamique (EI), l'étudiant a affirmé durant son procès qu'il avait renoncé "à franchir le mur" de l'attentat. Devant les enquêteurs, il avait soutenu que son projet d'attaque contre une église était juste destiné à "faire peur" aux paroissiens.

Au cours des débats, il a raconté qu'il avait finalement renoncé à son projet d'attentat, "choqué" par la mort d'Aurélie Châtelain. Il avait aussi indiqué s'être volontairement blessé par balle à la cuisse pour échapper "aux représailles" de ses commanditaires en Syrie.

"Il faut accepter l'idée que Sid-Ahmed Ghlam a pu effectivement ne pas vouloir continuer à commettre cet attentat", a plaidé mercredi Me Christian Benoit, un de ses avocats en demandant l'acquittement.

La version de l'accusation, validée par la cour d'assises, est que Sid-Ahmed Ghlam a bien abattu Aurélie Châtelain pour lui voler sa voiture et qu'il s'est blessé accidentellement en remettant l'arme à sa ceinture. Sa blessure l'a contraint à renoncer à son attentat.

Seules des traces ADN et du sang de Sid-Ahmed Ghlam ont été retrouvées dans la voiture d'Aurélie Châtelain et sur l'arme du crime.

Un imposant arsenal a été en outre retrouvé dans le véhicule et au domicile de l'étudiant ainsi que du matériel de propagande de l'EI.

Au cours de son procès, le jeune homme a reconnu s'être rendu à deux reprises en Turquie où il a rencontré de hauts responsables de l'EI dont Abdelnasser Benyoucef, alias "Abou Mouthana", chef des opérations extérieures de l'EI, jugé en son absence et qui a été condamné symboliquement jeudi à la réclusion criminelle à perpétuité. Il est probablement mort en 2016 en zone irako-syrienne.

Sid Ahmed Ghlam soutient désormais être en voie de déradicalisation et se présente comme un "repenti" même si les seuls noms qu'il a pu donner aux enquêteurs sont ceux de personnes déjà décédées.

Rabah Boukaouma, accusé de lui avoir fourni des gilets pare-balles, a écopé jeudi de 30 ans de réclusion dont une période de sûreté des deux-tiers. Ses deux autres complices Abdelkader Jalal et Farid Brahami ont été condamnés à 15 et 25 ans de réclusion.

aje/jt/nm