Un attentat attribué au crime organisé fait cinq morts en Équateur

© Magdalena Moreira, AP

Une explosion s'est produite tôt dimanche matin dans un quartier populaire de Guayaquil, en Équateur, faisant cinq morts et 17 blessés. Le président Guillermo Lasso, qui pointe du doigt le crime organisé, a déclaré l'état d'urgence dans la ville.

Cinq personnes sont mortes et 17 ont été blessées dimanche 14 août à Guayaquil en Équateur dans une explosion attribuée au crime organisé qui a poussé le président Guillermo Lasso à déclarer l'état d'urgence dans cette ville côtière.

"J'ai déclaré l'état d'urgence dans la ville de Guayaquil en raison des événements criminels de ces dernières heures. Toutes les forces publiques seront disponibles pour rétablir le contrôle de la ville", a déclaré le président sur Twitter. Guillermo Lasso, qui a pris ses fonctions il y a un an, a affirmé que son gouvernement ne "permettrait pas au crime organisé d'essayer de diriger le pays".

L'état d'urgence sera en vigueur à partir de dimanche dans ce port de 2,8 millions d'habitants situé dans le sud-ouest du pays et durera trente jours, a précisé Diego Ordóñez, le secrétaire national à la sécurité publique et à la sûreté de l'État, lors d'une conférence de presse.

L'explosion qui s'est produite tôt dimanche matin dans le quartier populaire de Cristo del Consuelo a fait cinq morts, qui ont été identifiés et n'ont pas de casier judiciaire, a déclaré le ministre de l'Intérieur Patricio Carrillo lors d'une conférence de presse. Il a ajouté que 17 personnes ont été blessées dans l'explosion, dont certaines avaient un casier judiciaire. "Beaucoup d'entre elles, sinon la plupart, gardent le silence et ne veulent pas contribuer à l'enquête", a-t-il déclaré. Plus tôt, les autorités avaient fait état de vingt personnes blessées.

Peu avant l'explosion, deux inconnus à moto étaient arrivés sur les lieux et avaient déposé près d'un restaurant "un sac" contenant selon toute vraisemblance "un puissant engin explosif", a expliqué le général Zarate, faisant état des premiers éléments de l'enquête. L'explosion a également provoqué la destruction de huit maisons, entièrement éventrées par le souffle de l'explosion, deux voitures et une moto, selon le SNGR.

10 000 dollars de récompense

"Soit nous sommes capables de nous unir pour affronter [le crime organisé], soit le prix à payer sera encore plus élevé pour la société", a prévenu Patricio Carrillo, annonçant une récompense de 10 000 dollars [9 750 euros] pour toute personne qui livrerait des informations sur cet attentat.

Voisin autrefois pacifié de la Colombie et du Pérou, les deux plus grands producteurs mondiaux de cocaïne, l'Équateur est aujourd'hui un centre d'expédition de poudre blanche vers l'Europe et les États-Unis et un lieu de dispute de territoires entre multiples gangs, selon les autorités et les analystes.

Les cartels mexicains, soucieux de gérer l'ensemble de l'activité commerciale, de la production à l'expédition, ont trouvé en Équateur une économie dollarisée où ils peuvent blanchir leurs revenus illicites et des autorités peu préparées à faire face aux gangs et rapidement débordées par l'économie de la corruption.

Le pays, qui pendant des années n'était qu'un lieu de transit, est devenu un "sanctuaire pour le crime organisé", a récemment déclaré à l'AFP Mario Pazmiño, ancien chef des renseignements militaires.

Selon un récent rapport de l'Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC), l'Équateur, qui compte 18 millions d'habitants, est le troisième pays au monde où ont été réalisées en 2020 les plus importantes saisies de cocaïne, après la Colombie et les États-Unis, soit 6,5 % des 1 424 tonnes saisies dans le monde.

Ce juteux trafic entraîne de nombreuses convoitises et de violents règlements de comptes que les autorités peinent à contrôler. Le taux d'homicide est passé de 6 à 14 pour 100 000 habitants entre 2018 et aujourd'hui, selon les statistiques du ministère de l'Intérieur. Les affrontements entre gangs se sont aussi étendus aux prisons et ils ont fait plus de 350 morts parmi les détenus depuis février 2021.

Avec AFP