Attaque dans un club LGBT du Colorado: un employé raconte comment deux personnes lui ont sauvé la vie

Michael Anderson, un barman du Club Q, discothèque américaine attaquée dans la nuit du 19 novembre - Cecilia SANCHEZ / AFPTV
Michael Anderson, un barman du Club Q, discothèque américaine attaquée dans la nuit du 19 novembre - Cecilia SANCHEZ / AFPTV

Caché dans la cour de la discothèque, le barman Michael Anderson était sûr qu'il allait mourir lui aussi en écoutant les coups de feu tirés à l'intérieur qui tuaient ses amis et collègues.

"Je me suis juste senti seul, vraiment seul et terrorisé", raconte-t-il à l'AFP. "Je n'avais pas mon téléphone avec moi. J'avais peur de ne même pas pouvoir dire adieu à ma mère".

Quelques instants auparavant à peine, il servait des boissons au Club Q, une boîte LGBTQ installée de longue date à Colorado Springs, aux portes des Rocheuses aux Etats-Unis.

Le Club Q avait annoncé samedi un événement LGBT, une soirée "avec toutes sortes d'identités de genres et de numéros" à l'occasion de la Journée du souvenir transgenre, célébrée internationalement le 20 novembre. La musique pulsait. Il a commencé à entendre des bruits secs éclater.

Cinq morts et 18 blessés

"J'ai levé les yeux et vu l'ombre d'une personne de haute taille qui tenait un fusil. J'ai bien vu le fusil", se souvient-il. "Rafale après rafale. C'était absolument terrifiant".

"J'ai plongé derrière le bar. Du verre volait partout autour de moi, comme s'il y avait des balles qui brisaient les bouteilles et tout ce qui se trouvait là".

Redoutant d'être pris pour cible, Anderson a rampé jusque dans la cour où il s'est retranché, avec un collègue, entre un mur et une cabine, en quête d'une protection quelconque.

A l'intérieur, un homme qui sera arrêté par la police et identifié comme Anderson Lee Aldrich, 22 ans, tirait sur les fêtards de manière indiscriminée, tuant cinq personnes et en blessant 18 autres dont certaines grièvement. Et ce n'était pas fini.

"J'ai vu un fusil sortir de la porte sur la cour, le canon d'un fusil qui dépassait", se souvient Anderson. "C'est là que j'ai eu le plus peur. Parce que je savais ce qui allait se passer". "Il allait nous trouver", ajoute-t-il.

Maîtrisé par deux personnes

Ce qui s'est produit alors laisse Anderson éternellement reconnaissant envers des personnes qu'il considère comme des héros. Deux individus, selon la police, se sont précipités vers le tireur et l'ont maîtrisé. En relevant les yeux, Anderson l'a vu plaqué au sol.

"Il y a eu des gens très courageux qui l'ont battu et frappé, l'empêchant de faire plus de dégâts", dit-il.

"Je ne sais pas qui a fait cela. Mais je voudrais vraiment le savoir parce qu'en suis très reconnaissant. Ils ont sauvé ma vie la nuit dernière".

601 fusillades de masse en 2022

Les autorités n'ont pas donné d'indication sur l'éventuel mobile de l'attaque attribuée à Anderson Lee Aldrich. Ce nouveau drame s'inscrit dans un contexte de résurgence d'actes hostiles aux personnes transgenres, selon les statistiques des associations et du FBI.

"Nous ne devons pas tolérer la haine", a réagi depuis Washington le président Joe Biden. "Il n'y a pour l'heure aucun motif clair de cette attaque mais nous savons que la communauté LGBTQI+ a été la cible ces dernières années d'une effroyable violence haineuse", a-t-il déclaré dans un communiqué.

La tuerie illustre aussi la flambée de mortalité liée aux armes à feu dans un pays où elles circulent en très grand nombre. Depuis le début de l'année, 601 fusillades de masse ont été recensées aux États-Unis, en comptant la tragédie de Colorado Springs samedi, selon l'organisation Gun Violence Archive. Une fusillade de masse signifiant selon elle que quatre personnes ou plus ont été tuées ou blessées par balle, sans compter le tireur.

Toute tentative de législation réellement contraignante bute toutefois sur le lobbying très puissant de la National Rifle Association, qui a de puissants leviers parlementaires, ainsi que sur l'opposition farouche de nombreux parlementaires conservateurs, partisans d'une interprétation très large du droit constitutionnel à détenir une arme à feu.

Article original publié sur BFMTV.com