Attaque au couteau de Nice: la classe politique entre effroi et ton guerrier

Baptiste BECQUART
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L'attaque à Nice jeudi matin, survenue dans un contexte de crise avec la Turquie et de tensions avec le monde musulman, a saisi d'effroi le monde politique français et conduit la droite et l'extrême droite à durcir leur ton guerrier.

Le Premier ministre Jean Castex a dû quitter précipitamment l'Assemblée après l'annonce vers 9H30, après avoir "appelé l'ensemble de la représentation nationale à l'unité et à la cohésion". Il a dénoncé à son retour devant les députés une "attaque aussi lâche que barbare qui endeuille le pays tout entier".

Même appel d'unité d'Emmanuel Macron qui s'est immédiatement rendu sur place. Il a demandé de ne "pas céder à l'esprit de division" et de "terreur" face à cette "attaque terroriste islamiste". 

"Pour la première fois depuis l'occupation, la France n'est plus libre! Notre pays est en guerre, nous sommes en guerre!": Le député Les Républicains des Alpes-Maritimes Eric Ciotti n'a pas mâché ses mots sitôt l'attaque connue, avant de se rendre aussi sur les lieux de l'attaque.

Plusieurs autres responsables de droite ont embrayé, comme Guillaume Peltier, vice-président du parti: "C'est la guerre: anéantissons l'ennemi, protégeons notre peuple, sauvons notre civilisation".

Dans la salle des Quatre-Colonnes où les députés rencontrent la presse, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a repris son argument déployé ces derniers jours: "Je ne sais pas combien d'attentats il faudra au gouvernemnt pour prendre conscience qu'il faut se doter d'une législation de guerre pour répondre à la guerre qui nous est menée".

Au Sénat, le patron du groupe LR Bruno Retailleau a appelé le gouvernement à "sortir des demi-mesures": "si vous restez dans le cadre, vous continuerez à faire des discours, nous continuerons à faire des hommages et les crimes se poursuivront", a-t-il lancé à Jean Castex.

Cette nouvelle attaque intervient en pleine tension nationale et internationale, deux semaines après l'assassinat du professeur Samuel Paty qui avait montré des caricatures de Mahomet, sur fond de procès de l'attentat de 2015 contre Charlie Hebdo, hebdomadaire à l'origine de ces dessins contestés dans plusieurs pays musulmans.

En France, la classe politique s'est déchirée après l'assassinat de Samuel Paty, une partie de la gauche se voyant accusée d'"islamo-gauchisme".

Le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, qui avait été particulièrement visé, a exprimé son effroi jeudi matin, de même que sa "totale solidarité avec les catholiques de France": "Nous sommes très secoués, pour plein de raisons, le lieu, la foi catholique, l'accumulation d'évènements horribles qui nous perturbent tous et nous font nous interroger sur ce que va être notre vie collective demain", a-t-il dit à la presse.

La sénatrice EELV Esther Benbassa a continué à se défendre des accusations de complaisance: "Dès 2003, et à nouveau en 2015, je me suis battue avec d'autres en faveur d'un dialogue entre juifs et musulmans, ouvert, sans faux semblants, et n'esquivant aucune question difficile. Ils faisaient quoi, eux, pendant ce temps, nos accusateurs à la bonne conscience?"

- "Faire bloc" -

L'ancien Premier ministre Manuel Valls, tenant de l'hypothèse de "deux gauches irréconciliables" sur le sujet, a tweeté jeudi: "Nous sommes attaqués pour ce que nous sommes, la France, un pays démocratique, une république libre, une civilisation tolérante".

L'eurodéputé de Place publique Raphaël Glucksmann a pour sa part appelé à se "hisser au niveau des temps tragiques que traverse notre nation. A travers ses professeurs et ses croyants catholiques, c'est toute la France qui est attaquée par le fanatisme islamiste. Défendons-la. Ensemble. Sans hésiter ni faiblir".

Côté majorité, le délégué général de LREM Stanislas Guerini a appelé les oppositions à "faire bloc", dans un contexte également tendu à l'international. 

Plusieurs pays ont lancé des campagnes de boycott des produits français et des manifestations ont eu lieu dans le monde musulman après la défense par Emmanuel Macron des caricatures du prophète Mahomet, que l'enseignant Samuel Paty avaient montrées en classe. 

L'escalade diplomatique entre France et Turquie, alliés dans l'Otan, a encore été alimentée par la publication et d'une caricature de Charlie Hebdo représentant le président Recep Tayyip Erdogan en slip, bière à la main, soulevant la robe d'une femme voilée en s'écriant: "Ouuuh! Le prophète!".

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