Attaque au couteau à Londres: le gouvernement veut durcir la loi

Après l’attaque au couteau perpétrée dimanche 2 février dans une banlieue du sud de Londres, le ministre britannique de la Justice a annoncé ce lundi une loi d’urgence destinée à empêcher la libération anticipée des criminels inculpés pour terrorisme.

Vingt-quatre heures après l'attaque au couteau de Streaham, le gouvernement britannique a annoncé vouloir renforcer davantage son arsenal législatif. « Nous allons introduire une législation d'urgence pour mettre fin à la libération anticipée automatique, sans contrôle ni vérification, de personnes condamnées pour terrorisme ayant effectué la moitié de leur peine », a déclaré le ministre de la Justice Robert Buckland devant les députés.

Leurs demandes de libération anticipées ne pourront être examinées qu'à partir du moment où ils auront effectué deux tiers de leur peine et aucun ne sera libéré avant la fin de sa peine sans accord du comité de probation, a précisé le ministre.

Libéré à la moitié de sa peine

Dimanche en début d'après-midi, dans une rue commerçante de cette banlieue du sud de Londres, un jeune homme équipé d'un gilet explosif factice a poignardé et blessé deux personnes avant d'être abattu par la police. Une troisième personne a été légèrement blessée par un éclat de verre provoqué par un tir des forces de l'ordre. L'attaque a été renvendiquée par l'organisation État islamique.

L'assaillant, identifié comme Sudesh Amman, 20 ans, avait été libéré de prison moins de deux semaines plus tôt après avoir purgé la moitié de sa peine de trois ans et quatre mois de prison pour possession et diffusion de contenu jihadiste, selon le ministre de la Justice. D'après le quotidien The Times, il avait envoyé de la propagande de recrutement pour le groupe État islamique à des proches sur WhatsApp et consigné dans un carnet sa volonté de mourir en « martyr » et de tuer des non-musulmans.

Après l'attaque, la police a indiqué que des agents de son unité antiterroriste se trouvaient sur place « dans le cadre d'une opération préventive », suggérant que l'assaillant était surveillé. « Si quelqu'un doit être surveillé par la police dès sa remise en liberté, cela signifie qu'il y a une raison suffisante de le maintenir en prison », a réagi la députée travailliste de Streatham, Bell Ribeiro-Addy, sur Sky News.

Le maire de Londres, Sadiq Khan, s'est dit « fâché (...) du manque de progrès dans la réalisation des changements qui nous ont été promis en novembre » par le gouvernement. Selon lui, « environ » 70 personnes condamnées pour « infraction terroriste » sont actuellement en liberté à Londres. « Une des questions que j'ai pour le gouvernement est de savoir ce que nous faisons avec ces quelque 70 personnes », a-t-il ajouté sur ITV.

Un nouveau durcissement

L'attaque de dimanche la deuxième survenue en deux mois dans la capitale britannique. Elle a conduit le Premier ministre Boris Johnson à promettre « des changements fondamentaux » dans le traitement des auteurs d'attentats. « Nous devons utiliser tous les outils possibles pour nous assurer que cette menace est neutralisée », a déclaré son ministre de la Justice à la Chambre des Communes.

Le gouvernement avait déjà annoncé un durcissement législatif à la suite de l'attaque qui avait fait deux morts fin novembre à London Bridge, en plein centre de Londres, perpétrée par un jihadiste lui aussi automatiquement remis en liberté conditionnelle. Le projet de loi doit être déposé prochainement au Parlement, où les conservateurs disposent d'une très large majorité. Il prévoit notamment d'alourdir les peines pour les auteurs d'attentats, avec un minimum de 14 ans de prison pour les infractions graves, et d'interdire leur libération anticipée. Le texte se concentre aussi sur la prévention de la récidive, promettant de doubler le nombre d'agents de probation.

« Nous ne voulons pas revenir à un système nécessitant beaucoup de surveillance très, très laborieuse (...) quand une version carcérale peut se révéler meilleure », a déclaré Boris Johnson lors d'une conférence de presse. « L'anomalie que nous devons résoudre est le processus par lequel certaines personnes continuent d'être remises en liberté conditionnelle automatiquement sans aucun examen », a-t-il ajouté, estimant aussi « très difficile » de réhabiliter des islamistes. 

(Avec AFP)