Allemagne: le débat sur les réfugiés repart après l'attentat de Hambourg

Daphne ROUSSEAU
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Des inspecteurs de la police relèvent des indices après une attaque meurtrière au couteau, le 28 juillet 2017 à Hambourg, en Allemagne

Hambourg (AFP) - La polémique sur l'accueil des réfugiés en Allemagne redémarre après l'agression au couteau commise vendredi dans une rue commerçante de Hambourg par un demandeur d'asile débouté, un acte qualifié d'attentat par les autorités locales.

Le bilan de ce que le quotidien Bild, le plus lu d'Allemagne, appelle samedi en Une "l'attentat du supermarché", s'établit à un mort, un homme de 50 ans poignardé en faisant ses courses, et six blessés, cinq hommes et une femme, dont certains grièvement.

Alors que la police et le ministre de l'Intérieur de la ville-Etat hanséatique doivent faire le point sur l'enquête et les motivations précises de l'assaillant lors d'une conférence de presse à 12H00 (10H00 GMT), les dommages politiques collatéraux émergent déjà.

- 'Colère' -

Le maire de Hambourg, Olaf Scholz, a révélé en effet que l'auteur de ce qu'il a dénoncé comme un "attentat odieux" était un demandeur d'asile débouté, qui n'avait pu être reconduit à la frontière faute de documents en règle.

"Ce qui me rend encore plus en colère est que l'auteur est manifestement quelqu'un qui cherchait refuge en Allemagne et qui a détourné sa haine contre nous", a-t-il dit vendredi soir.

"Il s?agit manifestement d?un étranger en instance de départ mais qui ne pouvait pas être expulsé parce qu'il n?avait pas de documents d?identité", a-t-il regretté.

Politiquement, ce point est très délicat pour les autorités allemandes.

S'il se confirme que l'attaque au couteau est un attentat à motivation islamiste, le lien sera inévitablement fait avec le précédent acte de ce type, l'attaque au camion-bélier contre le marché de Noël à Berlin en décembre (12 morts).

Elle avait été commise par un Tunisien, Anis Amri, qui était dans une situation juridique identique : demandeur d'asile débouté, il n'en demeurait pas moins en Allemagne car sans papiers. La Tunisie, pendant plusieurs mois, n'avait pas reconnu qu'il était l'un de ses ressortissants.

Le gouvernement allemand a depuis durci les règles, en facilitant les expulsions de migrants considérés comme dangereux par la police et en renforçant leur surveillance.

Mais le maire de Hambourg a réclamé désormais un nouveau tour de vis. "Ceci montre à quel point il est urgent que ce type d'obstacles pratiques et juridiques aux expulsions soient levés", a-t-il dit.

Le débat autour des migrants, qui a empoisonné longtemps Angela Merkel suite à sa décision controversée d'ouvrir les portes du pays à plus d'un million de réfugiés en 2015, risque donc de ressurgir. Et ce alors que la chancelière conservatrice pensait en être débarrassée à l'orée des élections législatives du 24 septembre.

- Liens islamistes -

En perte de vitesse depuis des mois, la droite nationaliste allemande de l'AfD, qui dénonce l'arrivée de migrants musulmans dans le pays, s'est engouffrée dans la brèche après Hambourg.

Une de ses responsables, Beatrix von Storch, a estimé que l'attaque "était liée à l'islam". "Essayez enfin de comprendre", a-t-elle twitté à l'adresse d'Angela Merkel.

L'auteur de l'agression de Hambourg est un homme de 26 ans originaire des Emirats arabes unis. Il vivait dans un foyer de migrants de Hambourg, qui a été perquisitionné vendredi soir, a indiqué samedi la police, sans vouloir donner de détails sur les résultats.

Selon les médias allemands, il était connu des autorités pour des liens avec les milieux salafistes. Et pour Bild beaucoup d'éléments "pointent en direction de l'islamisme".

"Le meurtrier a frappé au c?ur de notre vie quotidienne, au moment où les gens faisaient leurs courses", a écrit le journal. "La réalité est qu'il y a des gens qui cherchent à terroriser notre société, à détruire notre sentiment de sécurité".

Mais le Spiegel souligne aussi qu'il souffrait de problèmes psychologiques et se droguait. Ce qui laisse des zones d'ombre sur ses motivations.

La police a jusqu'ici dit enquêter "dans toutes les directions".

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