Attaque à Aden le 30 décembre: un rapport de l'ONU pointe la responsabilité des Houthis

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L'attaque meurtrière le 30 décembre contre l'aéroport d'Aden au Yémen a été réalisée avec des missiles semblables à ceux des rebelles Houthis et qui ont été tirés à partir de lieux sous leur contrôle, affirme un rapport d'enquête onusien remis récemment au Conseil de sécurité.

"Le 30 décembre, trois explosions sont survenues à l'aéroport international d'Aden quelques minutes après l'atterrissage d'un avion transportant le Premier ministre Maïn Abdelmalek Saïd" et des responsables de son gouvernement, relate ce rapport confidentiel des experts de l'ONU chargés des sanctions imposées au Yémen, dont un résumé a été obtenu mardi par l'AFP.

Très rapidement après l'attaque, M. Saïd, à la tête du nouveau gouvernement d'union yéménite, avait affirmé que "les premières conclusions de l'enquête montraient que la milice terroriste des Houthis était derrière cet acte criminel".

Les Houthis ont rejeté mercredi les conclusions de ce rapport.

"Tout rapport sur le Yémen émanant d'organisations, de pays ou d'entités relevant du Conseil de sécurité ou des Nations unies sont à rejeter s'ils sont élaborés sans la participation de commissions indépendantes", a tweeté Mohamed Ali al-Houthi, un responsable politique des insurgés.

"De tels rapports sont irréalistes, impartiaux et manquent de crédibilité, d'objectivité et de professionnalisme", a-t-il ajouté.

"L'attaque a fait 20 morts parmi les civils, dont la ministre adjointe des Travaux publics et du Développement urbain Yasmin al-Awadhi, et blessé plus de 100 personnes, dont des voyageurs en partance, du personnel d'aéroport et des journalistes", précise le document onusien.

Le bilan annoncé à l'époque faisait état d'au moins 26 morts et plus de 50 blessés.

Pendant son enquête, "le groupe d'experts a constaté que l'aéroport avait été touché par trois missiles sol-sol balistiques à courte portée à guidage de précision, transportant des ogives à fragmentation".

Il s'agissait "probablement d'une version à portée allongée du missile Badr-1P, qui fait partie de l'arsenal houthi depuis 2018", ajoute le texte.

- "Dernière minute" -

"Au vu des lieux d'impact, il est clair que l'intention était de toucher l'avion transportant les responsables du gouvernement, comme le salon de réception des personnalités où une conférence de presse était prévue au moment de l'attaque", indiquent les experts.

Selon eux, "seule une décision de dernière minute de faire stationner l'avion plus loin du terminal, et un retard non prévu du débarquement des passagers ont permis d'éviter des victimes supplémentaires parmi les responsables du gouvernement".

Après avoir enquêté sur les lieux possibles de lancement des missiles, et étudié des images sur les réseaux sociaux, des témoignages, les angles d'impact et des données satellitaires, les experts --qui poursuivent leurs investigations-- ont "conclu qu'au moins deux missiles (dont un s'est écrasé peu après son décollage) avaient été lancés de l'aéroport de Taez et que les deux missiles restants avaient été vraisemblablement lancés d'un centre d'entraînement de la police dans le sud de la ville de Dhamar".

"Ces deux lieux étaient sous le contrôle des forces Houthis au moment de l'attaque", soulignent les experts.

Le conflit au Yémen oppose le gouvernement aux rebelles Houthis, qui ont conquis une grande partie du nord du pays, dont la capitale historique Sanaa en 2014. Les forces fidèles au pouvoir sont appuyées depuis 2015 par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite voisine, qui souhaite contrer les rebelles soutenus par son grand rival régional, l'Iran.

La guerre a plongé le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, dans la pire crise humanitaire actuellement au monde selon l'ONU, avec des dizaines de milliers de morts, des millions de déplacés et une population au bord de la famine.

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