Éviter toute "démagogie": Macron recadre ses ministres après des dissensions au sein de l'exécutif

Emmanuel Macron et Bruno Le Maire à l'Elysée le 30 août 2022 - Aurelien Morissard / POOL / AFP
Emmanuel Macron et Bruno Le Maire à l'Elysée le 30 août 2022 - Aurelien Morissard / POOL / AFP

La fin de la récréation. Emmanuel Macron a signifié son agacement ce mardi matin lors du Conseil des ministres contre certains membres de son équipe gouvernementale. Le président n'a pas apprécié que ceux-ci fassent le choix d'étaler publiquement leurs divergences, les appelant à éviter toute "démagogie". Leurs collègues ne sont guères plus tendres avec leurs voisins de bancs.

À commencer par Bruno Le Maire. Le ministre de l'Économie a reconnu ce dimanche sur France 3 une "dérive" de la part "du gouvernement et des précédents", concernant le recours aux cabinets de conseil.

Désaccord en place publique

Ces propos, inédits de la part d'un membre de l'exécutif sur cette affaire, ont poussé Olivier Véran à lui répondre vertement le lendemain.

"Je ne sais pas ce que c'est qu'une dérive ou un abus", a-t-il rétorqué sur France inter, reprenant à son compte une expression de Bruno Le Maire qui avait assuré en août dernier "ne pas savoir ce qu'était un super-profit".

Le Maire accusé de faire "cavalier seul"

L'étalement de telles dissensions en public a eu de quoi déplaire au président qui a veillé vendredi dernier lors de son déplacement à Dijon à afficher un visage serein. Le chef de l'État a assuré ne pas "être au cœur de l'affaire" McKinsey et veut éviter de mettre de l'huile de feu sur ce dossier très sensible.

"Bruno Le Maire joue cavalier seul, il a voulu se donner le beau rôle en critiquant le recours aux cabinets de conseil", grince un ministre présent ce mardi matin à l'Élysée, auprès de BFMTV.

Le quinquagénaire s'est-il dit qu'il avait été trop loin? Le recours aux cabinets de conseil "est utile, parfois nécessaire mais il ne faut pas en abuser. C'est pour ça qu'il a parlé d'abus", expliquait lundi l'un de ses proches.

"Tant pis pour le collectif"

Difficile cependant de ne pas voir dans ces divergences les prémices d'un match entre les macronistes dans la course à la prochaine présidentielle. Alors qu'Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter en 2027 pour un troisième mandat, plusieurs ministres pensent de plus en plus à l'après, avec, tout en haut de la liste Bruno Le Maire.

"Il ne cache plus son ambition en voulant se donner une bonne image, et tant pis pour le collectif", regrette encore l'un de ses collègues.

Comme pour se préparer, le locataire de Bercy a multiplié ces derniers mois les cafés en tête-à-tête avec des députés de Renaissance. L'énarque s'est également rapproché de Stéphane Séjourné, le nouveau patron du parti.

"Je lui conseille de ne pas brûler les étapes. Dans le lièvre et la tortue, c’est la tortue qui gagne. Le lièvre, plus personne n’y pense, sauf pour son comportement", s'agace-t-on dans l'entourage d'un ministre.

"On n'a pas de temps à perdre"

Ces tensions font d'autant plus mauvais effet que les prochains mois s'annoncent difficiles pour l'exécutif entre la hausse des prix, les craintes sur d'éventuelles coupures d'électricité et la très inflammable réforme des retraites.

"L’hiver approche, il sera peut-être compliqué: on n’a pas de temps à perdre", traduit sans ambages un membre de l'exécutif.

Si Bruno Le Maire agace, il n'est cependant pas le seul à avoir affiché sa différence. Clément Beaune et Gabriel Attal qui viseraient tous les deux la mairie de Paris en 2026, ont exprimé des avis très distincts sur la perspective de mettre sous tutelle la capitale, confrontée à l'explosion de sa dette.

"Qu'on s'occupe d'abord de l'inflation"

Pour le ministre des Transports interviewé sur CNEWS dimanche, cette possibilité devrait être bien envisagée "en ultime recours". Réponse de son collègue chargé des Comptes publics sur BFMTV dans la foulée: "je ne crois pas du tout que ce soit d'actualité".

Alors qu'une victoire de Renaissance dans la capitale semble possible en 2026, après des municipales catastrophiques en 2020, ces positions contraires font mauvais effet.

"Gabriel Attal et Clément Beaune qui pensent déjà à la mairie de Paris… Qu’on s’occupe d’abord de l’inflation et des problèmes de transport. On verra le cas Hidalgo plus tard", s'énerve un membre de l'exécutif.

Des "différences" comme dans "tous les groupes"

Certains au sein du gouvernement tentent cependant de relativiser la mauvaise atmosphère qui règne sur les bancs du gouvernement, évoquant bien "des différences", "comme dans tous les groupes politiques".

L'ambiance ne devrait probablement pas s'améliorer dans les prochaines semaines avec la présentation du projet de loi immigration qui pourrait fracturer le gouvernement, après un débat à l'Assemblée nationale le 6 décembre prochain.

Article original publié sur BFMTV.com