Attal, Darmanin, Philippe... Après les législatives, l'après-Macron se prépare

Un panier de crabes. Depuis la perte de la majorité absolue à l’Assemblée nationale en 2022, le navire macroniste tanguait. Deux ans plus tard, au soir du second tour des élections législatives, le parti présidentiel évite le naufrage en parvenant à faire élire 163 députés dans la nouvelle Assemblée nationale - mais le score reste loin des 250 sièges obtenus en 2022 ou des 350 de 2017.

Oui, les résultats sont plus positifs que prévu pour la majorité présidentielle - le bloc arrive en deuxième position à l'issue de ce second tour, contre une troisième position prédit par les sondages. Mais le camp d'Emmanuel Macron, déjà fragilisé par la dissolution décidée intempestivement par son chef, ne cache plus sa défiance envers le chef de l'État. Et le manque d'adhésion de ses membres à la politique menée était palpable dès les débuts de la campagne express.

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La macronie, sauvée de justesse, va-t-elle survivre aux ambitions des uns et des autres? La figure du chef affaiblie, les scores de son camp au plus bas depuis 2017... Les ténors de la coalition Ensemble pensent désormais à leur avenir. Après avoir fourni un dernier effort collectif dans cette campagne difficile, Gabriel Attal, Gérald Darmanin, Édouard Philippe, François Bayrou et consorts pensent à l'après.

Des distances prises dès le début de la campagne

Les députés et ministres Renaissance n'ont pas attendu le résultats du second tour pour comprendre que la photo d'Emmanuel Macron collée sur leur front risquait de leur porter malheur dans cette campagne express.

"Ça a été un atout majeur en 2017. Là on est après sept ans de mandat, force est de constater que le président de la République subit les affres de tous les présidents de la République", avait faire valoir à BFMTV Bruno Millienne, porte-parole du Modem, avant le scrutin.

Très peu de députés sortants ont souhaité s'afficher avec le chef de l'État sur leurs propagandes. Une des solutions de repli a été d'opter pour la photo de Gabriel Attal, jeune Premier ministre qui n'a pas ménagé ses forces dans cette campagne de la dernière chance. De nombreux députés Renaissance ont ainsi demandé à l'élu des Hauts-de-Seine de s'impliquer auprès d'eux et de prendre la pose à leurs côtés sur leurs affiches.

Le local plutôt que le national

Un très proche du président de la République, qui aura été l'oreille attentive des candidats Renaissance déprimés pendant la campagne, confiait à BFMTV.com que sur le terrain, l'accueil des électeurs était "nettement moins rugueux quand les députés mettaient en avant leur bilan local et dans l'hémicycle plutôt que celui de l'exécutif".

Selon cette même source haut placée, "certains ont même fait clairement campagne contre le président".

"Olivier Véran par exemple a très clairement marqué très tôt ses distances", estimait-il. L'ancien ministre de la Santé, confronté à un second tour difficile dimanche 7 juillet face à un candidat LFI qui l'a distancé de près de 7 points au premier tour, avait tout misé sur sa notoriété et son ancrage local. Celui qui a perdu son siège isérois avait choisi des affiches au fort marquage indépendant.

Ni Macron ni Attal pour l'ex-député sortant. Pas de trace non plus du logo présidentiel. L'ancien porte-parole du gouvernement s'est présenté "sans logique partisane", en candidat "social-démocrate", comme il l'avait affirmé au Dauphiné Libéré, même s'il bénéficiait de l'investiture d'Ensemble.

Parmi les réélus, la tentation de la dissidence

Gérald Darmanin, ancien fidèle de Nicolas Sarkozy, ne s’en cache plus. "Le pays est à droite. On doit gouverner à droite. Et ne pas avoir de coalition avec La France insoumise et Nouveau Front populaire", assure-t-il à BFMTV au soir du second tour des élections législatives.

Après avoir organisé sa première rentrée politique à Tourcoing en août 2023, celui qui se décrit à BFMTV comme un "homme de droite fidèle au président", lorgne clairement sur 2027. Réélu largement député dans la 10e circonscription du Nord, l’ambitieux met souvent son ancrage local et ses racines populaires pour accentuer la différence avec la majorité, perçue comme trop parisienne. Et confiait déjà au Figaro avant le premier tour, “vouloir préparer la suite”.

"Il serait bon que tout le monde, surtout à Paris, regarde comment la province vit", critique Gérald Darmanin. "Les électeurs ne veulent pas que vous ne veniez les voir que pour les élections. Ils ne veulent pas du parisien dominateur et sûr de lui. Ce que l'on a un peu été dans la majorité. Moi je n'ai pas fait sécession avec le peuple", tranchait-il dès le 23 juin dans le Figaro.

Après Darmanin, Édouard Philipe

Quid d'Édouard Philippe? En 2023, Gérald Darmanin estimait que l’ancien Premier ministre était "le mieux placé (pour 2027)". "J'ai dit à Édouard Philippe qu'il fallait qu'on construise un projet à plusieurs", expliquait-t-il sur TF1 avant le premier tour des législatives.

En matière de distance, Édouard Philippe, Premier ministre pendant la crise sanitaire, respecte les gestes barrières avec le président de la République. Le monsieur "loyal mais libre" de la macronie, comme il aime à se décrire, ne cache plus depuis la création de son parti Horizons sa volonté d’être le candidat du camp présidentiel en 2027.

L’édile du Havre qui explique souvent qu’il "faut voir loin pour faire bien", a déclaré après le second tour des législatives anticipées être "à la disposition de ceux qui veulent dès ce soir participer à la reconstruction d'un espoir".

Opposé à la dissolution de l’Assemblée nationale actée par Emmanuel Macron après la déroute de la liste Ensemble aux élections européennes, il a enfoncé le clou ce 7 juillet. Elle “devait être un moment de clarification”, mais “a au contraire conduit à une grande indétermination”, a tancé le maire dans une allocution.

Des élections qui en plus, n’ont pas bénéficié au groupe Horizons, allié de la désormais minorité présidentielle, qui a perdu quelques sièges aux élections législatives (26 contre 30).

En pleine campagne, il reprochait encore à Emmanuel Macron d’avoir "dissout la majorité présidentielle". Quand lui souhaite créer "une majorité parlementaire, plus stable, plus ouverte", de "la droite conservatrice à la gauche sociale-démocrate".

"Les mêmes causes produisent les mêmes effets", dit l’adage. Être nommé Premier ministre créé visiblement des ambitions. Dans cette guerre de succession à Emmanuel Macron, Édouard Philippe affrontera un autre adversaire: Gabriel Attal.

Le plus fidèle des fidèles regarde ailleurs

Le "petit frère" d'Emmanuel Macron - comme l'avait appelé le président lui-même en marge des commémorations de l'appel du 18-Juin - a-t-il digéré l'annonce abrupte de la dissolution choisie par son aîné sans l'avoir consulté?

Dans les premières heures qui ont suivi cette surprenante décision du soir du 9 juin, qu'aucun au sein du parti Renaissance n'attendait, le Premier ministre encaisse la claque après s'être démené pendant la campagne des européennes auprès de la candidate mal identifiée, Valérie Hayer.

Pendant toute la campagne des législatives, c'est mâchoire serrée qu'il fait le tour des circonscriptions pour soutenir les candidats macronistes. Après l'annonce des résultats du second tour dimanche 7 juillet, Gabriel Attal a d'ores et déjà prévenu dans son allocution qu'il allait remettre dans les 24h sa démission à l'Élysée.

Réélu très largement dans les Hauts-de-Seine, il prévoit également de rester en poste "aussi longtemps que le devoir l'exigera" dans le contexte des Jeux olympiques et rappelle, sentencieux: "Cette dissolution, je ne l'ai pas choisie, mais j'ai refusé de la subir".

C'est donc officiellement le "devoir", et non le président de la République, qui pousse le plus jeune Premier ministre de la Ve à rester si nécessaire, malgré ses désaccords réaffirmés.

Article original publié sur BFMTV.com