Assurance chômage: début d'une négociation un peu crispée par Macron

Déborah CLAUDE, Fabrice RANDOUX

Paris (AFP) - Les partenaires sociaux ont chacun réaffirmé leurs lignes rouges vendredi à l'ouverture d'une négociation difficile sur l'assurance chômage un peu perturbée par des déclarations d'Emmanuel Macron sur le bonus malus qui ont irrité le patronat.

Fin septembre, l'exécutif avait annoncé la couleur aux partenaires sociaux: il faudra faire entre 3 et 3,9 milliards d'euros d'économies sur trois ans. Objectifs: accélérer le retour à l'emploi, réduire la précarité et désendetter l'Unédic.

L'un des noeuds de la négociation est comment enrayer l'explosion des contrats courts qui coûtent cher à l'Unédic? Le candidat Macron avait promis d'imposer un "bonus malus" pour pénaliser les entreprises qui en abusent, promesse sur laquelle le gouvernement n'a fait que souffler le chaud et le froid.

La question devait être discutée au cours des dernières séances de la négociation, qui doit s'achever mi-janvier. Mais elle s'est invitée un peu avant l'heure à la table vendredi. Depuis Lens (Pas-de-Calais), Emmanuel Macron a réaffirmé sa promesse dans une déclaration ambivalente, évoquant le bonus malus, mais aussi des discussions au sein des branches, solution qui a la préférence du patronat.

"On le met en place en début d'année prochaine, mais on commence cette discussion branche professionnelle par branche professionnelle, et donc entreprise par entreprise, pour les inciter à changer les habitudes dans lesquelles elles s'étaient parfois un peu inscrites", a-t-il dit, en réponse à une question lors d'une table ronde.

Le patronat a aussitôt réagi. "Le bonus malus imaginé par le gouvernement va détruire des CDD et des emplois intérim sans pour autant créer de CDI!", a tweeté le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. "Suite à la #déclaration du président de la République. Bonus malus: Stop ou Encore ? Du coup, négociation #Assurancechômage: Stop ou Encore ?", a tweeté quant à lui le président de la CPME, François Asselin, alors que les négociateurs étaient toujours enfermés dans leur salle.

"Cela a créé un peu d'émoi et crispé la partie patronale", a commenté la CFDT. Emmanuel Macron ne "peut pas être et dedans, et dehors. Soit il laisse un temps pour négocier, soit non", a grincé Jean-François Foucard (CFE-CGC).

- système à deux étages -

La séance a été consacrée à la "philosophie" et "l'architecture du régime" dont le financement est assuré désormais pour partie via l'impôt (CSG) au lieu des cotisations sociales salariales.

La discussion a notamment tourné autour d'une proposition du Medef d'assurance-chômage à deux étages, avec une partie solidarité gérée par l'Etat et une partie assurantielle gérée par les partenaires sociaux.

Marylise Léon (CFDT) a indiqué qu'elle n'avait "pas de refus de principe d'un système à deux étages mais beaucoup de questions", de même que la CFE-CGC. Michel Beaugas (FO) n'y est pas tellement favorable, entrevoyant une "baisse des droits".

"On n'est pas encore dans le dur" de la négociation, a estimé de son côté Denis Gravouil (CGT), qui a fustigé les économies demandées. Il avait, dès son arrivée au siège de l'Unédic, déchiré en petits morceaux la lettre de cadrage du gouvernement.

Tous ont réaffirmé leurs lignes rouges. La première "est la dégressivité" des allocations, a rappelé la CDFT qui, comme tous les autres syndicats, ne veut pas de baisse de droits.

Les huit organisations syndicales et patronales devront aussi se pencher sur la "permittence", alternance entre emploi et chômage qui englobe plusieurs dispositifs, comme la possibilité de cumuler une partie d'allocation et de salaire.

La révision du régime des intermittents est également en jeu.

Au final, s'il n'est pas satisfait, l'Etat reprendra la plume.

"On est là pour limiter la casse plus qu'autre chose", a concédé Eric Courpotin (CFTC), décrivant "une ambiance un peu tendue".

Côté patronat, le Medef, qui se dit "attaché à un système assurantiel et contributif géré de manière paritaire", s'inquiète de ce "système hybride".

Syndicats et patronat ont déjà planché cette année sur une réforme qui a permis d'élargir l'indemnisation à davantage de démissionnaires et à certains indépendants, promesse de campagne d'Emmanuel Macron. L'encre de cette réforme était à peine sèche, cet été, que le président de la République leur a demandé de rouvrir le chantier et de réviser l'ensemble des règles d'indemnisation alors que la dernière convention est entrée en vigueur il y a tout juste un an.