Assistants d'eurodéputés MoDem: Sylvie Goulard mise en examen

Eleonore DERMY
L'ex-eurodéputée MoDem Sylvie Goulard le 12 septembre 2019 à Genval (Belgique)

Paris (AFP) - L'ex-eurodéputée MoDem Sylvie Goulard a été mise en examen vendredi pour détournement de fonds publics dans l'affaire des emplois présumés fictifs des assistants de députés européens, une enquête qui lui a coûté sa place dans la nouvelle Commission européenne.

Mme Goulard, actuellement numéro trois de la Banque de France, a été mise en examen pour "détournement de fonds publics" à l'issue de son audition au tribunal de Paris, a appris l'AFP de source judiciaire.

Contactée par l'AFP, la Banque de France a assuré que "sa fonction de vice-gouverneure" de l'institution monétaire n'était "pas remise en cause" à ce stade, en invoquant le "respect de la présomption d'innocence".

L'ancienne députée européenne (2009-2017) fait partie de la quinzaine de personnes convoquées depuis mi-novembre par les juges d'instruction du pôle financier du tribunal, qui cherchent à déterminer si des collaborateurs parlementaires ont été rémunérés par les fonds du Parlement européen alors qu'ils étaient en réalité affectés à d'autres tâches pour le parti centriste.

Le président du MoDem François Bayrou est pour sa part convoqué vendredi.

Mme Goulard est mise en cause dans cette affaire notamment pour l'emploi d'un de ses assistants parlementaires, Stéphane Thérou.

Cet été, elle avait accepté de rembourser au Parlement européen 45.000 euros, une somme correspondant à huit mois de salaire de M. Thérou, pour lequel elle n'avait pas pu fournir "de preuve de travail". Le 30 août, le Parlement européen avait clos la procédure la concernant.

Lors de son audition à l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff) à Nanterre le 10 septembre, Mme Goulard a expliqué avoir recruté M. Thérou dès son premier mandat d'eurodéputée, en 2009, sur les conseils de son prédécesseur, le général Philippe Morillon, avec qui il travaillait auparavant, selon un procès-verbal dont l'AFP a eu connaissance.

- "Trop confiante" -

Puis elle a expliqué avoir eu l'intention de s'en séparer lors de sa réélection et être tombée d'accord avec M. Thérou, qui voulait chercher un emploi dans le privé, "sur une séparation à l'amiable après une période de transition".

Toutefois, "je n'avais pas envisagé une période de transition aussi longue", a-t-elle affirmé, estimant avoir "peut être été trop confiante" dans "les promesses qu'il avait évoquées".

Les investigations en cours, ajoutées à la polémique sur des prestations réalisées pour un think tank américain, ont valu à Mme Goulard de se voir refuser sa nomination dans la nouvelle Commission européenne.

L'ouverture d'une enquête préliminaire du parquet de Paris, en juin 2017, avait déjà entraîné sa démission du poste de ministre des Armées. M. Bayrou (Justice) et Marielle de Sarnez (Affaires européennes) avaient eux aussi dû démissionner.

Dans cette affaire, la première mise en examen, pour "complicité de détournement de fonds publics" et "recel", a été prononcée le 15 novembre à l'encontre du directeur financier du parti centriste, Alexandre Nardella. L'ancien garde des Sceaux Michel Mercier a aussi été mis en examen pour "complicité de détournement de fonds publics".

Mercredi, le président du MoDem avait relativisé ces poursuites. "Tout le monde est mis en examen ou à peu près dans la vie politique française", a-t-il déclaré sur RMC et BFMTV.

"Ca n'est pas parce qu'on vous accuse de quelque chose que c'est vrai", s'est-il défendu, expliquant que les collaborateurs travaillaient "à temps partiel" pour le MoDem et "étaient payés pour une fraction de temps par le Parlement européen et l'autre fraction du temps par (le) mouvement". "Qu'est ce qu'il y a de répréhensible à ça?", a-t-il demandé, attribuant la responsabilité de l'affaire à "des calomniateurs".

Le MoDem n'est pas la seule formation politique dans le viseur de la justice pour des emplois présumés fictifs au parlement européen. Des enquêtes similaires ont ainsi été ouvertes pour La France Insoumise (LFI) et pour le Front national (FN), dans laquelle une vingtaine de personnes, dont Marine Le Pen, ont été mises en examen.