Procès Rançon: des "loupés" de l'enquête sur le meurtre d'Isabelle Mesnage à sa spectaculaire relance

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Jacques Rançon sur le banc des accusés du tribunal de Perpignan, le 26 mars 2018

Une jeune fille retrouvée morte en 1986, sur le "terrain de chasse" d'un homme qui deviendra le "tueur de la gare de Perpignan": la cour d'assises de la Somme a replongé mercredi dans une enquête qui a connu des "loupés" et une relance spectaculaire.

La famille Mesnage attend depuis 35 ans de savoir qui a tué Isabelle, jeune informaticienne souriante et indépendante de 20 ans, découverte morte en juillet 1986 à la lisière d'un bois, une affaire restée longtemps un "cold case".

"J'ai parfois honte de dire que je suis dans la justice", souffle sa belle-sœur, greffière, alors que l'enquête a abouti à un non-lieu en 1992.

"Le nom de Jacques Rançon n'est jamais apparu à l'époque où j'étais en charge", souligne à la barre Denis Coche, gendarme qui a mené les premières investigations. Un collègue d'Isabelle avait été soupçonné avant d'être mis hors de cause.

- Scellés détruits -

Les avocats de la défense déplorent que "la deuxième enquête", menée après un lien fait en 2017 avec le mode opératoire de Jacques Rançon, alors mis en cause pour des meurtres, viols et mutilations à Perpignan, "semble partir du principe" de sa culpabilité.

Pointant les lacunes des premières investigations, ils reprochent aux enquêteurs initiaux de réinterpréter leurs constats à charge.

"On peut dire qu'au départ de l'enquête, (..) il y a eu des loupés", déplore la présidente, Patricia Ledru, évoquant des modifications de la scène de crime.

Un médecin légiste avait conclu à la disparition des organes génitaux en raison de la prolifération des insectes sur le corps, mais un autre enquêteur assure avoir été convaincu dès cette époque qu'il en manquait des parties.

Pour les parties civiles, les mutilations sont une "signature" de Jacques Rançon, condamné en 2018 à la réclusion à perpétuité pour avoir violé et tué deux femmes à Perpignan en 1997 et 1998, ainsi que pour une tentative de viol et une tentative de meurtre.

Les scellés du dossier Mesnage ont été détruits mais en 2018, le corps d'Isabelle est exhumé pour une nouvelle autopsie. Elle établit des similitudes avec une des victimes de Perpignan: ablation des organes génitaux, lésions descendant sur les cuisses...

Jacques Rançon avoue ensuite le meurtre, le viol et les mutilations, avant de se rétracter.

Ses avocats ont tenté de montrer que ces aveux, à la septième audition de garde à vue, ont été obtenus sous la pression des enquêteurs, que ce taiseux dit ce qu'il croit qu'ils attendent de lui et que certains éléments ne collent pas avec la meurtre d'Isabelle Mesnage, comme l'absence de mention d'un bâton ensanglanté trouvé sur les lieux.

- "Lui faire l'amour" -

La géographie semble accuser l'ancien cariste de 61 ans. Il résidait à l'époque à quelques km de Cachy, où a été retrouvé le corps d'Isabelle Mesnage.

Un samedi de l'été 1986, il piège une adolescente, à 600 m de l'endroit où Isabelle Mesnage a été vue pour la dernière fois. Elle n'a jamais déposé plainte mais a témoigné mardi.

Si elle n'avait pas réussi à sauter par la portière de sa voiture, Jacques Rançon lui aurait "fait l'amour", a répondu à la cour l'accusé qui dit toujours "faire l'amour", jamais violer, et parle de ses méfaits sans aucun affect.

En 1992, il viole une femme sous la menace d'un couteau, à nouveau dans ce secteur. Cette fois, il est condamné à huit ans de réclusion.

La tentative de 1986, le viol de 1992 et le dernier lieu où Isabelle Mesnage a été vue se trouvent "dans un cercle au rayon de 2 km", a résumé mercredi Hervé Gobourg, gendarme qui a dirigé l'enquête après sa relance.

Trois communes constituent le territoire "où il chassait ses proies à l'époque", ajoute l'enquêteur, notant aussi que l'homme était libre chaque samedi en début d'après-midi, le moment où a disparu la jeune femme.

Mardi, experts psychologues et psychiatres avaient souligné la motivation toujours sexuelle de Jacques Rançon, qui ne tue que lorsque la victime résiste.

L'accusé, qui nie toujours, a dit souhaiter défendre son "honneur" dans cette affaire, face au portrait de tueur en série que les avocats des parties civiles font de lui.

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