Assemblée nationale : coup d'envoi des débats sur le pouvoir d'achat

© Valentine Chapuis, AFP

Promesse de campagne face à l'inflation galopante, le projet de loi sur le pouvoir d'achat et sa kyrielle de mesures de soutien sont arrivés lundi dans l'hémicycle, où les oppositions vont faire assaut de propositions d'aides nouvelles.

Minimas sociaux revalorisés, chèque alimentaire, remise carburant... Le projet de loi pour le pouvoir d'achat et le projet de loi de finances rectificative pour 2022 sont au menu de l'Assemblée à partir du lundi 18 juillet. Ils prévoient une batterie de mesures pour soutenir les ménages frappés par l'inflation.

"Je souhaite que nous puissions avancer de la manière la plus constructive possible", mais "nous n'entrerons pas dans une logique de surenchère", a averti le ministre de l'Économie Bruno Le Maire à la tribune, alors que 20 milliards d'aides sont déjà sur la table.

"Le compromis ne s'achète pas à coup de milliards", a-t-il encore lancé dans un hémicycle bien fourni à l'extrême droite comme à gauche.

Mais, au bout de quatre heures trente d'échanges dans l'après-midi puis dans la nuit, les députés ne sont pas venus à bout de l'article 1 du premier projet de loi, qui prévoit la poursuite de la "prime Macron" – une prime exceptionnelle défiscalisée et désocialisée pour les salariés.

L'alliance de gauche Nupes n'a eu de cesse de critiquer des primes d'"enfumage" venant "se substituer aux salaires", ce que la majorité récuse. Surtout, les Insoumis s'en sont pris aux "bons alliés de la macronie", à savoir selon eux les députés RN qui cherchaient à amender ou élargir la prime, et non à s'y opposer.

Les négociations s'annoncent ardues pour les macronistes

Le projet de loi de 20 articles "portant mesures d'urgence pour la protection du pouvoir d'achat" passe en première lecture jusqu'à jeudi, avec plus d'un millier d'amendements à la clé. Les députés enchaîneront avec l'examen du projet de budget rectificatif pour 2022 qui doit permettre de financer et compléter ces mesures.

Parmi les principales, figurent les revalorisations anticipées de 4 % des pensions de retraite et des prestations sociales, l'augmentation de 3,5 % du traitement des agents publics, un chèque alimentaire sous conditions de ressources de 100 euros, auquel s'ajouteront 50 euros par enfant.

On y trouve également la prolongation de la remise carburant de 18 centimes et du bouclier tarifaire sur l'énergie, la suppression de la redevance audiovisuelle ou encore le triplement de la prime Macron.

Le Parti communiste a étrillé un paquet de mesures "au goût de trop peu". C'est "quelques miettes et beaucoup de carbone", appuie l'écologiste Sandrine Rousseau.

Pour les Républicains (LR), "le mécontentement et l'incompréhension sont là" et "vous fracturez la société" en accordant des chèques à certains, a accusé leur orateur Thibault Bazin à l'adresse de l'exécutif. Son groupe pousse notamment pour une "baisse du prix du carburant à 1,5 euro par litre".

L'adoption définitive, à l'issue d'une navette avec le Sénat, est programmée au 7 août, si le plan du gouvernement se déroule comme prévu. Car faute de majorité absolue, la partie s'annonce ardue pour les macronistes s'ils veulent conserver les "équilibres" financiers.

"Tout le week-end, les téléphones ont chauffé tous azimuts, on a consulté à gauche, on a consulté à droite (...), je suis convaincu qu'on va trouver un bon accord pour les Français", a dit sur France 2 le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran.

"Aucun groupe, aucun parti politique, aucun député n'a intérêt à dire à la fin de la semaine que ce texte n'est pas adopté, parce que s'il n'est pas adopté, ça veut dire que le pouvoir d'achat des Français ne sera pas protégé", a mis en garde sur BFMTV la présidente du groupe LREM à l'Assemblée nationale, Aurore Bergé.

Un texte jugé "dangereux" par les Insoumis

Durant la semaine écoulée, le gouvernement a subi un premier revers sur le projet de loi sanitaire, amputé d'un article-clé sur le possible retour d'un passe sanitaire anti-Covid pour les entrées dans l'Hexagone.

L'heure est à la mobilisation, côté majorité, sur ce texte "le plus attendu des Français" et fort enjeu des campagnes présidentielle et législatives.

Face à la forte inflation (5,8 % sur un an en juin), les députés LR poussent notamment pour une "baisse du prix du carburant à 1,5 euro par litre", les RN pour une baisse de la TVA sur les prix de l'énergie. L'alliance de gauche Nupes va décliner en amendements son propre texte "d'urgence sociale" avec hausse du Smic à 1 500 euros ou taxation des "superprofits" des grands groupes.

La présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, a jugé lundi le texte "dangereux", car, selon elle, il "acte le refus d'augmenter les salaires, (...) le refus de piocher dans le trésor privé, et préfère piocher dans le trésor public pour gaver le trésor privé". "J'aimerais savoir quels sont les compromis auxquels est prêt le pouvoir", s'est interrogé sur Europe 1 le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, qui ne se contentera pas "d'approuver la copie" du gouvernement.

Du "sérieux budgétaire"

Pas de "démagogie" mais du "sérieux budgétaire", avait mis en garde le chef de l'État dans son interview du 14-Juillet, voulant croire "à l'esprit de responsabilité des forces politiques à l'Assemblée".

Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, fustige aussi la "folie financière" des oppositions avec leurs 100 milliards d'euros de propositions, alors que la salve d'aides discutée cette semaine est chiffrée à une vingtaine de milliards d'euros et que les gardiens des finances publiques, comme la Cour des comptes, tiquent déjà.

Il a cependant tendu la main aux LR en se disant ouvert à une défiscalisation des heures supplémentaires plus poussée – comme voté en commission – et à élargir l'indemnisation de ceux qui utilisent leur véhicule pour aller travailler.

"Le texte pouvoir d'achat va passer, mais ça va coûter 20 milliards de plus" en lâchant du lest aux oppositions, pronostique une source LREM, qui se demande comment elles pourraient voter contre. De fait, le groupe RN mené par Marine Le Pen a déjà prévu de soutenir ce texte "urgent", certains Nupes considèrent que "c'est mieux que rien" et la droite promet d'être "exigeante" sur le financement.

Espoir pour la nouvelle "méthode" et la recherche de compromis : un consensus se dessine sur la déconjugalisation de l'allocation aux adultes handicapés (AAH), c'est-à-dire sans tenir compte des revenus du conjoint.

Avec AFP

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