Assassinat de Samuel Paty : une pétition lancée contre un député radical tunisien

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Une quarantaine d'intellectuels tunisiens ont lancé, samedi, une pétition pour lever l’immunité parlementaire d'un député afin de le poursuivre en justice. Rached Khiari, du mouvement islamiste Karama, avait justifié le meurtre de Samuel Paty, considérant l’atteinte au prophète de “plus grand des crimes”.

Un texte “contre l’apologie du terrorisme”. Voici l’intitulé de la pétition lancée samedi 24 octobre par des membres de la société civile tunisienne, en réaction aux propos tenus par un député sur Facebook, le lendemain de l’assassinat de l'enseignant français Samuel Paty.

"Vanter les mérites de la décapitation du professeur (d’histoire-géographie) en public, comme châtiment divin, sur les réseaux sociaux, est une forme d'assassinat indirect", clament les signataires, qui demandent que l’immunité parlementaire de Rached Khiari soit levée afin qu’il soit traduit devant la justice tunisienne.

“Aujourd’hui, il est clair que la lutte doit être contre ceux qui occupent une position quelconque ou importante et qui, par leur discours, peuvent autoriser les actes de terrorisme”, explique l’un des signataires de la pétition, Fethi Benslama, auteur et psychanalyste franco-tunisien, contacté par France 24. “Avec l’assassinat de Samuel Paty, il y a ce que j’appelle des 'fatwa de fait' : ce sont des fatwa qui ne disent pas leur nom et où quelqu’un, à un moment donné, va inciter à la violence, parfois par des propos qui ne sont pas directs mais qui ouvrent la possibilité à ce qu’un fanatique galvanisé ou un jeune qui souffre de troubles psychiatriques soit séduit par cette parole de quelqu’un qui occupe une place d’autorité.”

Samuel Paty, professeur d'histoire de 47 ans, a été tué le 16 octobre à la sortie de son collège dans les Yvelines, près de Paris, pour avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet lors d'un cours d’éducation civique et morale sur la liberté d'expression.

Le lendemain, le député tunisien Rached Khiari – indépendant mais élu sous la bannière du mouvement islamiste Karama, membre de la coalition gouvernementale – avait écrit : "Toute atteinte au prophète Mahomet est le plus grand des crimes. Tous ceux qui le commettent (...) doivent assumer ses retombées".

“On défend la liberté d’expression”

La police tunisienne a ouvert une enquête préliminaire dans la foulée de ce message mais aucune enquête judiciaire n'a été ouverte pour le moment. “Une brigade spécialisée dans les affaires de terrorisme (est chargée) d'enquêter sur le contenu du message posté", a indiqué à l'AFP Mohsen Dali, substitut du procureur général au tribunal de première instance de Tunis, le 19 octobre.

Avec cette pétition – qui connaît un démarrage timide après son lancement récent –, les signataires, pour la plupart universitaires ou artistes, demandent que “L’État donne suite à l’enquête décidée par le Parquet et que l’Assemblée autorise la levée de l’immunité” du député concerné.

"Le discours de justification du terrorisme est lui-même une des formes abjectes de terrorisme", indique aussi la pétition. “Les discours sont porteurs de terrorisme, il y a des propos qui font peur aux gens, qui créent de l’effroi”, précise Fethi Benslama. “On défend la liberté d’expression, et si quelqu’un vient condamner celle-ci, il crée une situation de terrorisme sur ceux qui peuvent ou veulent s’exprimer librement.”

"Nous nous étonnons du silence assourdissant de la majeure partie de la classe politique et des groupes parlementaires sur l’apologie du terrorisme faite par le député en question", interrogent aussi les signataires de la pétition. Cette dernière ne semblait pas avoir suscité plus de réactions de membres du gouvernement ou de politiques de premier plan au moment de l'écriture de cet article.

La société tunisienne connaît de profonds clivages concernant la religion. La révolution de 2011 dans le pays a consacré la liberté de conscience et de croyance, inscrites dans la Constitution de 2014. Pour Fethi Benslama, cette pétition, outre la condamnation des propos de Rached Khiari, “est aussi un message envoyé à d’autres qui seraient tentés de faire la même chose” que le député tunisien.

Avec AFP