Aspire au matin calme

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Park Chan-wook Marqué dans sa jeunesse par la dictature, le réalisateur sud-coréen redoute un basculement du monde et de sa région.

Ale voir si posé, si intensément dans le plaisir de l’instant, aérant délicatement ses verres de corton-charlemagne puis de gevrey-chambertin pour en faire remonter les arômes, attendant que chaque convive ait été servi avant de porter le vin à ses lèvres, on ne peut imaginer les cauchemars qui tourmentent Park Chan-wook. Et pourtant l’homme ne serait pas ce qu’il est, une des grandes figures du cinéma coréen, asiatique et même mondial, s’il n’était poursuivi par ses cauchemars. «Quand j’étais étudiant, dans les années 80, j’ai beaucoup manifesté contre la dictature. Nous faisions face à des policiers armés jusqu’aux yeux, mais ce n’était pas eux qui faisaient le plus peur. Des unités de policiers mobiles habillés en civil se fondaient dans la foule et, au moment où nous nous y attendions le moins, se mettaient soudain à taper comme des brutes. Ce calme qui précède les explosions de violence continue à me hanter.»

Au contraire d’un Quentin Tarantino ou même d’un Johnnie To dont chaque séquence ou presque est baignée d’hémoglobine, la violence chez Park Chan-wook s’exprime, en partie, par le silence qui accompagne la terreur, coupant le souffle et la parole. Ce même silence, ce même effroi qui a saisi les Coréens en 2014 quand le ferry Sewol a fait naufrage sous leurs yeux au large de l’île de Jindo, entraînant dans les abysses plus de 300 personnes, dont de nombreux lycéens. «Nous avons assisté en direct à la mort de ces enfants. Depuis, nous avons tous, inconsciemment, la peur d’être enfermés dans des espaces confinés et d’être abandonnés comme ces étudiants l’ont été.»

Invité vedette, le week-end dernier, du Festival du film policier de Beaune, le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook a parlé autant politique que cinéma. C’est qu’il vient d’un pays en pleine tourmente, entre la pression de la Corée du Nord et la destitution, début mars, (...)

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