En Asie centrale: opération séduction pour Mike Pompeo

L’Asie centrale est à nouveau au cœur du « Grand Jeu », où les grandes puissances rivalisent d’influence. Au XIXe siècle, ce sont les empires britannique et russe qui s’affrontaient dans les steppes et montagnes du cœur de l’Eurasie. Aujourd’hui, ce sont la Russie, la Chine et les États-Unis. Le 2 février, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a rendu une visite remarquée aux ex-Républiques soviétiques du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan.

Pour Mike Pompeo, la stratégie était clairement de venir contrer la Chine, qui est devenue très puissante en Asie Centrale depuis une quinzaine d'années. C'est à Londres, que le chef de la diplomatie américaine a commencé a fustigé les Chinois après que les Britanniques aient décidé d'acquérir la technologie 5G produite par le géant chinois des Telecom Huawei. C'est là que le chef de la diplomatie américaine s'est fait remarquer en déclarant que le Parti communiste chinois est selon lui « la principale menace de notre époque ».

Dans le cadre de la guerre commerciale que l’administration Trump livre à Pékin, les États-Unis veulent venir contrer la Chine jusqu’à ses portes, dans les cinq républiques post-soviétiques d’Asie centrale. Cette visite a ainsi été organisée à l’occasion de la publication de la nouvelle stratégie américaine 2019–2025 pour l’Asie centrale.

Une réaction tardive

C’est la première visite en cinq ans dans la région du chef de la diplomatie américaine. Entretemps, la Chine s’est véritablement imposée en Asie centrale. Dès la chute de l’URSS, elle a investi la région. D’abord en s’occupant de sécurité, de frontières, au moyen de l’Organisation de coopération de Shanghai, l’OCS. Puis, à mesure que sa puissance économique explosait, en investissant dans l’économie. Dans les gisements de pétrole et de gaz, et dans les pipelines, au Kazakhstan et au Turkménistan notamment. Et en devenant le partenaire commercial numéro un de l’Ouzbékistan par exemple, où 500 nouvelles entreprises chinoises ont été enregistrées l’an passé.

Et tout ça, en ayant une approche tous azimuts : achats de mines de charbon, petit commerce, construction de centrales électriques, de ponts et autres infrastructures. Le tout, aujourd’hui, structuré par le grand projet des « Routes de la Soie » de Xi Jinping, le président chinois.

Une situation qui reste en défaveur de Washington

Même si la puissance financière américaine peut faire beaucoup, la situation ne devrait pas se retourner contre Pékin tant la manœuvre paraît bien tardive et grossière.

Au Kazakhstan, Mike Pompeo a rendu visite à des familles de personnes qui ont été enfermées dans les camps dits « de rééducation » du Xinjiang, la région musulmane de l’ouest de la Chine, où plus d’un million d’Ouighours sont retenus. Ce qui n’a guère plu aux dirigeants kazakhstanais, soucieux de ne pas irriter Pékin.

En outre, malgré la nouvelle stratégie publiée le 5 février, Washington ne convaint pas quant à son désir de redevenir un acteur clé dans la région, qu’elle a déserté après le retrait massif de l’Afghanistan voisin.

Désormais, le regard du chef de la diplomatie des États-Unis se tourne vers l'Afrique, où ilentame une tournée, d'abord au Sénégal, puis en Angola et en Éthiopie.