A'Salfo (Magic System): Hamed Bakayoko «était le ministre de la Culture bis»

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Hamed Bakayoko, est mort mercredi 10 mars à l'âge de 56 ans. Premier ministre populaire, aux multiples vies et casquettes : militant, patron de presse, homme d'affaires, mais aussi mécène pour de nombreux artistes. A'Salfo de Magic System s'exprime au lendemain de sa mort.

RFI : Dès hier soir, vous avez réagi sur votre compte Twitter à l’annonce du décès d’Hamed Bakayoko. Vous dites qu’il était une icône pour toute une génération, et pour vous, qu’il était un parrain…

Oui, effectivement. Quand je dis l’icône de toute une génération, Hamed Bakayoko était quand même une référence et le symbole de tous ceux qui partent derrière, pour devenir quelqu’un. Et moi, je crois qu’aujourd’hui on lui doit cela.

Il a redonné espoir à une jeunesse qui le prenait pour miroir. Hamback, qui est parti d’Adjamé, il est parti d’un quartier pauvre. Il a su se battre dans sa vie pour arriver là où était aujourd’hui.

Il se reconnaissait en tous ces jeunes qui se cherchent, comme on dit, à Abidjan. Et pour nous, les hommes de la culture, on disait que c’était le ministre de la Culture bis. Parce qu’il était à nos côtés dans tous les événements, à tous moments…

J’ai encore en mémoire que, quand je lançais le Femua à Abidjan, il a été la première autorité politique à croire de ce projet. Dès les premières éditions du Femua, il était à mes côtés. Et depuis ce jour, il ne nous a pas quittés, jusqu’à aujourd’hui.

Si le Femua est devenu ce qu’il est aujourd’hui, c’est parce qu’il y avait quelqu’un comme Hamed Bakayoko qui a toujours cru en la chose culturelle et qui était à nos côtés ! Sans compter sa présence dans nos moments de peine, dans nos moments de joie.

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Le Femua, c’est le Festival de musique urbaine que vous avez fondé. Hamed Bakayoko était un défenseur des cultures africaines, mais de tous styles et de toutes générations confondues, n’est-ce pas ?

Eh bien oui… Vous allez d’Abidjan à Kinshasa, tout le monde est unanime, aujourd’hui, c’est tout le monde de la Culture qui rend hommage à ce grand monsieur. C’est un mécène. Il n’aidait pas pour attendre quelque chose en retour. Il était là parce qu’il prenait le plaisir de le faire et il comprenait la difficulté de tout un chacun.

Aujourd’hui, quand vous parlez d’Hamed Bakayoko, que ce soit à Ouagadougou, que ce soit à Bamako, c’était l’Homme politique, qui était très populaire, qui était connu au-delà des frontières ivoiriennes.

Aujourd’hui, le monde de la culture perd quelqu’un. Et je crois que nous devons nous rassembler en dehors du programme politique ou du programme des autorités, qui sera établi pour ses obsèques. Nous - les hommes de culture - nous devons nous rassembler et lui rendre un hommage qu’il mérite, un hommage comme il se doit.

Et est-ce qu’il y a un souvenir que vous gardez de l’homme qu’il était et que vous voulez bien partager avec nous ?

Oui, j’ai un souvenir de lui. Déjà, je vous ai parlé du Femua... À toutes les éditions du Femua, il était présent. Et un de ces soirs, j’ai reçu un de ses coups de fil, où il me disait qu’il a envie d’écouter du zouglou, qu’il a envie d’aller voir un groupe zouglou.

Ce jour-là, je lui ai dit : « Écoute… il y a Yabongo qui joue à Yopougon ». Et cette nuit, lui et moi sommes allés jusqu’à Yopougon ! Je me rappelle et je crois que l’artiste doit s’en souvenir aussi : ce jour-là, le Premier ministre a pris en charge la prochaine production de son album. Et même le local qui abritait le concert, il a aussi aidé le propriétaire du local à remettre à neuf tout le local ! Tous ceux qui étaient présents sur place ont eu quelque chose de lui, avant qu’il ne parte. Cette soirée-là est restée inoubliable dans la tête de tous et jusqu’à aujourd’hui.

En parlant de lui, c’est comme s’il était encore vivant. Parce que, quand on se rappelle tous ces bons moments passés ensemble… Ah ! Je trouve que ce monsieur ne devait pas partir maintenant !