Un arrière-goût du traité européen de 2005

Libération.fr

La délocalisation de l’usine Whirlpool d’Amiens en Pologne fait resurgir le débat autour de l’avenir de l’Union européenne, comme menace ou solution…

La politique a toujours eu besoin d’une scène et d’acteurs pour donner à ses débats une matière humaine et une dramatique. Mercredi, tout était réuni pour faire de ce moment de campagne une date historique de notre vie politique contemporaine. Une usine promise à la délocalisation en Pologne, deux candidats à la présidentielle, des ouvriers en colère… C’était comme si, douze ans après le «non» au référendum sur le traité européen, la France des «ouiste» et celle des «nonistes» s’étaient donné rendez-vous sur ce parking de l’usine Whirlpool d’Amiens pour en découdre. Et trancher la question qui fracture en silence la France depuis presque vingt ans : l’Europe est-elle une protection ou une menace pour l’emploi et le pouvoir d’achat ? La candidate du «non», Marine Le Pen, avait le public avec elle. Celui du «oui», Emmanuel Macron, uniquement ses arguments. Et il avait beaucoup à perdre. Pas impossible, cependant, qu’il en sorte gagnant.

Ce duel du second tour est un concentré, presque chimiquement pur, des angoisses, des colères et des espérances hexagonales sur la question européenne. Marine Le Pen souhaite reconstruire, en quinze jours, la majorité de Français qui avaient rejeté le traité européen en 2005. Elle rêve d’agréger les souverainistes en tout genre, les ouvriers en colère, les employés fatigués, les antimondialistes convaincus et les agriculteurs au bord de la crise de nerfs. Tous ont en commun de trouver dans cette Europe un bouc émissaire d’autant plus évident qu’il n’est pas dénué de défauts. Alors Marine Le Pen appuie là où ça fait mal. Sans nuances.

Inégalitaire. Elle rappelle ainsi que le «non» français de 2005 a été piétiné. Que les politiques d’austérité ont aggravé la crise des subprimes importée des Etats-Unis. Et que l’Europe sociale n’existe malheureusement pas. Tout cela est en partie vraie. (...)

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