Arnault, Diop, Sicard, Tjibaou... Ces nouveaux visages qui font leur entrée à l'Assemblée

De nouveaux visages dans l'arène politique. Parmi les 577 députés élus le dimanche 7 juillet au second tour des législatives anticipées, 158 obtiennent pour la première fois un tel mandat. Certains sont des personnalités expérimentées, d'autres des membres de la société civile néanmoins impliqués politiquement.

· Raphaël Arnault, Nouveau Front populaire

"L'antifascime à l'Assemblée." C'est avec ces quelques mots que Raphaël Arnault a qualifié son arrivée dans la chambre basse du parlement, sur X, après sa victoire dans la 1ere circonscription du Vaucluse, qui bascule à cette occasion de l'extrême droite à la gauche.

Le jeune homme de 29 ans, fondateur et porte-parole du mouvement antifasciste lyonnais La Jeune Garde, s'est retrouvé sous le feu des projecteurs au cours des élections avec la révélation de l'existence d'une fiche S le concernant.

"Ces fiches n'ont aucune valeur juridique, ce ne sont pas des condamnations, c'est simplement l'État qui décide à un moment, ou non, de mettre une fiche S", avait-il rappelé sur notre antenne mi-juin. Son profil, dans une Assemblée nationale marquée par la présence de 126 députés RN, ne devrait pas passer inaperçu.

· Aurélien Rousseau, Nouveau front populaire

Ancien directeur du cabinet d'Élisabeth Borne, pendant la séquence de la très contestée réforme des retraites, puis éphémère ministre de la Santé, Aurélien Rousseau a été élu député de la 7e circonscription des Yvelines sous les couleurs du Nouveau Front populaire.

Intronisé par Place Publique, le parti de Raphaël Glucksmann, l'homme politique de 48 ans avait revendiqué avoir "toujours été de gauche" au cours des législatives, avant de rappeler le "désaccord politique" qui l'avait conduit à quitter ses fonctions au sein du gouvernement: l'adoption du projet de loi sur l'immigration. Il avait fait part d'une "divergence profonde" avec Emmanuel Macron, critiquant "un changement d'axe politique du président".

Cet énarque, passé par le PCF et les cabinets de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve à Matignon, a également occupé les fonctions de directeur de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France.

· David Magnier, Rassemblement national

La carrière politique de cet homme aujourd'hui âgé de 52 ans a débuté en 2019 lorsque, en colère contre "la non-écoute du gouvernement auprès des citoyens", il s'engage dans le mouvement des gilets jaunes. Aux européennes de 2019, il figure sur la liste du Mouvement pour l'initiative citoyenne, qui milite pour le référendum d'initiative citoyenne.

Contacté par la candidate RN pour les municipales à Beauvais (Oise) en 2020, David Magnier s'engage dans sa campagne avant de prendre la carte du parti en 2021.

Il l'a emporté avec 43,85% des voix face au communiste Loïc Pen (34,41%) et au député sortant LR Maxime Minot (21,73%) qui s'était maintenu bien qu'étant arrivé troisième lors du premier tour. "On est là pour travailler, pour les Français", a-t-il déclaré à BFMTV à son arrivée à l'Assemblée nationale.

· Emmanuel Tjibaou, Nouveau front populaire

Emmanuel Tjibaou, l'un des fils de l'emblématique leader kanak Jean-Marie Tjibaou, assassiné en 1989, est devenu le premier indépendantiste élu à l'Assemblée nationale depuis 1986. Une victoire pour ce novice en politique, qui ne s'était encore jamais présenté à une élection.

Une fois les résultats connus, Emmanuel Tjibaou s'est dit "impressionné par la mobilisation" mais aussi "par la situation dans laquelle notre pays est plongé aujourd'hui" sur La 1ère, affirmant que sa victoire est "un appel à l'aide, un cri d'espoir".

Son élection intervient quelques semaines seulement après de violentes émeutes en Nouvelle-Calédonie sur fond d'une réforme électorale controversée. Son frère, Joël Tjibaou, a été mis en examen et placé en détention provisoire en juin pour son rôle présumé dans les violences.

· Stéphane Séjourné, Ensemble

L'actuel ministre des Affaires étrangères Stéphane Séjourné se présentait pour la première fois à une élection législative. Il a été confortablement élu député dans la 9e circonscription des Hauts-de-Seine, déjà ralliée à la majorité présidentielle en 2022, avec 72,63% des voix.

Dans l'ombre durant de nombreuses années, Stéphane Séjourné fait partie des macronistes de la première heure, surnommés les "mormons", ces artisans de la victoire d'Emmanuel Macron en 2017. Après avoir été élu député européen en 2019, il avait pris les rênes du groupe Renaissance en 2022.

Lors du dernier remaniement, en janvier 2024, le discret homme politique était devenu à 39 ans le plus jeune locataire du Quai d'Orsay, avec de nombreux dossiers chauds, comme celui de la guerre en Ukraine, ou de la guerre qui oppose Israël au Hamas.

· Vincent Jeanbrun, Les Républicains

Battu en 2022 dans la septième circonscription du Val-de-Marne, Vincent Jeanbrun a cette fois été élu à l'Assemblée nationale, devançant de 600 voix la députée sortante insoumise Rachel Keke.

Il y a un an, la maison du maire Les Républicains de L'Haÿ-les-Roses avait été attaquée par des émeutiers. Il était alors devenu une figure de la droite et avait gagné en popularité.

Ancien assistant parlementaire de Valérie Pécresse, Vincent Jeanbrun est élu maire de sa commune depuis mars 2014. Il a dit lors de la campagne des élections législatives "mettre toutes[ses] forces dans la bataille parce [qu'il] refuse de donner un soldat de plus à Jean-Luc Mélenchon". La coalition présidentielle Ensemble n'avait pas présenté de candidat contre lui.

· Dieynaba Diop, Nouveau Front populaire

Des bancs du lycée de Mantes-La-Jolie dans lequel elle enseignait à ceux de l'Assemblée nationale, la néo-députée Dieynaba Diop se réjouit de son entrée au Palais Bourbon.

"Ça me fait une rentrée des classes avec un peu plus de pression", sourit l'enseignante qui a été élue le 7 juillet dernier au second tour des élections législatives dans la 9e circonscription des Yvelines.

L'élue souhaite avant tout porter une "politique de proximité", évoquant un sens des responsabilités locales. "J'espère [...] que celles et ceux qui m'ont fait confiance se disent que ça vaut le coup de m'envoyer à l'Assemblée nationale et que je sers à quelque chose", confie-t-elle au micro de BFM Paris Île-de-France.

· Thibaut Monnier, Rassemblement national

Pour la première fois, la quatrième circonscription de la Drôme porte à l'Assemblée nationale un candidat issu du Rassemblement national. Thibaut Monnier a été élu avec près de 42% des suffrages, au cours d'une triangulaire qui a vu la députée sortante Emmanuelle Anthoine (LR) être éliminée.

Cet ancien cadre du Front national dans le Jura, âgé de 39 ans, avait quitté le parti à la flamme en 2022 pour rejoindre les rangs de Reconquête. Il a ensuite participé aux côtés de Marion Maréchal à la campagne des européennes pour le parti d'Éric Zemmour, avant de retrouver le Rassemblement national avant les législatives.

Il est aussi connu pour avoir co-fondé avec la nièce de Marine Le Pen l'Institut des sciences sociales, économiques et politiques (ISSEP), à Lyon, qui se veut être une alternative à Sciences Po, dont il est actuellement le directeur.

· Anne Sicard, Rassemblement national

Autre triangulaire, autre candidat RN qui en a bénéficié pour être élu. Dans la 1ère circonscription du Val-d'Oise, Anne Sicard a été élue députée avec 37,5% des suffrages, face à Maximillien Jules-Arthur du Nouveau Front populaire (36,63%) et Émilie Chandler d'Ensemble (25,86%).

Cette dernière, députée sortante, avait choisi de se maintenir "pour ne pas lâcher [son] territoire", indiquait-elle à BFMTV, persuadée qu'aucun de ses électeurs n'allait "se rapatrier sur LFI".

Victorieuse, Anne Sicard va se retrouver pour la première fois sur les bancs de l'Assemblée nationale, après avoir échoué à être élue dans les Yvelines, pour les législatives de 2022, sous les couleurs de Reconquête. Proche de Marion Maréchal-Le Pen, selon Le Parisien, elle est arrivée dans les rangs du RN au moment de l'exclusion de cette dernière du parti d'Éric Zemmour.

L'appartenance d'Anne Sicard à l'Institut Iliade, où elle est en charge du fonds de dotation, selon Libération, après avoir été responsable des formations, comme en atteste une vidéo Facebook, devrait faire parler d'elle au sein de l'hémicycle. Né en 2014, cet institut a pour mission d'accompagner "tous ceux qui refusent le 'grand effacement', matrice du 'grand Remplacement'", peut-on lire sur son site internet.

· René Lioret, Rassemblement national

Avant lui, le département de la Côte-d'Or n'avait encore élu aucun député RN. René Lioret, 72 ans, l'a emporté dans la 5e circonscription avec seulement 42 voix d'écart face au député Ensemble sortant Didier Paris.

Selon France Bleu, ce fidèle du parti à la flamme l'a rejoint dès les années 80, lorsque Jean-Marie Le Pen était encore à sa tête. Il a échoué à de nombreuses reprises à se faire élire: aux régionales de 1992, aux municipales de 1995, aux départementales de 2015 et aux municipales de 2020. En juin 2021, le septuagénaire a enfin été conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté sur la liste de Julien Odoul.

Ces dernières années, ce sont ses prises de position tranchées et ses dérapages, notamment sur les réseaux sociaux, qui ont fait parler de lui. "Pas une seule 'petite tête blonde' parmi ces 'élèves décrocheurs'", commente-t-il lors d'une sortie de Gabriel Attal avec de jeunes élèves à Nice.

"Les racailles africaines, c'est toujours à 3 ou 4 contre 1, c'est à ça qu'on les reconnaît", écrit-il en 2022 en partageant les images d'un élève agressé. L'année dernière, il s'en est aussi pris à de nombreuses reprises à Louis Boyard, le traitant de "petit dealer de merde", de "connard" ou encore de "cochonou". Il le retrouvera au Palais Bourbon, l'Insoumis ayant été à nouveau élu dans le Val-de-Marne.

Article original publié sur BFMTV.com