Sur les armes nucléaires, la Corée du Nord veut accélérer en 2023

Cette photo prise entre le 26 et le 31 décembre 2022 et publiée par l’agence de presse officielle de la Corée du Nord, Korean Central News Agency (KCNA), le 1er janvier 2023, montre le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un assistant à la 6e session plénière élargie du 8e Comité central du Parti des travailleurs de Corée, au siège du Comité central du Parti à Pyongyang.). (Photo by KCNA VIA KNS / AFP)
STR / AFP Cette photo prise entre le 26 et le 31 décembre 2022 et publiée par l’agence de presse officielle de la Corée du Nord, Korean Central News Agency (KCNA), le 1er janvier 2023, montre le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un assistant à la 6e session plénière élargie du 8e Comité central du Parti des travailleurs de Corée, au siège du Comité central du Parti à Pyongyang.). (Photo by KCNA VIA KNS / AFP)

INTERNATIONAL- On peut craindre une escalade des tensions en 2023. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a appelé ce dimanche 1er janvier à une « augmentation exponentielle de l’arsenal nucléaire » de la Corée du Nord pour faire face à son voisin du Sud et aux États-Unis. Un message qui augure de la poursuite à venir des troubles dans la péninsule coréenne après une année 2022 déjà très tendue.

Au terme d’une grande réunion cette semaine à Pyongyang, le Parti des travailleurs, au pouvoir, a également annoncé que le pays allait « développer un nouveau système de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) dont la principale mission sera une rapide contre-attaque nucléaire », a rapporté dimanche l’agence officielle KCNA.

« Production de masse d’armes nucléaires »

« La situation actuelle appelle à redoubler d’efforts pour renforcer massivement la force militaire afin de garantir pleinement la souveraineté, la sécurité et les intérêts fondamentaux (de la Corée du Nord) en réponse aux manœuvre militaires inquiétantes des États-uniens et d’autres forces hostiles », a déclaré Kim Jong-un, selon un compte rendu de la réunion du Parti publié par l’agence.

« Cela souligne l’importance et la nécessité d’une production de masse d’armes nucléaires tactiques et appelle à une augmentation exponentielle de l’arsenal nucléaire du pays », a-t-il poursuivi. Dans une autre dépêche, KCNA a rapporté des propos de Kim Jong-un selon lesquels la Corée du Sud était désormais « entièrement à la portée de frappes » nucléaires nord-coréennes.

Un nombre record d’échanges de tirs de missiles en 2022

Des déclarations qui interviennent alors que la tension est remontée de façon spectaculaire ces derniers mois entre la Corée du Nord et son voisin du Sud ainsi que les États-Unis et le Japon.

L’année 2022 a en effet été marquée par un nombre record de tirs de missiles par Pyongyang. D’ailleurs, trois missiles balistiques à courte portée ont encore été tirés par la Corée du Nord samedi, et un autre dimanche à l’aube. KCNA a évoqué « un exercice de tir de lanceurs de roquettes multiples de très grande taille ».

Et le 26 décembre, cinq drones nord-coréens avaient pénétré dans l’espace aérien du Sud, survolant même le nord de la capitale Séoul. Malgré le déploiement d’avions de chasse et d’hélicoptères cinq heures durant, l’armée du Sud avait été incapable d’abattre les drones lors de cette incursion, la première du genre depuis cinq ans. Ce dont les forces armées sud-coréennes s’étaient rapidement excusées.

« Jouons avec les armes nucléaires »

Pour Lim Eul-chul, professeur à l’université Kyungman, les nouvelles déclarations de Kim Jong Un indiquent que la Corée du Nord « se prépare à la possibilité d’une guerre réelle après l’effondrement actuel des relations intercoréennes ».

Si, comme c’est probable, la Corée du Sud et son allié américain répondent par un accroissement de leurs manœuvres militaires conjointes, les tensions entre les deux Corées atteindront « un niveau sans précédent » en 2023, avertit-il. « Il est raisonnable de prédire que la Péninsule coréenne pourrait devenir une deuxième Ukraine si la situation est mal gérée », ajoute cet analyste.

Le ministère sud-coréen de la Défense a qualifié les dernières déclarations de Kim de « rhétorique provocatrice qui nuit sérieusement à la paix et à la stabilité de la Péninsule coréenne ». « Nous avertissons fermement la Corée du Nord que toute tentative d’utiliser des armes nucléaires se traduira par la fin du régime de Kim Jong-un », a-t-il encore affirmé.

Ce n’est pas la première fois que la Corée du Nord annonce la production de masse de bombes atomiques, rappelle de son côté Go Myong-hyun, chercheur à l’Asan Institute for Policy Studies. « Le message de Nouvel An de Kim Jong-un est quelque chose comme : jouons avec des armes nucléaires », a-t-il poursuivi. Selon lui, le dirigeant nord-coréen tente de montrer que « la Corée du Nord ne mendiera pas le dialogue et qu’elle fera pression sur la Corée du Sud et les États-Unis, surtout les États-Unis, en renforçant sa puissance nucléaire ».

Vers un nouvel essai nucléaire ?

Kim Jong-un avait déjà affirmé fin novembre vouloir doter son pays de « la plus puissante force stratégique du monde ». Deux mois plus tôt, la Corée du Nord avait adopté une nouvelle doctrine rendant « irréversible » son statut de puissance nucléaire, et l’autorisant à mener une frappe atomique préventive en cas de menace existentielle contre son régime.

Séoul et Washington prêtent à Pyongyang l’intention de mener prochainement un nouvel essai nucléaire, qui serait le septième de son histoire et le premier depuis 2017. Les dirigeants nord-coréens affirment qu’une dissuasion nucléaire crédible est essentielle à la survie de leur pays, qui se dit constamment menacé d’agression par les États-Unis.

Pour Leif-Eric Easley, professeur à l’université Ewha à Séoul, les récents gestes d’hostilité de Pyongyang, « pourraient être destinés à faire peur à la Corée du Sud pour qu’elle adopte une politique plus modérée ». Mais selon lui, ils risquent de produire l’effet inverse et pousser Séoul à renforcer ses moyens militaires.

« Si la Chine ne veut pas, à sa porte, d’une instabilité régionale causée par une course à l’armement intercoréenne, elle aura intérêt à en faire plus pour contenir Pyongyang en 2023 », estime Leif-Eric Easley.

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