Arménie: quel rôle peut encore tenir l'ex-président Robert Kotcharian après son acquittement?

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Mardi 6 avril, la justice arménienne a acquitté l’ancien président Robert Kotcharian, qui a dirigé le pays de 1998 à 2008. Celui-ci était poursuivi pour son éventuelle responsabilité dans la mort de dix citoyens qui manifestaient le 1er mars 2008 contre une élection présidentielle qu’ils jugeaient falsifiée. En 2018, après l’arrivée de Nikol Pachinian au poste de Premier ministre, Robert Kotcharian a été mis en examen et emprisonné à trois reprises. Régis Genté, correspondant de RFI dans la région, décrypte l'impact de l'acquittement de l'ancien président.

Pourquoi cet acquittement est-il important ?

Parce que, bien que détesté du peuple, Robert Kotcharian est toujours un poids lourd de la politique arménienne. La « Révolution de velours » de 2018 a été soutenue par l’immense majorité des près de trois millions d’Arméniens qui ont voulu débarrasser le pays de l’ancien régime, accusé de corruption. Mais les cercles politiques de Robert Kotcharian et de son successeur, Serge Sarkissian, renversé en 2018, demeurent puissants. Ils contrôlent les oligarques du pays, les médias et ont encore de nombreux relais dans les organes de force, dans la justice et les administrations clés du pays. Par ailleurs, Robert Kotcharian est manifestement quelqu’un qui a la préférence de la Russie, très influente en Arménie, notamment après la guerre du Haut-Karabakh, perdue par le côté arménien en novembre dernier.

Ce jugement est-il considéré comme « juste » ?

Pas vraiment, non. Le chef du gouvernement, Nikol Pachinian, se bat depuis quasiment son arrivée au pouvoir pour que la justice arménienne ne soit plus aux mains des juges placés par l’ancien régime. Il s’est notamment battu pour la nomination du président de la Cour constitutionnelle, laquelle a joué un rôle décisif dans l’acquittement de Robert Kotcharian. Elle a en effet décidé, deux semaines avant cet acquittement, de déclarer inconstitutionnelle une section du Code pénal sur la base de laquelle l’ancien chef de l’État était accusé.

Quel est l’impact politique de cet acquittement ?

Comme je l’évoquais, Robert Kotcharian est détesté de l’immense majorité des Arméniens. Les intentions de vote pour l’élection parlementaire anticipée du 21 juin prochain sont de l’ordre de 5%. Mais l’homme est puissant, tant par ses appuis dans les cercles dirigeants du pays que hors du pays, comme en Russie. Pendant ses détentions depuis sa mise en examen, le président russe Vladimir Poutine a démonstrativement souhaité l’anniversaire de Robert Kotcharian ou rendu visite à son épouse. Et ce alors que Moscou ne porte guère Nikol Pachinian dans son cœur. Cet acquittement pourrait relancer Robert Kotcharian et ses partisans et leur donner les moyens de renverser l’actuel gouvernement, bien que ce dernier soit encore largement devant ses opposants dans les sondages.