Argentine: le Sénat examine le projet de loi sur l’IVG, défendu par les militantes féministes

·4 min de lecture

En Argentine, le Sénat examine ce mardi 29 décembre un projet de loi, adopté par la Chambre des députés, autorisant l’avortement, sans condition, jusqu’à la quatorzième semaine de grossesse. Un sujet qui divise énormément ce pays de tradition catholique. En 2018, les sénateurs, réputés plus conservateurs que les députés, avaient rejeté la légalisation de l’IGV. Mais il pourrait en être autrement cette fois-ci, parce que le président péroniste Alberto Fernández est à l’origine du texte et parce que le mouvement féministe se renforce dans la société argentine.

Avec nos correspondants à Buenos Aires, Jean-Louis Buchet et Aude Villiers-Moriamé

Le texte a déjà été adopté par les députés, et passe maintenant à la Chambre haute du Congrès. Il y a deux ans, les sénateurs argentins avaient déjà rejeté la légalisation de l’avortement, à sept voix près. Cette année, le vote s’annonce encore plus serré.

Impossible pour l’heure de savoir quel camp va l’emporter. Les journaux argentins estiment que cela va sans doute se jouer à une ou deux voix près. En cas d’égalité, ce sera à la présidente du Sénat et vice-présidente argentine, Cristina Kirchner, de départager et elle s’est déclarée pour la légalisation de l’IVG.

Les militantes féministes sont donc très enthousiastes et se disent confiantes quant à l’issue du vote. Celles qui arborent un foulard vert, symbole de la lutte pour le droit à l’avortement, seront mobilisées sur la place du Congrès durant les débats au Sénat.

Le mouvement féministe ne faiblit pas

Avec leurs foulards verts, les militantes féministes sont prêtes à donner de la voix, comme en 2018, pour appuyer la légalisation de l’IVG. Parce que loin de faiblir, le mouvement féministe a su maintenir la flamme.

« J’étais devant le Congrès lors du vote du Sénat en 2018 et j’ai été très déçue. J’espère que ce ne sera pas le cas cette fois-ci, parce que c’est une question très importante pour la société argentine. Mais j’ai confiance : quand je vois qu’il y a tant de personnes qui arborent le foulard vert, des adolescents à des personnes de plus de 60 ans, je me dis que le mouvement féministe a obtenu que l’avortement soit une question qu’on ne peut plus ignorer », explique Cecilia qui fait partie du mouvement féministe.

Pour Victoria, une autre militante, l’une des principales raisons qui expliquent que l’avortement reste en tête de l’agenda publique est que les féministes ont communiqué sur la réalité des avortements clandestins, permettant ainsi de prendre conscience du danger de ces pratiques.

En effet, près de 40 000 Argentines sont hospitalisées chaque année à la suite d’avortements clandestins réalisés dans de mauvaises conditions sanitaires. Au moins douze femmes en sont décédées depuis 2018.

Pour la journaliste et écrivaine Ana Correa, une des référentes du féminisme argentin, c’est l’unité qui fait la force du mouvement : « Nous avons montré aussi, surtout depuis la naissance du collectif #NiUnaMenos (#PasUneDePlus) et la marche contre les féminicides de 2015, que, sur certaine questions, les femmes sont capables de former des alliances et des réseaux qui dépassent les clivages politiques. »

Le mouvement féministe, qui s’est renforcé dans la société argentine, semble avoir réussi à contrer les pressions des églises chrétiennes sur les sénateurs, grâce notamment à l’association Católicas por el Derecho a decidir (« catholiques pour le droit de décider »), qui fait partie du Collectif favorable à l’IVG. « La doctrine catholique autorise les dissensions, confie Marta Alanis, sa présidente, au micro de RFI. En ce qui nous concerne, nous sommes en désaccord sur les questions liées à la morale sexuelle en particulier. Ce n’est pas une contradiction pour moi. Je suis très fière de dire que je suis catholique mais que je m’oppose à la hiérarchie masculine et misogyne de l’Église officielle, qui ne nous représente pas.

« Dans la Bible, l’avortement n’apparaît pas comme une faute de la femme ! poursuit-elle. Et les femmes catholiques avortent dans la même proportion que celles qui adhèrent à d’autres confessions ou sont sans religion. Quand une femme ne peut pas faire face à une grossesse, elle recourt à l’avortement. Mais aujourd’hui encore en Argentine, les femmes doivent le faire en clandestinité. Et celles qui ont des moyens le feront de manière sûre, alors que les plus démunies et vulnérables auront recours à des méthodes qui mettent leur santé et leur vie en danger. C’est donc aussi une question d’équité ».

La mobilisation des anti-avortement

Les anti-avortement seront également présents de l’autre côté de la place du Congrès. Eux ont adopté le foulard bleu ciel comme emblème et sont particulièrement soutenus par les églises catholique et évangéliques. Leur slogan : « sauvons les deux vies », sous-entendu celle de la femme enceinte et celle du foetus.

Au Sénat, les débats démarrent à 16h, et pourraient s’étendre durant plus de dix heures, avant un vote prévu dans la nuit de mardi à mercredi.

À lire: Argentine: les députés approuvent la légalisation de l'IVG