Argentine: Cristina Kirchner visée par un mandat d'arrêt pour trahison

Alexandre PEYRILLE
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L'ex-présidente argentine Cristina Kirchner prête serment comme sénatrice, le 29 novembre 2017 à Buenos Aires

Buenos Aires (AFP) - L'horizon judiciaire de l'ancienne présidente argentine Cristina Kirchner s'assombrit: un juge a demandé jeudi son arrestation pour entrave à l'enquête au profit de l'Iran sur l'attentat contre une mutuelle juive qui avait fait 85 morts en 1994.

L'ancienne présidente de gauche (2007-2015), élue sénatrice en octobre, bénéficie d'une immunité parlementaire qui la met pour l'instant à l'abri d'une incarcération.

C'est le juge fédéral Carlos Bonadio qui a mis en examen Mme Kirchner pour "trahison" et demandé son placement en détention. En octobre, il l'avait convoquée et l'ex-présidente avait rejeté ses accusations.

Le juge considère qu'un pacte qu'elle avait conclu en 2012 avec l'Iran a permis aux suspects iraniens de se dérober à la justice argentine.

L'accord prévoyait que des hauts fonctionnaires iraniens, soupçonnés d'avoir commandité l'attentat contre la mutuelle Amia à Buenos Aires, soient entendus par des magistrats argentins à Téhéran, faute de pouvoir le faire à Buenos Aires. L'Argentine avait demandé en vain leur extradition.

Le pacte avait été approuvé par le Parlement argentin, mais l'Iran n'avait finalement pas respecté les termes de l'accord.

- Accusation "absurde" -

L'accusation du juge Claudio Bonadio est "absurde", a réagi Mme Kirchner lors d'une conférence de presse, "c'est un acte de politique extérieure qui n'est pas punissable. C'est un excès, qui viole l'Etat de droit".

Elle contre-attaque et accuse le président argentin Mauricio Macri de "manipuler la justice" pour écarter sa principale opposante. Il est "le chef d'orchestre et (le juge) Bonadio exécute la partition judiciaire", a-t-elle dénoncé.

Le gouvernement ne s'est pas exprimé jeudi, mais le pouvoir politique assure qu'il n'exerce pas la moindre ingérence sur la justice.

Cristina Kirchner, 64 ans, a prêté serment la semaine dernière comme sénatrice. Avant tout placement en détention, le Sénat devrait d'abord voter la levée de son immunité.

Il semble toutefois peu probable que le Sénat puisse rallier les deux tiers des voix pour lever cette immunité.

A partir du 10 décembre, la coalition gouvernementale disposera de 25 sièges sur 72 au Sénat, alors que le mouvement péroniste auquel appartient Mme Kirchner en comptera 32, mais seulement une dizaine répondant directement aux ordres de l'ex-chef d'Etat.

L'accusation pour entrave à l'enquête au profit de l'Iran avait d'abord été lancée en 2015 par le procureur Alberto Nisman, à la tête du parquet.

Mais la veille de présenter son accusation contre Mme Kirchner au Parlement, il était retrouvé mort dans son appartement de Buenos Aires.

- Avant Kirchner, Menem -

Comme celle sur l'attentat de 1994, l'enquête sur les causes de la mort de Nisman - suicide ou meurtre - n'a pas abouti.

L'Iran est accusé par Buenos Aires et Israël d'avoir commandité l'attentat de 1994 contre le bâtiment abritant les institutions juives d'Argentine, qui constitue le plus grave acte antisémite jamais perpétré en Amérique latine, mais aucun procès n'a pu avoir lieu jusqu'ici pour juger les responsables.

Le juge Bonadio a repris début 2017 l'enquête entamée par le procureur Nisman.

En revanche, une autre accusation pour entrave à l'enquête dans les années qui ont suivi l'attentat, est actuellement jugée lors d'un procès dont les accusés sont l'ex-président Carlos Menem (1989-1999), le juge en charge de l'enquête dans les années 1990 Juan José Galeano et le patron des services de renseignement de l'époque.

M. Menem, condamné à sept ans de prison dans une affaire de vente d'armes pendant son mandat (1989-1999), continue de vivre en liberté en Argentine grâce à son immunité de sénateur. A 87 ans, il a été réélu en octobre et vient d'entamer un nouveau mandat de quatre ans.

La justice a également ordonné jeudi l'arrestation de l'ex-ministre argentin des Affaires étrangères Hector Timermann et de plusieurs autres hauts responsables.

Jeudi, le plus proche conseiller des présidents Nestor et Cristina Kirchner, Carlos Zannini, a été placé en détention préventive dans la même affaire.

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