ARCHIVE. Quand Yves Coppens se racontait à Sciences et Avenir

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Globe-trotter infatigable, homme d’intuition et grand conteur, le paléoanthropologue est décédé à l'âge de 87 ans. Passionné par les mammouths, il est le codécouvreur de l’australopithèque Lucy. Il a aussi mis en lumière la façon dont le climat a influencé notre évolution. Retour sur une vie exaltante à l’occasion de la publication de ses mémoires.

Comment avez-vous contracté « l’archéologite », cette passion pour l’archéologie et la préhistoire ?

J’étais fasciné par les menhirs, les vestiges gallo-romains qui m’entouraient en Bretagne. Tout jeune, je léchais les vitrines des musées et des sociétés savantes, comme la Société polymathique du Morbihan qui m’a ouvert sa bibliothèque, à Vannes, dès mes 10 ans, en 1944. Ma première fouille avec l’un de ses membres, cette même année, a été une révélation. Je n’ai cessé dès lors de courir les landes bretonnes pour chercher des bouts de caillou et de poterie. Pour mes camarades de classe, je suis devenu « Coco le fossile ».

Vous racontez avoir engagé votre première controverse scientifique à 14 ans. De quoi s’agissait-il ?

J’avais mis au jour des petits fours à augets (godets de terre cuite) servant à évaporer l’eau de mer pour en extraire le sel. Pour moi cette industrie était gauloise alors que pour mes aînés, elle était un apport romain, une telle technique n’ayant pu être maîtrisée par les « malheureux indigènes ». J’ai tenu bon avec arrogance devant leur condescendance ! Mon père, physicien, nous a départagés avec des datations au carbone 14 : 377 avant J.-C., soit bien avant que Jules César ne batte les Vénètes [qui ont donné leur nom à la ville de Vannes] en 56 avant. J.-C. J’ai jubilé ! J’étais alors très chauvin.

Quelle a été votre première émotion de chercheur à 20 ans ?

Étudiant à Rennes, je fouillais pendant toutes mes vacances. Un jour, avec la direction des Antiquités préhistoriques, nous nous sommes attaqués à une butte sur l’île de Carn (Finistère). Nous avons dégagé une sorte de coffre de pierre dont l’un des pans sonnait « creux ». Nous avons pratiqué une ouverture et - comme j’étais le plus mince - j’ai eu le privilège d’entrer le premier… dans une tombe inviolée depuis 7000 ans ! C’était la chambre sépulcrale intacte d’un dolmen, à la voûte de granit. J’ai hurlé mon bonheur.

Vous rêviez d’hommes préhistoriques. Comment vous êtes-vous retrouvé à étu[...]

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