Arabie saoudite: la militante des droits humains Loujain al-Hathloul a été libérée

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La militante saoudienne des droits humains Loujain al-Hathloul a été libérée après quasiment trois ans passés en prison, a annoncé mercredi soir sa famille. Elle est devenue ces dernières années un visage emblématique de la répression en Arabie Saoudite.

« Loujain a été libérée », a écrit sur Twitter, sa sœur Lina, ajoutant en anglais que « Loujain est à la maison, après mille et un jours en prison », avec une photo où la jeune femme semble amaigrie, mais souriante.

La militante des droits humains avait été condamnée le 29 décembre à cinq ans et huit mois de prison en vertu d'une loi « antiterroriste », une peine assortie d'un sursis qui la rendait libérable dans quelque deux mois, selon sa famille.

Loujain al-Hathloul, 31 ans, a été reconnue coupable de « diverses activités prohibées par la loi antiterroriste », a précisé le média en ligne pro-pouvoir Sabq, qui a assisté à l'audience. Selon des médias saoudiens, la peine est assortie d'un sursis de deux ans et dix mois « à condition qu'elle ne commette pas de nouveau crime dans les trois ans ».

La période passée en détention provisoire est prise en compte ce qui rend Loujain al-Hathloul, arrêtée en mai 2018, libérable dans deux mois, a tweeté sa sœur Lina. Une source proche de la famille et le groupe d'opposition ALQST, basé à Londres, avaient déclaré qu'elle serait libérée avant le mois de mars.

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Le tribunal avait également interdit à la militante de quitter le royaume pendant cinq ans, avait ajouté Lina al-Hathloul, précisant que sa sœur avait l'intention de faire appel du jugement.

Les États-Unis ont salué cette libération quelques heures après, la qualifiant de « certainement un développement très bienvenu », a dit le porte-parole du département d'État américain Ned Price. « La promotion et la défense des droits des femmes et des autres droits humains ne doit jamais être pénalisée », a-t-il ajouté devant la presse.

Loujain Al-Athloul n’a que 31 ans, mais un long passé de militante féministe. Elle avait notamment bravé la loi qui a longtemps empêché les femmes de prendre le volant en Arabie Saoudite.

Elle et plusieurs autres militantes saoudiennes ont été arrêtées au printemps 2018, au moment où précisément le royaume permettait aux femmes de conduire sur les routes du pays. Cette série d’arrestations avait alors largement été interprétée comme un durcissement du pouvoir saoudien. Celui-ci multiplie les réformes, mais se montre hostile à toute demande de la société civile.

Sa libération est un grand soulagement pour ses proches et pour les organisations qui réclamaient sa libération sans conditions, comme Al Qst, une ONG de droits de l'homme saoudienne basée à Londres. Mais son porte-parole Abdulaziz Almoayyad nuance. « C'est vrai que Loujaïn est libre, comme l'a annoncé sa famille, mais elle n'a pas le droit de voyager en dehors de l'Arabie saoudite. Donc elle subit toujours une punition. Nous pensons que les Saoudiens méritent mieux que de voir leurs héros traités comme des criminels. »​​​​​​​ L'ONG demande donc « que toutes les charges qui pesaient sur Loujaïn soient levées, que les autorités arrêtent de faire pression sur elle et de la harceler, qu'elles la laissent mener sa vie comme tout le monde, sans intimidation ​​​​​​​».

Abdulaziz Almoayyad estime que les réformes annoncées par les autorités saoudiennes ne sont pas crédibles. « Lorsqu'elle a demandé qu'il y ait une enquête et un procès concernant la torture qu'elle a subie, elle ne l'a pas fait uniquement pour elle-même, elle l'a fait pour tous les Saoudiens qui sont systématiquement torturés dans les prisons. Si les réformes annoncées par les autorités étaient réelles, nous en serions très heureux. Mais d'après notre expérience et en observant les antécédents des autorités saoudiennes, nous n'y croyons pas. Nous pensons que c'est uniquement pour faire tomber la pression à cause des mauvais résultats sur les droits de l'homme et la guerre au Yémen. C'est une opération de communication. »