Arabie saoudite, Emirats et Bahreïn participent à un tournoi de foot au Qatar

Anuj CHOPRA, avec Ibrahim BADAWY à Doha
Arabie saoudite, Emirats et Bahreïn participent à un tournoi de foot au Qatar

Ryad (AFP) - L'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn participeront à la "Coupe du Golfe arabe" de football qui s'ouvre le 26 novembre au Qatar, ont annoncé mercredi les organisateurs, une première depuis que ces pays boycottent leur voisin.

Le 5 juin 2017, Ryad, Abou Dhabi, Manama - avec l'Egypte - ont rompu leurs relations diplomatiques avec Doha et lui ont imposé des sanctions économiques.

Ses voisins accusent l'émirat de soutenir des groupes islamistes radicaux et lui reprochent d'être trop proche de l'Iran. Le régime qatari dément ces accusations.

Le début de la compétition, qui se tiendra du 26 novembre au 8 décembre, a été reportée de deux jours par rapport à la date initialement prévue pour satisfaire les joueurs saoudiens, a annoncé la "Fédération de football de la Coupe du Golfe Arabe" (AGCFF) lors d'une conférence de presse à Doha.

"Nous avons officiellement accepté la participation de l'Arabie Saoudite, des Emirats arabes unis et de Bahreïn à la 24e Coupe du Golfe à Doha à leur demande", a déclaré Jassim al-Choukali, vice-président de l'AGCFF, devant les logos des fédérations de football saoudienne et des Emirats.

L'Irak, le Koweït, Oman et le Yémen participeront également à cette compétition régionale.

Mardi, la Fédération saoudienne de football a annoncé sur Twitter avoir "décidé d'accepter de participer". Dans deux communiqués séparés, les Fédérations des Emirats et de Bahreïn ont également annoncé leur participation.

Ces annonces signalent un possible début de détente entre ces pays et Doha, visé par un embargo ayant provoqué l'interdiction des espaces aériens de ces pays aux avions du Qatar, la fermeture des routes terrestres et la suspension du commerce.

"La décision de ne pas boycotter est la dernière indication selon laquelle les pays du Golfe pourraient progressivement réduire les tensions", a déclaré à l'AFP l'analyste du Golfe James Dorsey.

- Diplomatie du foot -

Les Saoudiens, les Emiratis et les Bahreïnis avaient refusé de participer à la précédente "Coupe du Golfe arabe" de 2017, qui devait à l'origine se tenir au Qatar quelques mois seulement après le début de la crise.

La compétition avait été transférée au Koweït, pays qui a tenté de jouer le rôle de médiateur entre les protagonistes.

L'Arabie saoudite, chef de file des monarchies arabes du Golfe, avait résisté jusque-là aux pressions américaines pour lever l'embargo sur le Qatar, qui accueille une importante base américaine.

Doha a pour sa part ignoré les conditions exigées par ses frères ennemis pour lever les sanctions. Ceux-ci ont, dès juin 2017, posé 13 conditions au Qatar, dont la fermeture de la chaîne de télévision Al-Jazeera, une limitation des relations avec l'Iran et la fermeture d'une base militaire turque.

Mais la crainte d'un conflit régional alors que les Etats-Unis augmentent la pression sur l'Iran semble pousser les pays de la région à une désescalade vis-à-vis du Qatar.

"Le dernier cycle d'escalade avec l'Iran dans le Golfe arabique a joué un rôle majeur dans ce dossier, en plus de la volonté de l'administration américaine d'utiliser l'effort collectif des pays du Golfe" contre Téhéran, a déclaré à l'AFP Ali Bakeer, expert du Golfe.

Washington et ses alliés ont accusé l'Iran d'être à l'origine des récentes attaques contre des installations pétrolières saoudiennes majeures ainsi que d'une série d'attaques contre des pétroliers dans le Golfe. La République islamique dément ces accusations et a menacé d'une "guerre totale" en cas de représailles sur son territoire.

"La diplomatie du football est une mesure bienvenue, mais elle est loin de résoudre la crise du Golfe", a estimé M. Bakeer. "Les Qataris aimeraient que le blocus soit levé dès que possible et que les autres (positions) hostiles cessent pour montrer une volonté sérieuse de mettre fin à la crise".

Cette évolution a suscité des réactions mitigées de la part d'internautes qataris, nombre d'entre eux se sont réjouis de cette décision mais ont demandé la levée immédiate du "blocus".