Après le triomphe de "Nomadland" aux Oscars, Chloe Zhao bouscule Marvel avec "Les Éternels"

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Le casting du film Marvel
Le casting du film Marvel

Avec Les Éternels, ambitieuse superproduction filmée comme une œuvre contemplative, Chloé Zhao déconstruit les super-héros, remplis de doutes et fêlures. Personnages méconnus de l'écurie Marvel, les "Éternels" forment une brigade superhéroïque envoyée par une force supérieure pour protéger l'humanité dès son apparition contre des prédateurs maléfiques, les "Déviants".

Les "Éternels" traversent les siècles sans intervenir dans les rapports entre humains et n'empêchent donc pas les guerres et les génocides. Évidemment, ce qui intéresse ici Chloé Zhao, c'est quand la mécanique s'enraye, quand ces "Éternels" comprennent que quelque chose cloche dans leur mission et questionnent leur existence en tant que groupe ou individu.

Leur puissance physique est contrebalancée par d'importants traumatismes psychiques. Un des "Éternels" refuse ainsi le combat final, non pas par lâcheté mais par conviction, dans une approche taoïste. Du jamais vu dans une production Marvel.

"Je veux pouvoir être libre"

Le choix de confier un blockbuster à 200 millions de dollars à Chloé Zhao, réalisatrice issue du cinéma indépendant, n'était pas évident. Et pourtant la cinéaste revendique sa place: "Je veux être en mesure de faire des films qui puissent toucher le plus grand nombre possible, car je crois que le cinéma s'adresse à tous", confie à BFMTV la cinéaste oscarisée pour Nomadland.

https://www.youtube.com/embed/aQyy8h2XN7w?rel=0"J'adore le cinéma indépendant bien sûr, mais il y avait une époque où ces deux types de cinéma, l'indépendant et les blockbusters, n'étaient pas si séparés. A une époque, il s'agissait du même genre de films. Aujourd'hui, c'est très polarisé. Soit on fait des films événements, soit on fait des petits films indépendants. C'est mettre des films dans des boîtes. Je veux pouvoir être libre, quelque part entre deux types de cinéma."

La réalisatrice a réussi à imposer sans trop de mal son style naturaliste auprès de Marvel, studio souvent critiqué pour l'uniformisation de ses productions. "Vous devez d'abord demander. Vous devez le faire très gentiment", s'amuse la cinéaste. "Lorsque vous rencontrez les producteurs de ces grands studios, c'est important d'être très honnête avec eux dès le début, de ne pas uniquement dire ce que tu veux faire, mais d'expliquer comment tu vas le faire. Il faut que ce soit cohérent."

"Je savais que je voulais tourner le plus possible en décors réels", ajoute-t-elle. "Je voulais que les scènes d'action soient ancrées dans le réel, que la caméra se promène doucement, qu'elle ne fasse pas de mouvements sophistiqués comme dans les autres films Marvel. Je voulais que le public puisse explorer ce monde à l'écran. C'est un film très immersif. On explore l'intimité des personnages. Vers la fin du montage, Kevin Feige [le patron de Marvel, NDLR] m'a demandé de m'attarder sur ces moments très 'Terrence Malick'. C'est merveilleux de voir ces scènes d'action puis de pouvoir expérimenter ces moments d'humanité. Si nous pouvons permettre à un jeune public de découvrir ce genre de cinéma, c'est formidable."

L'influence des mangas

Contrairement aux précédents films Marvel, Les Éternels a une séquence pré-générique, rythmée par Time de Pink Floyd. Du jamais vu aussi dans une production aussi formatée: "On avait besoin d'une transition du passé vers le présent", raconte la réalisatrice. "C'est une transition très osée. Cette chanson m'est venue en pleine nuit. J'adore Pink Floyd. Leur musique est intemporelle, elle est mondiale aussi. J'ai l'impression que toutes les cultures peuvent écouter Pink Floyd."

Les Éternels est ainsi le film Marvel le plus inclusif. Toutes les couleurs de peau sont représentées chez ces super-héros (l'acteur sud-coréen Ma Dong-seok, vu dans Dernier train pour Busan, ainsi que le Pakistanais Kumail Nanjiani sont de la partie). Une des femmes de la bande est sourde et muette (mais c'est la plus rapide) et le cerveau de la troupe a fondé une famille homoparentale. Et chez les "Éternels", le boss est une femme (Salma Hayek).

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Une ouverture au monde impulsée par Chloe Zhao. La réalisatrice née à Pékin s'est ainsi inspirée de mangas japonais pour filmer les combats de cette adaptation d'un... comics de l'Américain Jack Kirby. "J'adore les designs de Kirby. On a essayé de s'en inspirer pour le film, pour que ce soit cohérent avec notre histoire, qui s'inscrit dans un récit de science-fiction réaliste", précise Chloe Zhao, qui s'est surtout souvenue des mangas et des animes qu'elle dévorait enfant:

"Il y a dans les mangas, mais aussi dans le wu xi pian, le film de cape et d'épée chinois, des poses incroyables. Il y a une élégance dans la manière dont les personnages bougent. C'est très poétique. On n'a pas poussé très loin cet aspect dans Les Eternels, mais pour les pouvoirs, on s'est vraiment inspiré de mangas. YūYū Hakusho est mon manga préféré. Yusuke, le personnage principal, possède une technique qui s'appelle le rayon astral. Je rêvais depuis des années de le mettre dans un film pour lui rendre hommage. Lorsqu'on réfléchissait au pouvoir de Kingo, je me suis dit que les pouvoirs de Yusuke seraient parfaits!"

Après Shang-Chi, Les Éternels inaugure une nouvelle ère pour l'univers cinématographique de Marvel. Les premières critiques anglo-saxonnes comme françaises se révèlent mitigées, estimant que cet affrontement de forces cosmiques un peu ésotérique risque de ne pas fédérer au-delà du cercle pur et dur des fans de l'univers Marvel.

Article original publié sur BFMTV.com

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