Après le séisme du mois d’août, la difficile rentrée scolaire en Haïti

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Selon l'Unicef, sur les 2800 écoles que comptent les trois départements sinistrés par le tremblement de terre du 14 août 2021 en Haïti, seules 5% sont restées tout à fait intactes. Les autorités ont été obligées de repousser la rentrée scolaire à ce 4 octobre. Mais peu d’enfants retrouveront leurs camarades de classe dès ce lundi.

Le gouvernement haïtien, les autorités départementales et locales ainsi que les partenaires internationaux ont été d’accord sur la marche à suivre : pour permettre le retour des enfants en classe, il fallait déblayer les écoles détruites ou gravement endommagées, puis construire des hangars et autres structures légères pouvant servir de salles de classe provisoires en attendant la reconstruction à proprement parler des établissements scolaires. Huit semaines après le tremblement de terre du 14 août dernier, la première étape de cette feuille de route, à savoir le déblaiement, n’est pas encore achevée.

Les engins de chantier en panne de carburant

Le ministère des travaux publics avait pourtant envoyé des engins de chantier dans les villes. C’était le cas à Beaumont dans le département de la Grand’Anse. Sur 83 écoles que compte cette commune, seules huit sont sorties indemnes de la catastrophe. Mais pour les établissements détruits, les opérations de déblaiement ont dû être interrompues, rapporte l’inspecteur principal du district scolaire de Beaumont. « Malheureusement il y a une pénurie de carburant à travers le pays, explique Rolin Fortin.Donc ces travaux ont dû s'arrêter parce qu'elles (les autorités, ndrl) n'ont pas assez de moyens financiers pour acheter du carburant ».

La pénurie de carburant est provoquée notamment par l'insécurité. La guerre des gangs empêche la libre circulation des personnes, mais aussi des biens. Les gallons de carburant encore trouvables se vendent au prix fort. Dans les villages reculés où l'État haïtien est traditionnellement absent, le retour des enfants à l’école est également la priorité. « Certaines écoles y sont déblayées par la population », a pu constater le directeur départemental de l’éducation de la Grand’Anse, Jean Ernesau Dauphin. Ces communautés rurales n’ont pour seuls outils que des pioches et la force des bras des survivants du séisme.

Organisations humanitaires internationales en panne d’argent

Dans un grand entrepôt aux Cayes, dans le département du Sud, des volontaires et employés de l’Unicef s’activent autour de cartons remplis de sac à dos de la couleur bleu ciel de cette organisation onusienne. « Nous fournissons ces sacs à dos avec des fournitures scolaires aux élèves et des kits scolaires aux écoles », explique Laurent Duvilliers, chef régional de communication de l'Unicef. Les sacs à dos sont là, mais pas les écoles pour accueillir les élèves.

Lors d'une conférence de presse début septembre, la ministre haïtienne de l'Éducation, Marie Lucie Joseph, avait annoncé que son gouvernement comptait sur les partenaires internationaux d'Haïti pour pouvoir ériger des structures provisoires. Seulement voilà : les grandes organisations internationales manquent cette fois elles-mêmes de moyens. L'Unicef par exemple, n'a pu récolter que 5 millions de dollars sur les 25 millions demandés pour aider à la relance des écoles. « Ce n’est pas suffisant. Les ressources manquent cruellement pour appuyer l'État haïtien et le ministère de l'Éducation », regrette Laurent Duvilliers.

Pour Josette Bruffaerts-Thomas, qui dirige l’association franco-haïtienne Haïti Futur, cette situation s’explique par « une perte de confiance » des donateurs : « Les fonds qui ont afflué massivement après le séisme du 12 janvier 2010 ont été volés par les dirigeants haïtiens. On connaît les comptes en banque sur lesquels l’argent a atterri. Si on voulait le récupérer, on pourrait le faire. C’est cette impunité qui fait qu’on ne s’en sort pas aujourd’hui ». Haïti Futur a pour projet de reconstruire trente écoles dans les zones sinistrées selon les normes parasismiques et para-cycloniques. Mais cette association n’a pas non plus pu récolter les fonds nécessaires.

Pas de structures provisoires pour accueillir les élèves

Faute d’argent les écoles qui ont pu déblayer les ruines et ensuite ériger des hangars provisoires se comptent presque sur les doigts de la main. Dans certains départements sinistrés, ces structures temporaires sont même inexistantes, souligne Jean Ernesau Dauphin : « Au moment où je vous parle aucun espace temporaire scolaire n'a encore été mis en place dans le département de la Grand’Anse. Aucune intervention pratique n’a encore eu lieu pour permettre la rentrée ». Ce directeur départemental de l'éducation place son espoir dans les écoles qui ont résisté au séisme du 14 août. « La rentrée sera possible avec les écoles qui sont restées intactes et qui sont prêtes à accueillir les élèves. C'est une rentrée progressive qui peut prendre jusqu'au mois de novembre ou au mois de décembre ».

Parents d’élève sinistrés : impact sur le taux de scolarisation

Si le directeur départemental de la Grand'Anse parle d'une rentrée progressive, c’est parce qu’après le séisme même les établissements scolaires restés debout font face à de grandes difficultés. Brénus St-Jules est directeur de l'École fondamentale de L'Asile, une ville dans le département des Nippes. Il ne peut pas rouvrir son école ce lundi 4 octobre parce que beaucoup de professeurs, eux-mêmes sinistrés, manquent à l'appel. Le gouvernement haïtien avait promis un soutien financier pour les enseignants ainsi que pour les parents d'élèves qui ont tout perdu dans la catastrophe. 80% des écoles haïtiennes sont privées et donc payantes.

« Jusqu’à présent, rien n’est fait »

« Le ministère a dit qu'il va accompagner les enseignants. Mais c'était à l'oral. Jusqu'à présent rien n'est fait », regrette Brénus St-Jules. Le constat est le même pour les parents d’élèves : aucune aide financière ne leur est encore arrivée. Or, beaucoup de familles, appauvries par la catastrophe, n’arriveront pas à rassembler la somme nécessaire pour payer les frais scolaires. Ces difficultés économiques auront un impact direct sur le taux de scolarisation. Comme tant d’autres de ces collègues, le directeur de l’École fondamentale de L’Asile s’attend à des classes clairsemées pour une hypothétique rentrée d’ici à quelques jours. « Avant le séisme, quelque 400 élèves fréquentaient mon école », raconte Brénus St-Jules. « Là, on espère en accueillir une cinquantaine. On espère ! ».

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