Après la révélation par Navalny du "château de Poutine", le pouvoir russe riposte

Par JP
·4 min de lecture
Image extraite de l'enquête d'Alexeï Navalny.  - BFMTV
Image extraite de l'enquête d'Alexeï Navalny. - BFMTV

Le Kremlin peut-il vaciller à cause d'une vidéo devenue virale? Les autorités russes tentaient de juguler jeudi des appels à manifester contre le pouvoir, alimentés par le record d'audience d'une enquête de l'opposant emprisonné Alexeï Navalny, accusant Vladimir Poutine de corruption.

Rendue publique mardi, cette longue investigation accompagnée d'une vidéo de près de deux heures, vue quelque 43 millions de fois sur YouTube, assure que le président russe bénéficie via des prête-noms d'une opulente résidence sur les bords de mer Noire. Le Kremlin a rejeté l'ensemble de ces allégations, dénonçant une "attaque" contre Vladimir Poutine et qualifiant d'"escrocs" les membres de l'équipe d'Alexeï Navalny.

Célébrités russes mobilisées

Cette vidéo a alimenté des milliers de publications sur les réseaux sociaux en soutien à l'appel à manifester samedi dans toute la Russie pour la libération de cet opposant, des rassemblements non-autorisés par les autorités. La jeunesse est particulièrement mobilisée sur Tik Tok, tandis que plusieurs figures publiques dont des acteurs, des musiciens et des athlètes ont annoncé leur soutien à Alexeï Navalny.

L'ancien capitaine de la sélection russe de football, Igor Denisov, habituellement peu intéressé par la politique, a ainsi affirmé que l'opposant, pour lequel il a un "grand respect", "doit être libéré". L'un des joueurs de hockey les plus célèbres du pays, Artemi Panarin, lui a emboîté le pas. Le très populaire blogueur Iouri Doud a dénoncé une situation "scandaleuse" dans une publication ayant recueilli plus de 800.000 "j'aime" sur Instagram.

L'équipe d'Alexeï Navalny a en outre affirmé à l'AFP avoir reçu près de 10 millions de roubles (112.000 euros) de dons. L'opposant, ignoré des médias nationaux traditionnels, dispose d'une popularité réelle et d'un large auditoire en ligne au sein des jeunes générations et dans les grandes agglomérations. À Moscou, il a déjà su rassembler des foules importantes avant des élections locales controversées en 2019.

"Activités illégales"

Face aux appels à la mobilisation samedi, le Parquet a annoncé jeudi des mesures pour "limiter l'accès aux informations illégales" diffusées en ligne et constituant des "appels à participer à des actions illégales de masse le 23 janvier 2021". Le ministère de l'Intérieur a de son côté dit être préparé à "protéger l'ordre public" samedi et promis de poursuivre les auteurs d'appels à manifester sur internet.

La veille, le gendarme russe des télécommunications Roskomnadzor a adressé un avertissement aux plateformes Tik Tok et Vkontakte, l'équivalent russe de Facebook, leur intimant de bloquer les contenus considérés comme des appels à "des mineurs à participer à des activités illégales".

Jeudi, Roskomnadzor a menacé d'amendes allant jusqu'à 4 millions de roubles (44.600 euros) les plateformes internet qui ne supprimeront pas les "informations interdites".

Le Kremlin a aussi mis en garde contre les manifestations, qui s'apparenteront à "des activités illégales".

Des médias d'opposition ont par ailleurs rapporté que des étudiants russes avaient reçu des messages de leurs universités pour les dissuader de participer aux protestations.

Vignobles et enceinte de hockey

À la suite de son arrestation dimanche, à son retour d'Allemagne, Alexeï Navalny a appelé à manifester contre le pouvoir. Son équipe a prévu des manifestations dans au moins 65 villes, de Moscou et Saint-Pétersbourg à Khabarovsk en Extrême-Orient, en passant par Ekaterinbourg dans l'Oural.

Dans la foulée, il a diffusé sa vidéo sur l'immense propriété dont bénéficie selon lui Vladimir Poutine et dont la construction aurait coûté plus d'un milliard d'euros. Alexeï Navalny affirme qu'outre un palais, elle comporte des vignobles ou encore une enceinte de hockey sur glace.

Le chantier a été financé, selon l'opposant, par des proches du président, comme le patron du géant pétrolier Rosneft Igor Setchine et l'homme d'affaires Guennadi Timtchenko.

En détention jusqu'au 15 février

Alexeï Navalny, dont la libération est exigée par l'Union européenne et les États-Unis, a été arrêté à son retour de plusieurs mois de convalescence après un empoisonnement présumé dont il a été victime en août en Sibérie. Il accuse le Kremlin d'en être responsable, ce que Moscou dément, ne voyant aucune preuve d'un crime commis contre lui et dénonçant un complot impliquant l'Occident.

L'opposant, placé en détention au moins jusqu'au 15 février, est visé par plusieurs affaires judiciaires pour "diffamation", "fraudes" ou encore pour violation des conditions d'une peine de prison avec sursis datant de 2014. L'intéressé considère que ces affaires relèvent d'un acharnement judiciaire et ont un caractère politique.

Article original publié sur BFMTV.com