Après la présidentielle, le pschitt Reconquête aux législatives

Eric Zemmour après son élimination au premier tour des élections législatives, le 12 juin 2022 à Cogolin (Var). - Valery HACHE / AFP
Eric Zemmour après son élimination au premier tour des élections législatives, le 12 juin 2022 à Cogolin (Var). - Valery HACHE / AFP

Quelques jours à peine avant le scutin, Stanislas Rigault se voulait le plus optimiste possible auprès de BFMTV.com: "Vu qu'on nous annonce très bas, il ne peut y avoir que des bonnes surprises!" Il n'y en a pas eu: sur 550 candidats fièrement investis par le parti d'Éric Zemmour pour ces législatives, Reconquête ne devrait obtenir aucun député à l'issue du second tour, selon notre projection Elabe pour BFMTV-RMC et L'Express avec SFR.

"Les résultats ne sont pas à la hauteur de nos attentes mais nous venons de poser un drapeau dans chaque circonscription de France", a déclaré Eric Zemmour au cours de la soirée.

Battu par le Rassemblement national

Dans la 4e circonscription du Var, les efforts de l'ancien candidat à la présidentielle n'ont pas fait le poids face au RN, très bien implanté dans le département. Marine Le Pen y est arrivée largement en tête lors de la présidentelle avec 32,2% des voix dès le premier tour. Son adversaire a beau y avoir fait le double de son score national avec 14,7% des voix, cela n'a manifestement pas suffi.

Éric Zemmour récolte ainsi 23,19% des voix, derrière la candidate Ensemble Sereine Mauborgne (28,51%) et le RN Philippe Lottiau (24,74%).

Stanislas Rigault, le président de Génération Z, très apprécié du chef du parti, a obtenu de son côté seulement 10,54% dans la 2e circonscription de Vaucluse, et arrive en quatrième position derrière la candidate RN Bénédicte Auzanot (26,08%), la représentante d'Ensemble (23,07%) et celui de la Nupes François Sandoz (21,53%).

Des jeunes envoyés au casse-pipe

Parmi les nombreux candidats du mouvement, entre 25 et 30% de candidats de moins de 30 ans, notamment issus du mouvement Génération Z, ont été investis. Les figures nationales comme Benjamin Cauchy, Guillaume Peltier et même Éric Zemmour ont mis du temps, eux, à se décider à y aller. Quand d'autres comme Gilbert Collard et Nicolas Bay ont décidé de ne pas prendre de risque.

"C'est vrai qu'une défaite d'un inconnu, ça n'a pas de grande force médiatique", reconnaissait un référent local de Reconquête auprès de BFMTV.com.

Stanislas Rigault âgé de 23 ans réfute l'idée d'une peur de l'échec chez les personnalités les plus médiatiques du mouvement. "Seules les figures qui avaient déjà un mandat ne se sont pas présentées", nous rétorque-t-il. Samuel Lafont - en charge des réseaux sociaux - a invoqué lui une incompatibilité d'agenda lié à son travail de communication de la campagne à Paris, Marion Maréchal, une grossesse de huit mois.

Gilbert Collard regrette d'ailleurs ce manque de visages identifiés. "Mais lesquels aurions-nous pu prendre?", s'interroge-t-il. "Nous n'en avons pas... Ceux qui pouvaient y sont allés", explique l'ancien député, qui a démissionné du Palais-Bourbon après son élection au Parlement européen en 2019.

Le défi de l'ancrage local

Illustres inconnus pour la plupart, les candidats d'Éric Zemmour ont souffert d'un "problème d'ancrage" local. C'était le grand défi de ces législatives, confirme à BFMTV.com Stanislas Rigault. Post-premier tour, c'est celui qui les attend toujours.

"C'est pour ça qu'on a investi beaucoup de candidats jeunes: pour qu'ils s'installent ensuite durablement dans les circonscriptions, qu'ils se fassent les dents", justifie le porte-parole.

Pour tenter de répondre à ce manque, Reconquête a labouré les réseaux sociaux, une stratégie déjà éprouvée à la présidentielle. Les armées du jeune parti ont partagé massivement pendant les semaines qui ont précédé ce premier tour, les contenus postés par les candidats et leurs déplacements.

Le kit numérique "Vulcain" lancé sous le contrôle du responsable de la stratégie numérique, Samuel Lafont, a permis de gérer les 550 candidats à distance, de générer automatiquement logos, affiches, tracts et de les former et même de leur indiquer les bonnes zones de tractage. Insuffisant cependant pour transformer l'essai.

Un parti isolé face au RN

Plus largement, au-delà d'handicaps structurels, Reconquête n'a pas réussi à sortir de son isolement. Malgré les nombreuses mains tendues de Reconquête, Marine Le Pen a refusé toute alliance avec le parti d'Éric Zemmour.

"Moi je ne me vends pas. (...) J'aurais contribué à faire élire des député d'Éric Zemmour qui voterait avec Emmanuel Macron la retraite à 65 ans. Mais ce serait une trahison de mes électeurs! Moi je ne veux pas trahir mes électeurs", a martelé la leader RN sur RTL mi-mai.

Une attitude que déplorent les têtes du parti. "Je n'ai qu'un mot pour décrire ce que je ressent: la déception", nous confie Stanislas Rigault, qui observe que si le RN n'a investi personne face à des candidats comme Eric Ciotti ou Emmanuelle Ménard, il en a pourvu face à Reconquête.

"Dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, typiquement, si les alliances avaient opéré, on aurait pu avoir un très grand nombre de députés", déplore-t-il. "Au lieu de ça, on a assisté à des débats fratricides. On se demande pourquoi tout ça est fait...On pourrait penser que Marine Le Pen est plus préoccupée par le score des candidats Reconquête que par le score du camp national."

Le transfuge RN Gilbert Collard explique avoir très mal vécu le refus du parti lepéniste, mais reconnaît que Reconquête a commis "des erreurs en ayant tenu des propos désobligeants" à son égard. Mais pour l'eurodéputé, "Marine Le Pen a commis la faute ultime" qui rend "impossible toute alliance au second tour".

Universités d'été, conférences...

Que faire à présent? Dans un futur proche, Reconquête espère d'abord peser dans "le combat d'idées". "On va préparer les universités d'été, Éric Zemmour va donner de grandes formations, va organiser de grandes conférences, apporter de grands thèmes... Un peu ce qu'il a fait récemment sur l'école et ses lobbies", développe Stanislas Rigault.

"Tout est envisageable", ajoute un proche de la campagne. "Des places dans les médias pour diffuser ces idées ne sont pas non plus exclues", nous dit-on.

Après ce score, il y a "un travail de réflexion à mener", prévient toutefois Gilbert Collard. "Il s'agit de faire tout un travail de répartition des pouvoirs, de réorganisation... Il va falloir se poser la question des conséquences."

Le parti aux 130.000 adhérents revendiqués vise désormais les européennes de 2024, mais surtout les municipales de 2026. Pour ce faire, il compte sur l'ancrage qu'auront tenté d'ici là de créer ses candidats malheureux aux législatives. "Petite moisson deviendra grande", veut croire l'eurodéputé Gilbert Collard.

Article original publié sur BFMTV.com

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