Après Marioupol, quel objectif pour la Russie en Ukraine?

·6 min de lecture

De Kharkiv à Mykolaïv, sur la route d’Odessa, les forces russes s'emploient à gagner du terrain sur les combattants ukrainiens.

GUERRE EN UKRAINE - Après près de deux mois de siège, la Russie a annoncé, ce jeudi 21 avril, avoir pris le contrôle quasi-total de Marioupol, port ukrainien stratégique. La prise de cette ville prive l’Ukraine de son accès à la mer d’Azov. Surtout elle permet aux troupes russes de connecter le Donbass à la Crimée, annexée par le Kremlin en 2014, ouvrant plusieurs possibilités à Moscou.

Subissant une série de revers depuis le 24 février, date du lancement de l’invasion russe de l’Ukraine, la Russie avait annoncé fin mars qu’elle allait se concentrer désormais sur l’est du pays. Le président russe Vladimir Poutine a salué une première victoire, ce jeudi, depuis ce redéploiement des forces russes avec la prise de Marioupol, qui a, selon lui, été “libéré” avec “succès”. Mais ce ne sera pas le point final de cette guerre.

Intensification des attaques sur Kharkiv

Dans Kharkiv et sa région, qui subissent des attaques des troupes russes depuis le début deux mois, la tension s’intensifie ces derniers jours. Preuve que cette ville du nord-est de l’Ukraine reste l’une des principales cibles de Moscou, alors que la bataille pour Marioupol semble pliée malgré la résistance des derniers combattants retranchés sur le site métallurgique d’Azovstal.

“La situation est stressante, car la nuit a été marquée par un pilonnage massif”, a d’ailleurs décrit le maire de la deuxième plus grande ville d’Ukraine, Igor Terekhov, rapporte ce jeudi CNN. Selon l’édile, “deux marchés ont été détruits” à Kharkiv et les pompiers s’y affairaient pour ”éteindre des incendies”. “Un autre bâtiment résidentiel a été directement visé”, a-t-il ajouté.

Mercredi, le ministère ukrainien de la Défense rapportait des “tentatives d’assaut” des troupes russes sur les localités de Soulyguivka et Dibrivné, dans la région de Kharkiv.

Carte de la situation en Ukraine au 21 avril (Photo: Simon MALFATTO, Paz PIZARRO / AFP)
Carte de la situation en Ukraine au 21 avril (Photo: Simon MALFATTO, Paz PIZARRO / AFP)

Carte de la situation en Ukraine au 21 avril (Photo: Simon MALFATTO, Paz PIZARRO / AFP)

Tentative russe de prendre tout le Donbass

La Russie pourrait également redéployer les troupes russes, aidés de séparatistes pro-russes et de soldats tchétchènes, concentrés jusqu’alors sur Marioupol vers le Donbass afin d’obtenir le contrôle total de la zone. Selon l’Institut américain de l’étude de la guerre (ISW), dans l’est de l’Ukraine, les “forces russes ont poursuivi leurs attaques avec de lourds moyens aériens et d’artillerie en continuant de consolider la logistique et leurs capacités de commandement en vue d’une offensive majeure”.Lundi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé le début de “la bataille” pour le Donbass, où se situent les deux républiques autoproclamées pro-russes de Lougansk et Donetsk. “Une très grande partie de l’ensemble de l’armée russe est désormais consacrée à cette offensive”, a déclaré le dirigeant ukrainien dans un discours retransmis sur Telegram. Mercredi, le ministre de la Défense ukrainienne rapportait des “tentatives d’assaut [...] sur Roubijné et Severodonetsk, dans la région de Lougansk”.Parmi les suites données aux opérations russes, Michel Goya, ancien colonel des troupes marines et historien de la guerre, évoque “la zone de Severodonetsk (la moitié de Marioupol en superficie) et ses abords [qui] résistent depuis le 2 mars”. “Elle est désormais très largement sous pression”, écrit-il ce jeudi sur Twitter.“Le but est de couper ce bastion de celui de Sloviansk-Kramatorsk-Druzkhivka-Konstantinovka”, explique-t-il, “l’objectif principal”. “Le 2e corps d’armée attaque toujours dans la région de Popasna au Sud de la zone, ajoute Michdel Goya. La progression de cette 1ère pince russe est lente mais réelle.”

Ce jeudi, le ministère britannique de la Défense a fait savoir que “les forces russes progressent maintenant depuis des zones de regroupement dans le Donbass vers la ville de Kramatorsk, qui continue à être la cible d’attaques de roquettes persistantes”.

Début avril, la gare de Kramatorsk, où se trouvaient des civils, avait été la cible d’un tir de missile qui a fait au moins 57 morts. Encore sous contrôle ukrainien, elle est considérée par beaucoup d’observateurs comme un enjeu majeur pour le Kremlin. “Les Russes sont en train d’arriver par Izium, à 70 kilomètres, et veulent nous couper du centre de l’Ukraine”, a déclaré à RFI le maire de la ville, Oleksandr Goncharenko.

Appelant une nouvelle fois les civils à évacuer la région de Lougansk, son gouverneur, Serguiï Gaïdaï, indiquait que “la situation se complique d’heure en heure”. En début de semaine il annonçait que la ville de Kreminna était “malheureusement sous le contrôle des orques”, le surnom péjoratif donné aux militaires russes.

Malgré la multiplication des assauts sur le Donbass, pour le général Jean-Paul Perruche, ex-directeur de l’état-major de l’Union européenne interrogé par La Dépêche du Midi, “même si [les Russes] parvenaient à conquérir tout ou partie du Donbass, derrière, les Ukrainiens ne lâcheront rien dans ce qui deviendra une guerre d’usure, une guérilla”.

Frappes et incertitudes dans le sud de l’Ukraine

Le sud de l’Ukraine subit aussi les assauts des troupes russes. Des bombardements ont été constatés à Mala Tokmatchka et d’Orikhiv, à 70 km au sud-est de Zaporijjia. Ces deux villages se trouvent entre la région de Marioupol et la ville de Kherson, première grande ville prise par l’armée russe dès le début mars.

Les autorités ukrainiennes ont indiqué jeudi matin que les forces russes “poursuivent leurs tirs d’artillerie sur toute la ligne de front” dans le reste du sud du pays. De nouvelles frappes ont eu lieu sur Mykolaïv, sur la route d’Odessa, qui ont fait un mort et deux blessés, selon son gouverneur Vitaly Kim.

De son côté, le ministère russe de la Défense a affirmé avoir mené une série de frappes aériennes, notamment sur la zone de Mikolaïv, et visé à l’artillerie près de 60 “centres de commandement” ukrainiens, dans l’est et le sud du pays. Mais bombardée au début du mois d’avril, la ville d’Odessa, située à plus de 200 kilomètres de Kherson, semble pour le moment épargnée par la Russie.

À voir également aussi sur le Huffpost: Ces images aériennes de Marioupol sont glaçantes

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

LIRE AUSSI:

VIDÉO - Que sait-on du nouveau missile intercontinental testé par la Russie ?

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles