Après l'accouchement, la moitié des femmes souffre de ce trouble méconnu

Catherine Pearson
Pendant la grossesse, le ventre de la femme subit une pression énorme ce qui écarte les muscles de l’abdomen appelés les grands droits. Chez certaines femmes, ils reprennent leur forme initiale après l’accouchement; chez d’autres, non.

La diastase des grands droits, ou diastasis recti, est bien plus qu’un petit complexe.

SANTÉ - Ashley Gammon a eu trois enfants très rapprochés, avec peu de temps pour se remettre des grossesses. Elle a subi sa première césarienne en 2008, la deuxième en 2010 et la troisième en 2012. Après ça, elle sentait que quelque chose clochait dans son corps: relations sexuelles douloureuses, impression constante de ballonnement, douleurs dans le bas du dos, les gens qui lui demandaient si elle était enceinte des mois après son accouchement.

“En consultant un médecin, tout ce que j’ai eu comme réponse, c’était: ‘C’est ça, la maternité. Vous vous attendiez à quoi, après trois césariennes?’” raconte Ashley, aujourd’hui âgée de 36 ans.

Après trois ans de ballonnements et de sensation de gêne, elle est tombée sur une vidéo Facebook sur la diastase des grands droits, une affection qui survient lorsque les deux grandes bandes de muscles parallèles au centre de l’abdomen – qui, normalement, se rejoignent – se séparent. Pendant la grossesse, le ventre de la femme subit une pression énorme, ce qui écarte les grands droits. Chez certaines femmes, ils reprennent leur forme initiale après l’accouchement; chez d’autres, non.

Ashley venait de trouver la réponse qu’elle cherchait depuis des années. “Je me suis dit: C’est ce que j’ai!” se souvient-t-elle. Si aucun médecin n’avait officiellement diagnostiqué ce problème chez elle, elle a cherché sur internet, comme beaucoup de femmes, des communautés évoquant des symptômes semblables et proposant des conseils pour les traiter.

Certaines stratégies peuvent vous aider à optimiser votre biomécanique lombo-pelvienne. Il existe notamment des exercices précis pouvant être réalisés avant et après la grossesse.

Il est difficile de connaître précisément la proportion de femmes touchées par la diastase des grands droits, tout simplement parce que les médecins ne s’y intéressent que depuis peu, alors qu’il s’agit d’un effet indésirable de la grossesse parmi les plus communs. D’après les estimations, 30% à 55% des femmes sont concernées par ce problème après avoir donné naissance.

Ce n’est pas rien, surtout quand on connaît les complications importantes liées à une diastase. L’un des principaux effets, c’est l’apparence de femmes enceintes que gardent les jeunes mères, bien après l’accouchement. Mais ce n’est pas seulement leur complexe de la “bedaine de maman” qui pousse ces femmes à chercher de l’aide: cette affection peut aussi beaucoup les gêner au quotidien. La solidité de la sangle abdominale influe sur bien des aspects, et quand les abdominaux s’étirent à ce point, des douleurs lombaires chroniques, des symptômes de constipation et même de l’incontinence urinaire peuvent apparaître.

“Une fois qu’on a accouché, on a envie de retrouver son corps d’avant, et ce n’est pas une question de vanité féminine”, explique le Dr Geeta Sharma, professeure clinique adjointe au service d’obstétrique, gynécologie et sciences de la reproduction de l’école de médecine Icahn du Mount Sinai, à New York. Si ce problème touchait surtout les hommes, “le sujet passerait au premier plan.”

Une fois qu’on a accouché, on a envie de retrouver son corps d’avant, et ce n’est pas une question de vanité féminineDr. Geeta Sharma

Julie Tupler, formatrice médicale et infirmière diplômée new-yorkaise, est l’une des premières à avoir proposé un traitement de la diastase. Elle a conçu une méthode de rééducation – la technique Tupler – qui consiste en une série d’exercices ciblés associés au port régulier d’une gaine. Elle explique qu’elle ne cesse d’attirer l’attention sur l’importance de la diastase, en termes d’effets et de nombre de femmes touchées, depuis les années 1990. Si on s’en préoccupe davantage qu’il y a 30 ans, elle estime qu’on offre encore bien trop peu d’informations et d’aide aux jeunes mamans.

“J’ai l’impression de nager à contre-courant”, avoue-t-elle. “Le grand public est un peu plus sensibilisé, mais les professionnels ne font toujours pas d’examens. Dans ce cas, les sages-femmes et les gynécologues devraient le faire systématiquement.” (...) Retrouvez cet article sur le Huffington Post

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