Après les intrusions au Capitole, la sécurité en question à Washington

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Des scènes de chaos “invraisemblables” se sont déroulées mercredi soir à Washington. Quelque 35 000 gardes nationaux auraient dû être mobilisés, ainsi que les agences fédérales. Mais seule la police du Capitole a dû faire face, dans un premier temps, aux pro-Trump qui ont forcé l'entrée de ce temple de la démocratie américaine.

Il est 14 heures, mercredi 6 janvier, à Washington, quand l’impensable se produit. Des partisans de Donald Trump forcent l’entrée du Congrès. Seul un mince cordon de police, composé d’agents chargés de veiller à la sécurité de l’édifice et de ses alentours, se trouve à l’extérieur du bâtiment. Très vite ces policiers sont dépassés.

À l’intérieur les pro-Trump prennent d’assaut les couloirs du Congrès et posent même à la tribune. La session conjointe des deux parlements américains, sur le point de certifier officiellement la victoire de Joe Biden, est alors suspendue. Ce n'est qu’aux alentours de 18 h 30 (heure locale), qu’un responsable annonce que le Capitole est de nouveau sécurisé. Entre temps, quatre personnes ont été tuées et 52 manifestants arrêtés.

Ces scènes ont suscité de nombreuses interrogations sur l’incapacité de la police à empêcher l'intrusion de ces partisans, parfois violents, dans le Capitole. Comment expliquer cette confusion ? Les autorités sont accusées de ne pas avoir suffisamment bien anticipé l'événement. Pourtant, la maire de Washington, Muriel Bowser, avait annoncé la présence de 35 000 gardes nationaux pour sécuriser les abords du bâtiment.

Mais ces agents ne sont arrivés que dans un second temps, explique Loïck Berrou, journaliste de France 24 et ancien correspondant à Washington, pour qui ces scènes de chaos sont “invraisemblables à l’échelle de Washington". "Entre le discours de Donald Trump [demandant à ses partisans de se diriger vers le Congrès pour faire pression sur les élus républicains, NDLR], prononcé aux alentours de 11 h, et le début de la session de validation vers 13 h, ces gardes nationaux ne sont pas présents. On voit seulement un mince rayon de la police du Capitole à l’extérieur, et un autre à l’intérieur, qui sont très vite débordés”.

Les agences nationales interviennent à ce moment-là, à la demande de la maire, mais avec, semble-t-il, un “certain retard”. Tandis qu’à l’extérieur, la garde nationale parvient enfin à faire reculer les personnes sur les marches, à l'intérieur “des agents du FBI en armes assurent la sécurité de l’urne avec les votes et des 535 parlementaires, qui vont être évacués“, commente Loïck Berrou.

Un possible manque de coordination entre les polices

Historiquement, Washington D.C. a hérité d’un statut particulier, cette ville ne dépend pas d’un État, mais directement du Congrès. Il en résulte que “14 agences différentes gèrent la sécurité de Washington, dont le FBI, le ‘secret service’ qui s’occupe de la sécurité du président, la police du Capitole et la police locale de Washington”, liste Loïck Berrou. La situation chaotique de mercredi soir pourrait être le résultat d’un manque de coordination entre toutes ces strates sécuritaires.

Néanmoins, les débordements incontrôlables ont suscité l’interrogation de nombreux commentateurs qui ont fait remarquer que les forces de l'ordre étaient bien moins organisées que lors du rassemblement des militants du mouvement Black Lives Matter, en juin 2020, à Washington. Les membres de la Garde nationale s’étaient alors positionnés sur les marches du Lincoln Memorial, à proximité du Capitole, en tenue militaire, de façon très dissuasive.

Nul doute qu’après l’assaut de mercredi, l’administration de Joe Biden, la Chambre des représentants et le Sénat, tous deux désormais contrôlés par les démocrates, demanderont une commission d’enquête pour comprendre d’où sont venues ces failles de sécurité.