Après le fiasco du Stade de France, Didier Lallement peut-il être démis de ses fonctions?

Le préfet de police de Paris Didier Lallement sur le pont Saint-Michel, le 17 octobre 2021, rend hommage aux victimes du 17 octobre 1961 - JULIEN DE ROSA © 2019 AFP
Le préfet de police de Paris Didier Lallement sur le pont Saint-Michel, le 17 octobre 2021, rend hommage aux victimes du 17 octobre 1961 - JULIEN DE ROSA © 2019 AFP

Lundi matin face à la presse, Gérald Darmanin a appuyé sans ambiguïté le préfet de police de Paris, Didier Lallement, l'assurant de "tout son soutien". "Pour avoir été sur place, sans les décisions prises par la police et le préfet, il y aurait eu des morts", a déclaré le ministre de l'Intérieur.

Gérald Darmanin et le préfet de police sont sous un feu nourri de critiques depuis samedi soir et les incidents qui ont marqué la finale de Ligue des Champions, qui opposait Liverpool au Real Madrid dans l'enceinte du stade de France, à Saint-Denis. L'événement a été marqué par des débordements, notamment des mouvements de foule et des tirs de gaz lacrymogènes par les forces de l'ordre.

Les images tournent depuis en boucle sur les réseaux sociaux et l'opposition tance vertement le ministre de l'Intérieur, mais aussi le préfet de police de Paris.

Le préfet défend le "très bon déroulement" des opérations dans un rapport

Face à ces critiques, Didier Lallement reste toutefois droit dans ses bottes, jugeant son dispositif efficace. "Il convient de souligner le très bon déroulement de l'ensemble du dispositif d'ordre public et de sécurité mis en place par la préfecture de police depuis le jeudi 26 mai", écrit le préfet de police dans son rapport, remis dimanche au ministre de l'Intérieur.

"Je considère que le dispositif mis en place a assuré l'essentiel: permettre le bon déroulement du match et garantir la sécurité des festivités sans morts ni blessés graves", poursuit-il.

Une dernière phrase qui résume à la perfection la doctrine même de Didier Lallement depuis qu'il a pris la tête de la préfecture de police il y a trois ans. Considéré comme un homme à poigne, le préfet de police de Paris a un credo: une manifestation est réussie à partir du moment où il n'y a ni morts, ni blessés graves. Une doctrine qui lui vaut de nombreuses critiques.

"Le préfet Didier Lallement est un homme brutal dans ses méthodes, nous le savons depuis des années. (...) J'ai demandé sa démission dix fois, ça va devenir récurrent", a lancé Marine Le Pen dimanche sur RTL.

"Nous ne demandons pas des comptes aux troupiers, mais aux chefs. Je vous le dis, le préfet de police Lallement, dans trois semaines, si je suis élu, il s'en va", a promis Jean-Luc Mélenchon mercredi soir, en meeting pour les législatives à Paris.

Plusieurs polémiques depuis sa nomination

Ce n'est pas la première fois que le préfet de police suscite la polémique et fait l'objet d'appels à démissionner au sein de la classe politique. Nommé en mars 2019 après le limogeage de Michel Delpuech, remercié pour sa gestion des manifestations des gilets jaunes, Didier Lallement s'est depuis illustré par ses méthodes de maintien de l'ordre, notamment par l'utilisation de la technique dite de la "nasse" des manifestants, décriée et jugée illégale par le Conseil d'État en juin 2021.

En novembre 2019, Didier Lallement avait provoqué un tollé lorsque, interpellé dans la rue par une manifestante gilet jaune, il avait répliqué: "Nous ne sommes pas dans le même camp, Madame". Des mots qui avaient "provoqué le courroux à l'époque d'Emmanuel Macron pour qui la police devait apparaître impartiale", rappelle ce jeudi l'éditorialiste politique de BFMTV Matthieu Croissandeau.

Quelques mois plus tard, nouvelle polémique au début du mois d'avril 2020. Alors que le confinement a été décrété fin mars, Didier Lallement est sur le terrain, Porte d'Orléans à Paris, lors d'une opération de police afin de dissuader les éventuelles personnes qui voudraient partir en vacances.

"Ceux qui sont aujourd'hui hospitalisés, qu'on trouve dans les réanimations, sont ceux qui, au début du confinement, ne l'ont pas respecté", lance alors Didier Lallement devant les caméras, pointant une "corrélation très simple".

Pour cette controverse, le haut fonctionnaire présentera toutefois des excuses. "Je regrette d’avoir tenu ces propos, je comprends les réactions qu’ils suscitent et je présente mes excuses", rétropédale-t-il quelques heures plus tard.

La même année, en novembre, la violente évacuation de la place de la République, où plus de 500 tentes avaient été installées par des associations d'aide aux exilés provoque un nouveau scandale. Une opération menée "dans des conditions absolument scandaleuses et déplorables", souligne Matthieu Croissandeau.

"À chaque fois on se dit, est-ce qu'il va sauter? Et puis à chaque fois, il reste", constate-t-il.

Sur la sellette?

Lors de sa nomination au printemps 2020, Didier Lallement, précédemment préfet de Nouvelle-Aquitaine, avait été justement choisi alors que "ses deux prédécesseurs avaient été limogés pour leur prétendue mollesse, pointe Matthieu Croissandeau. Bernard Boucault parce qu'il avait laissé des émeutes au Trocadéro pour une scène de liesse du PSG à son premier sacre. Quant à Michel Delpuech, son successeur, il avait sauté après le saccage de l'arc de Triomphe".

En 2018, après que l'affaire Benalla avait éclaté, Emmanuel Macron avait fustigé "la République des fusibles, la République de la haine". Le chef de l'État n'a pas l'habitude de couper les têtes de façon abrupte, comme le prouvent les exemples de Gérald Darmanin, mis en cause pour des accusations de viol ou Éric Dupond-Moretti, doublement mis en examen pour des faits de prise illégale d'intérêts.

Mais la portée internationale de l'événement et les vidéos de supporters gazés diffusées partout sur la planète pourraient changer la donne, à un an de la Coupe du monde de rugby en France et à deux ans des Jeux olympiques de Paris.

Darmanin change de ton

Auditionné au Sénat mercredi, Gérald Darmanin a ainsi légèrement changé de ton, battant sa coulpe. "Manifestement l'expérience mérite d'être très largement revue et j'ai demandé au préfet Cadot de voir dans le cadre d'événements sportifs exceptionnels qu'on puisse avoir des règles d'emploi différentes", a-t-il dit devant la commission des lois du Sénat.

"Le gaz lacrymo a permis de sauver un certain nombre de personnes de l'écrasement mais il a aussi causé de gros dégâts, notamment sur des enfants (...) je voulais m'excuser très sincèrement de cette utilisation disproportionnée", a-t-il ajouté.

Cité par l'AFP mercredi, un conseiller proche de l'exécutif tacle: "La réalité, c'est que c'est Lallement qui plante encore tout le monde."

Pour autant, pour Matthieu Croissandeau, "tout le monde loue quand même sa loyauté (de Didier Lallement, NDLR), même s'ils critiquent parfois sa méthode forte". L'éditorialiste juge par ailleurs qu'un départ du préfet n'est pas à l'ordre du jour.

"Il n'y a aucune raison pour Gérald Darmanin de faire ce cadeau à l'opposition, encore moins à dix jours du premier tour des législatives", croit-il savoir.

D'ici là, Didier Lallement devrait être auditionné au Sénat, a indiqué mercredi le président de la commission de la Culture, Laurent Lafon. Contacté par BFMTV.com, la Chambre haute indique ne pas avoir à ce stade programmé la séquence.

Article original publié sur BFMTV.com

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