Après les feux, la longue remise sur pied des camions de pompiers

Sous un immense hangar, des mécaniciens s'activent pour réparer les camions et autres véhicules endommagés comme jamais par les violents incendies de l'été en Gironde, afin que les pompiers soient prêts pour la prochaine saison des feux.

"Ici, c'est la salle d'attente du médecin", sourit le capitaine Etienne Barthélémy. Face à lui, ses "patients" sont des dizaines de camions, véhicules légers et ambulances, parqués derrière les bâtiments bordelais du Groupement technique et logistique du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS 33).

Parmi eux, une grande partie a servi à combattre les flammes qui ont ravagé environ 30.000 hectares de forêt girondine. Pare-brise cassé, pare-chocs déformé, rétroviseurs fondus, moteurs atteints, les dégâts ont été nombreux et la facture peut grimper à plusieurs milliers d'euros par véhicule.

Dans un coin, des mécanos travaillent sur quatre camions-citernes. Un peu plus loin, des chaudronniers ont démonté un pare-chocs trop abîmé pour être réparé.

Des feux de forêt, le chef d'atelier poids lourds Bruno Arrieta, au SDIS depuis 31 ans, en a vu passer. Mais cette année, le nombre de camions en attente de soins le surprend : "On stagne à 70 parce que quand on en répare un, il y en a d'autres qui arrivent. En ce moment, on ne s'occupe que des camions-citernes."

Début novembre, le service départemental de secours comptait encore "74" véhicules indisponibles, confirme Etienne Barthélémy, contre 30 en moyenne lors d'une année "normale". Soit plus de 40% du parc roulant de lutte contre les incendies.

Autres stigmates d'un été "hors norme" pour les pompiers: "700 tuyaux détériorés" ou "300 pneus" utilisés durant la saison.

- "Bouchées doubles" -

Ces travailleurs de l'ombre n'ont pas arrêté depuis juillet et le déclenchement simultané des méga-feux de Landiras et La Teste-de-Buch. Des mécaniciens étaient même présents sur le terrain pour procéder à des réparations d'urgence, ou prêter main forte comme sapeurs-pompiers volontaires.

"Les horaires de travail vont ordinairement de 7h30 à 17h00 mais pendant l'été c'était du 5h30-21h", souligne le capitaine.

Le groupement technique et logistique regroupe 150 personnes, des mécaniciens aux chaudronniers, des magasiniers aux acheteurs en passant par un menuisier, avec un objectif commun: retrouver un niveau convenable de matériels disponibles avant la prochaine saison des feux qui, sur le papier, débute le 1er mars.

"D'habitude, on ne commence les réparations des camions de feux de forêt qu'en janvier; là, dès juillet, on a débuté", précise Étienne Barthélémy. Une rallonge budgétaire a été accordée pour faire face à cette situation exceptionnelle... qui pourrait se répéter.

En faisant le bilan des opérations estivales en octobre, le lieutenant-colonel Philippe Harguindeguy, chef du pôle opérationnel du SDIS 33, avait assuré que les services techniques mettaient "les bouchées doubles" en vue de la prochaine saison.

Mais, outre le nombre de véhicules endommagés, la remise en état prend du temps car les "blessures" superficielles peuvent cacher des dommages plus importants. "Des fois, on voit un camion et on se dit qu'il n'y aura pas besoin de grosses réparations. Puis on commence à démonter et là on se rend compte que cela demandera plus de temps", explique Bruno Arrieta.

Et, qu'il s'agisse d'un problème de moteur ou d'un marchepied tordu, tout est mis en œuvre pour restituer un véhicule presque neuf, et garantir la sécurité des troupes durant leurs prochaines missions.

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