Gaza: une majorité de Palestiniens tués appartenait au Hamas, selon un responsable

Adel ZAANOUN

Jérusalem (AFP) - La très grande majorité des 59 Palestiniens tués cette semaine par l'armée israélienne dans la bande de Gaza appartenaient au Hamas, a affirmé un responsable du mouvement islamiste: une affirmation dont Israël s'est immédiatement saisi pour contester le caractère pacifique de la contestation.

Salah al-Bardaouil, ce responsable du Hamas, "dévoile la vérité", a tweeté un porte-parole du gouvernement israélien, Ofir Gendelman. "Ce n'était pas une manifestation pacifique, mais une opération du Hamas", qui contrôle Gaza, a-t-il ajouté.

Le Hamas a dit soutenir la mobilisation, tout en assurant qu'elle émanait de la société civile et qu'elle était pacifique. L'armée israélienne accuse de son côté le Hamas, qu'il considère comme "terroriste", de s'être servi du mouvement pour mêler à la foule des hommes armés ou disposer des engins explosifs le long de frontière.

"La situation à Gaza (dirigé par le Hamas, ndlr) a très peu à voir avec le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem" lundi, a commenté le président du parlement israélien, Yuli-Yoel Edelstein, lors d'un déplacement à Paris. "C'est une action très bien planifiée du Hamas qui utilise les populations, y compris des femmes, des enfants, des adolescents, comme boucliers humains", a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a lui jugé "blasphématoire" de comparer à des "terroristes" les dizaines de manifestants "pacifiques", tués à Gaza par des tirs israéliens. Le pape François s'est dit "très préoccupé par l'escalade des tensions en Terre Sainte" et le président russe Vladimir Poutine a appelé à "renoncer à la violence".

Trois jours après ce bain de sang, inédit par son ampleur depuis 2014, le président turc Recep Tayyip Erdogan a lui dénoncé le silence de la communauté internationale face à la "tyrannie israélienne". Si ce silence "persiste", le monde va s'enfoncer rapidement dans un chaos où les bandits feront la loi", a lancé M. Erdogan lors d'un dîner de rupture du jeûne à Ankara.

Conséquence de cette tension, l'ambassadeur d'Israël en Turquie a regagné son pays jeudi, à la demande des aurorités d'Ankara. Eitan Naeh a pris un avion pour Tel-Aviv à l'aéroport d'Istanbul où son départ a été filmé par des médias turcs.

Les ministres arabes des Affaires étrangères doivent tenir jeudi au Caire, à la demande de l'Arabie saoudite, une réunion "extraordinaire" qui portera sur "l'agression israélienne contre le peuple palestinien", a annoncé l'organisation panarabe.

En attendant, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a appelé Israël et les Palestiniens à s'abstenir de toute mesure qui pourrait conduire à de nouveaux morts.

- "Agression israélienne" -

A Ottawa, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a réclamé une "enquête indépendante" sur les événements de lundi. "L'emploi présumé d'une force excessive et de munitions réelles est inexcusable", a-t-il affirmé dans un communiqué.

Les violences de lundi, coïncidant avec l'inauguration controversée à Jérusalem de la nouvelle ambassade américaine, ont continué à susciter l'inquiétude ou la colère à l'étranger.

Le Guatemala a également inauguré mercredi à Jérusalem sa nouvelle ambassade en Israël, s'attirant la colère de la direction palestinienne qui a accusé le gouvernement guatémaltèque de se placer du côté des "crimes de guerre israéliens".

La tension est retombée dans la bande de Gaza à la veille du ramadan, le mois de jeûne musulman, mais la situation demeure hautement volatile.

Des chars israéliens ont frappé plusieurs positions du Hamas dans la bande de Gaza, en réponse à des tirs d'armes à feu, a dit notamment l'armée.

Sur la chaîne de télévision Al-Jazeera, l'homme fort du Hamas, Yahya Sinouar, a prévenu: "si le blocus (israélien à Gaza) continue, nous n'hésiterons pas à recourir à la résistance militaire".