Après deux mois d'isolement, le déconfinement va entraîner "une épidémie d'angoisses"

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Après deux mois d'isolement, le déconfinement va entraîner "une épidémie d'angoisses"

Le gouvernement ne cesse de le répéter: le déconfinement, "ce n'est pas la reprise de la vie comme avant". Mais ce lundi représente bien un tournant dans le quotidien des Français, terni ces deux derniers mois par les mesures d'isolement. Après 55 jours sous cloche, la sortie tant attendue est enfin arrivée. Alors que certains jubilent à l'idée de retrouver enfin un semblant de vie sociale, d'autres appréhendent de renouer le contact dans une société où le Covid-19 est toujours en circulation. 

"Je ne compte pas voir mes amis et ma famille avant début juin au moins, et à ce moment-là je verrai comment la situation a évolué", raconte à BFMTV.com une Iséroise de 20 ans. Depuis le 17 mars, la jeune femme n’a pas mis le nez dehors, et compte bien garder cette ligne de conduite: "Je pense que pour l’instant c’est trop tôt pour sortir et que les gens ne sont pas assez prudents", déplore-t-elle, rongée par l’angoisse "d'attraper le virus".

TOC, angoisses et phobies

"L'enfer viral, c'est les autres", commente le psychothérapeute Benjamin Lubszynski qui assure à BFMTV.com que la crise sanitaire va entraîner "une épidémie d’angoisses". Ces deux mois de confinement ne sont pas sans conséquence: "L’isolement et l'évitement créent de l’anxiété et cela entraîne des phobies qui peuvent se développer chez n’importe qui, à n’importe quel âge. Il suffit d'un moment de fragilité”, explique le spécialiste. 

Selon lui, la France déconfinée devrait observer une augmentation de l’hypocondrie, de la mysophobie et de la nosophobie - les peurs maladives et irrationnelles d'être contaminé par des microbes ou de contracter une maladie.

"Il y aura aussi une recrudescence des crises d’angoisse qui viendront aggraver un peu plus ces phobies liées à la maladie car les symptômes du Covid-19 se marient tragiquement bien avec ces crises", note le psychothérapeute.

En effet, les pics d’anxiété entraînent "des reflux gastriques qui remontent dans la gorge et l’irritent: on a l’impression d’avoir mal, on peut même avoir une petite toux. Idem pour la respiration: quand on inspire trop fort, on a une sensation d’oppression, on respire plus vite, le sang n'est plus assez oxygéné et on hyperventile", comme lorsque l’on est atteint du coronavirus.

Cette peur d’être malade devrait s’accompagner, chez certains, de troubles obsessionnels du comportement (TOC) d’hygiène et de contamination. "Depuis plus de deux mois, on est conditionné à se laver les mains fréquemment. Certains n’arriveront pas à se défaire de cette habitude, d’autres vont même l’étendre à un besoin irrépressible de nettoyer leur intérieur", présage-t-il.

Benjamin Lubszynski s’attend également au développement de l’agoraphobie et à la peur de sortir de chez soi. Une étude menée pendant l’épidémie de Sras en 2003 sur 1057 individus, montre qu’un quart d’entre eux se tenait encore à l’écart des endroits trop fréquentés trois ans après la fin de la maladie.

Affronter ses peurs

Pour soulager ces angoisses - pour certaines rationnelles en cette période si particulière, note le psychothérapeute - il recommande de se relaxer avant de sortir de chez soi. Cela passe, notamment, par un travail sur sa respiration ou par la méthode Jacobson: "Il faut contracter tous les muscles de la tête aux pieds, cinq fois. Les muscles se fatiguent puis se détendent et le stress disparaît." Le but est de se désensibiliser progressivement à sa peur.

"On peut également essayer de se confronter à ses phobies par la pensée. Si on a peur de se retrouver dans une rame de métro bondée, il faut essayer de s’y visualiser tout en se relaxant", conseille Benjamin Lubszynski. Le tout est de ne pas contourner ses peurs car "l'évitement aggrave par nature l’anxiété, et la phobie s’étend de plus en plus".

Et de conclure: "Pour l’instant, ce n’est pas grave de continuer à éviter les gens, de se laver les mains plus que de raison, d’avoir toujours du gel hydroalcoolique sur soi, c’est rationnel. Il ne faut pas avoir honte de sortir avec trop d’équipement car tout le monde a peur de ce virus. L’important est de ne pas s’enfermer dans ses angoisses."


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Article original publié sur BFMTV.com