Après le crash des régionales, Macron joue la relance avant la présidentielle

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Occultant les mauvais résultats de la majorité aux régionales, Emmanuel Macron prépare le tournant de l'après-crise, en mettant l'accent dès lundi sur la relance et l'attractivité, lors d'un déplacement au parfum de campagne présidentielle à Douai (Nord) où il s'est retrouvé face à son rival pour 2022, Xavier Bertrand.

C'est un président à la manoeuvre sur le front économique qui a annoncé chez Renault Douai l'implantation d'une méga-usine de batteries sino-japonaise, avec deux milliards d'euros d'investissements et 1.000 emplois à la clé d'ici 2024.

En arrivant, il a été accueilli par le président réélu de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand, qui se pose comme le "troisième homme" de 2022. Leurs retrouvailles masquaient mal leur rivalité.

"Bravo! Félicitations, lui a lancé d'une voix sonore le chef de l'Etat à son arrivée. Je suis content d'être avec vous. C'est une étape, mais on sait tous ce qu'il y a derrière."

Si Emmanuel Macron voulait parler de l'usine, Xavier Bertrand, lui, voulait parler politique: "c'est important qu'on ait réussi à faire autant reculer le RN", a coupé le président des Hauts-de-France, soulignant aussi l'abstention record. "Ça prouve que quand on investit, on y arrive", a repris le président, revenant sur le terrain industriel, tout en reconnaissant au passage qu'il fallait "tous tirer les conséquences" de l'abstention.

Mais c'est avec des accents de campagne qu'il s'est écrié devant les ouvriers: "Quand on crée des emplois industriels, on fait reculer la colère, la misère et toutes les démagogies", "c'est le travail de cette France unie, c'est vous !".

Et qu'il a défendu ses choix économiques, de la baisse de l'ISF à celle des taxes sur la finance et les entreprises ainsi que l'assouplissement du droit du travail, selon lui à l'origine du retour des investisseurs étrangers.

"Qu'est-ce que j'ai entendu" avec ces réformes, "on m'a donné tous les qualificatifs quand j'ai fait ça! Mais on en a des résultats, on recrée des emplois industriels", a martelé le chef de l'Etat.

Xavier Bertrand, qui a eu la satisfaction de conclure cet échange avec les ouvriers, ne s'était pas privé de chiper vendredi à M. Macron la primeur de l'annonce de l'usine.

Lundi soir, Emmanuel Macron a continué à creuser son sillon en recevant 150 patrons à Versailles pour "Choose France". Il inaugurera mardi les locaux parisiens de JP Morgan puis terminera vendredi par l'exposition de produits "Made in France" à l'Elysée.

Ecartant l'idée d'un grand remaniement -- "Je ne vais pas changer de Premier ministre", a-t-il d'ailleurs déclaré à Elle lundi -- M. Macron doit également bientôt préciser son projet pour le reste du quinquennat.

"Le pays étant à un tournant, le président de la République s'exprimera (...) dans le courant du mois de juillet (...) sur le cap qui va nous amener dans les 10 prochains mois jusqu'à l'élection présidentielle", a indiqué le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur FranceInfo.

- La question des retraites -

Parmi les sujets laissés en suspens par la crise sanitaire, la réforme des retraites, qui divise l'entourage du chef de l'Etat tant sur sa forme que sur le calendrier.

"Il faut la faire, mais il faut aussi choisir le bon moment", a résumé Jean Castex au Figaro, tout en affirmant que "ce ne sera pas la même" que celle initiée par son prédécesseur Edouard Philippe.

Alors que les comptes sociaux ont été considérablement grevés par le Covid-19, une partie de la majorité plaide pour un relèvement de l'âge de départ, mesure qui pourrait être prise dès le vote du prochain budget à l'automne.

"Là, il y a une bonne ambiance, les boîtes ont envie d’investir, les gens de bosser, de partir en vacances, de revivre. Il faut laisser cette dynamique prospérer, on ne peut pas faire ça maintenant", rétorque un proche du président.

Dans un calendrier parlementaire restreint, M. Macron n'a plus guère d'espace pour un projet de loi d'ampleur. Des avancées sur la prise en charge de la dépendance, des signaux en direction de la jeunesse comme l'extension de la "garantie jeunes" sont attendus, alors que l'exécutif cherche également à occuper le terrain sécuritaire.

Dans le même temps, M. Macron espère aussi oeuvrer à la consolidation, voire l'élargissement de sa majorité.

"Le problème c'est que les résultats des régionales", qui ont requinqué droite et gauche, "fragilisent notre attractivité", souligne un proche du président. Avant d'ajouter, inquiet: "Et l'hypothèse que Macron n'est qu'une parenthèse dans l'histoire revient dans le jeu".

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