Après le confinement, Mélina Robert-Michon veut faire «une petite liste des choses importantes»

Vice-championne olympique du lancer du disque aux derniers Jeux Olympiques de Rio 2016, la française Mélina Robert-Michon, aujourd’hui âgée de 40 ans, a pris le temps de nous raconter « son » confinement. Mère de deux enfants, elle revient sur sa carrière, sa longévité au plus haut niveau. Elle en profite aussi, en cette période Covid-19 si particulière, pour glisser quelques messages à l’attention notamment des plus jeunes.

RFI : comment vivez-vous cette période de confinement ?

Mélina Robert-Michon : Je suis dans la Région de Lyon, chez moi, avec mes deux filles et mon compagnon. Ça se passe plutôt bien. C’est vrai qu’on a la chance d’avoir un petit extérieur, ça aide beaucoup. Les journées sont assez remplies entre l’école à la maison et l’entraînement. Je m’entraîne à la maison, du coup ça passe plutôt vite, on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Quand on lance le disque à plus de 66 mètres, comment s’entraîne-t-on à la maison même si on a un petit jardin ?

Malheureusement c’est un petit jardin, j’aurais bien aimé avoir plus de 100 mètres de jardin pour pouvoir lancer. Ce que je fais, c’est principalement de la préparation physique, des éducatifs, le mouvement du lancer sans vraiment lancer.

L’idée c’est de ne jamais s’arrêter, de rester dans une routine de l’entretien physique ?

Déjà l’idée c’est de ne pas perdre physiquement, d’entretenir tout ce qu’on a fait, à la base il ne faut pas oublier qu’on était dans une préparation olympique, on était vraiment dans la dernière ligne droite pour Tokyo. Le but c’est d’entretenir cette dynamique pour préparer la saison prochaine.

Vous avez participé à tous les JO depuis vos premiers à Sydney en 2000. Tokyo serait vos cinquièmes. Comment l’avez-vous vécu ce report d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, c’était inéluctable ?

On l’a senti venir avec toutes les annulations des autres compétitions. C’était inévitable, on ne pouvait pas réunir autant d’athlètes de pays différents en même temps au même endroit. Donc sur le moment, j’ai ressenti un peu de soulagement mais aussi un pincement au cœur c’est vrai parce que les Jeux Olympiques c’est vraiment notre récompense. On attend l’événement tous les quatre ans, mais ce n’est que partie remise.

Vous aurez 42 ans au moment des Jeux de Tokyo s’ils ont lieu donc durant l’été 2021. Cette longévité au plus haut niveau est assez exceptionnelle ?

Je crois que je suis passionnée tout simplement. Je me plais, je m’éclate dans ce que je fais. Je suis bien entourée aussi, ça joue énormément. Mon plaisir, c’est la compétition, les performances. Je sens que je suis encore compétitive. J’arrêterai le jour où je sentirai que je ne peux pas faire mieux que ce que j’ai déjà fait.

Finalement cette maturité c’est un atout dans cette période de confinement. Est-ce que c’est plus facile à accepter pour des athlètes chevronnés comme vous que pour des jeunes athlètes ?

Clairement pour les plus jeunes c’est pour eux que c’est le plus compliqué. Ils n’ont pas forcément connu encore de périodes d’inactivité, de blessures etc. Ils avaient un plan et jusque-là tout se déroulait comme prévu. Ils n’ont pas forcément cette capacité d’adaptation. Moi voilà j’ai la chance d’avoir vécu plein de saisons et de situations différentes. Je peux m’adapter plus facilement. Mes grossesses par exemple m’ont imposé des coupures, mais ça ne m’a jamais empêché de revenir. Je me sers de cette expérience là pour essayer d’avancer. J’ai deux enfants âgés de 10 et 2 ans. Ça remplit bien les journées, mais c’est aussi le gros point positif de ce confinement. On profite de tous ces bons moments passés ensemble avec un rythme qui est le nôtre.

Quand on regarde le dérouler de votre carrière, vous avez cette capacité à sortir le meilleur de vous le jour J. On l’a vu à Moscou en 2013 pour votre médaille d’argent aux Championnats du monde, ou encore bien entendu aux JO de Rio en 2016 avec ce jet à 66 m73 où vous battez votre record de France, cet incroyable concours terminé à la deuxième place ?

Ce sont des choses que je travaille. Il y en a beaucoup qui disent que cet esprit de la « gagne » on l’a ou on l’a pas, je ne suis pas tout à fait d’accord. Je pense vraiment que c’est quelque chose qui se travaille. Physiquement et techniquement, vous pouvez arriver au top, mais si vous ne gérez pas la pression ça ne sert à rien. Plus j’ai avancé dans ma carrière, plus j’ai compris l’importance de l’aspect psychologique. Après, la compétition c’est ce que je préfère, c’est le moteur de ma motivation.

Le déconfinement, vous l’imaginez comment ?

C’est l’occasion de remettre en perspective plein de choses, de remettre de l’ordre dans ses priorités. Chacun va pouvoir faire le bilan et faire une petite liste des choses importantes. Après c’est un peu comme le 1er janvier, on a plein de bonnes intentions. Mais j’espère que ça va nous faire évoluer sur certains comportements. On le voit sur la consommation, on se retrouve à consommer plus de produits locaux, des fruits et légumes, etc... J’espère que ça va perdurer, que ça va permettre aux gens autour de nous de mieux vivre. De penser plus localement. Je suis fille d’agriculteur, je suis très attachée à ces valeurs-là.