Après le cessez-le-feu dans le Haut-Karabakh, Nikol Pachinian joue sa survie politique

·3 min de lecture

Au lendemain de l'accord de cessez-le-feu dans le Haut-Karabakh, l’opposition demande des comptes au Premier ministre arménien qui a signé le texte et l'abandon de territoires. Nikol Pachinian, porté au poste de chef du gouvernement il y a deux ans par une révolution pacifique, est désormais sous pression.

Où est passé Nikol Pachinian ? Alors que le cessez-le-feu dans le Haut-Karabakh a déclenché une explosion de colère en Arménie, impossible de savoir où se trouve son Premier ministre. Celui-ci assure ne pas avoir pas quitté le pays. Pour s'adresser au pays en ébullition, il utilise son moyen de communication favori : les vidéos sur les réseaux sociaux. Une dizaine depuis l'annonce de l'accord de cessez-le-feu. Sur ses mêmes réseaux sociaux, des sondages en ligne tournent en boucle depuis des heures avec toujours la même question : « Le Premier ministre doit-il démissionner ? ».

Avec sa communication sans cesse triomphale, jamais Nikol Pachinian n'a préparé l'opinion à une défaite. Les méthodes qui avaient fait son succès se retournent aujourd’hui contre lui. Son omniprésence sur les réseaux sociaux, ses déclarations teintées de populisme, ses vibrantes plaidoiries guerrières, sa communication autour de l’envoi de son épouse et de son fils sur le front du Haut-Karabakh constituent autant de facteurs d’irritation envers ce Premier ministre que nombre d'Arméniens considèrent désormais comme le responsable d'une humiliante défaite militaire contre l'Azerbaïdjan.

« Traître »

Oublié le temps pourtant pas si lointain où l’opposant à la casquette entrainait derrière lui des milliers de manifestants à travers le pays pour dénoncer le pouvoir en place. Héros de la révolution de velours contre les élites corrompues au printemps 2018, Nikol Pachinian est aujourd’hui vu comme un « traître » par la foule déchainée qui a investi le siège du gouvernement et du Parlement quelques heures après la signature de l’accord de cessation des hostilités.

Nazénie Garibian, ancienne vice-ministre de la Culture de Nikol Pachinian, juge la situation instable, voire explosive. « On doit vraiment garder notre calme, notre sang-froid, maintenir à tout prix la stabilité intérieure. On ne peut pas se permettre un coup d'Etat en ce moment, parce que cela mettrait l'Arménie dans une situation encore pire. Il y a un danger de cela », confie-t-elle au micro de notre envoyée spéciale à Erevan, Anissa El Jabri.

A cette population sonnée ou en colère, l'opposition propose un changement à la tête du pays. Quelques heures avant l'annonce de l'accord, 17 partis avaient déjà exigé la démission de Nikol Pachinian. Parmi eux, celui de son prédécesseur, Serge Sarkissian, celui-là même qu’il a chassé du pouvoir avec l'aide de la rue. Une vieille garde qui serait tentée de prendre sa revanche sur fond de défaite qui aux yeux de bon nombre d’Arméniens sonne comme une capitulation.

L'opposition appelle ce mercredi à la mi-journée à une manifestation dans la capitale, interdite dans un pays toujours sous loi martiale.