Apparition de la vie : "Des structures plus ou moins vivantes ont dû d'abord émerger"

IGS CNRS-AMU

Selon le chercheur Christophe Malaterre, l'apparition de la vie a sans doute été graduelle, englobant des entités inclassables qui possèdent certaines propriétés du vivant mais pas toutes. Et c'est ce type de systèmes qu'il faudrait pouvoir synthétiser en laboratoire.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°911, daté janvier 2023.

Christophe Malaterre est philosophe des sciences de la vie à l'Université du Québec à Montréal (Canada).

Sciences et Avenir : Acides aminés, sucres, bases nucléiques constituant les molécules d'ADN… On découvre de plus en plus de molécules constitutives du vivant dans des objets extraterrestres. Quelles sont les implications pour les recherches sur l'origine de la vie ?

Christophe Malaterre : Afin de replacer ces résultats dans une perspective historique, rappelons qu'un premier changement de paradigme s'est opéré au début du siècle. Des chimistes - tel l'Allemand Friedrich Wöhler - montrent alors que les molécules qualifiées d'organiques, comme l'urée ou les sucres, ne sont pas spécifiques aux organismes vivants. Elles ne sont dotées d'aucune "force vitale" particulière, puisqu'on peut les synthétiser à partir de substances qui n'ont rien à avoir avec la vie, tels l'acide cyanique ou le cyanure d'hydrogène. Leur seule caractéristique notable est qu'elles sont toutes fondées sur la chimie du carbone.

Une autre étape majeure survient en 1953 sous l'impulsion de l'Américain Stanley Miller. Alors que ce dernier cherchait à reproduire les conditions de l'atmosphère terrestre primitive, il démontre qu'une grande diversité de molécules organiques comme les acides aminés peuvent se former spontanément : à partir de méthane, d'ammoniac, d'eau et de dihydrogène en particulier, exposés à une source d'énergie et simplement mélangés.

Or, ces dernières années - et c'est là une troisième découverte d'importance qu'on doit à l'analyse fine des objets extraterrestres -, on s'est rendu compte que la chimie froide de l'espace produit elle aussi une grande diversité de composés organiques, bien plus vaste que dans les systèmes biologiques. Ce qui confère aux molécules du vivant un caractère finalement banal, contrairement à ce qu'on a longtemps imaginé !

"Devant une telle profusion de molécu[...]

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