Antidopage: l’Agence mondiale et russe s’affrontent au Tribunal arbitral du sport

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L’Agence mondiale antidopage (AMA) et l’Agence russe antidopage (Rusada) s’affrontent du 2 au 5 novembre en Suisse, devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), l’instance suprême en matière de litiges sportifs. L’AMA veut que la Russie soit exclue de toutes compétitions durant quatre années, y compris les Jeux olympiques, si elle n’effectue pas les progrès réclamés ces dernières années. Rusada, elle, conteste le fondement de sanctions prononcées en décembre 2019.

Le sort de la Russie, une de nations-phares du sport mondial, se joue en grande partie en Suisse, du 2 au 5 novembre 2020. C’est devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), instance suprême en matière de litiges sportifs, que le pays de Vladimir Poutine va tenter de stopper sa mise au ban, qui a débuté en 2015 suite à la divulgation d’un dopage organisé au plus haut niveau de cet État.

Son agence antidopage (Rusada) va en effet contester devant le TAS une panoplie de sanctions proposées en décembre 2019 par l'AMA. Il s’agit notamment d’exclure la Russie de toutes grandes compétitions sportives – Jeux olympiques de Tokyo, de Pékin et de Paris inclus – pour les quatre prochaines années et de lui interdire d’en organiser sur son sol. Seuls les athlètes russes pouvant prouver leur probité pourraient ainsi s'aligner sous bannière neutre aux JO 2020, 2022 et 2024.

Une affaire qui dure depuis plus de dix ans

Les récurrentes suspicions entourant la Russie ont pris une nouvelle dimension en 2010. Une coureuse de fond (Yuliya Stepanova) et son mari, ex-contrôleur de Rusada, alertent alors l'AMA au sujet du dopage institutionnalisé dans leur pays. En 2014, le couple contribue également à une série de documentaires pour la chaîne allemande ARD.

En novembre 2015, l’AMA monte au front en demandant la suspension de la Fédération russe d’athlétisme (Rusaf) pour les Jeux olympiques 2016. En juillet 2016, celle-ci assure dans un nouveau rapport que la Russie a érigé un « système de dopage d’État sécurisé », impliquant même ses services secrets (FSB), lors des JO de Sotchi en 2014. Ledit rapport a été alimenté par les accusations de Grigory Rodchenkov. L'ancien patron du laboratoire russe antidopage, réfugié aux États-Unis, y assure avoir orchestré la dissimulation du dopage en coordination avec le ministère des Sports, alors dirigé par Vitaly Mutko, un proche de Poutine. En décembre 2016, le juriste canadien Richard McLaren remet une version finale de son enquête portant sur la période 2011-2015. Il y met en cause près de 1.000 athlètes russes issus d’une trentaine de disciplines différentes.

Des menaces pas toujours suivies d’effets

Malgré les innombrables accusations de l’AMA, la Russie et ses représentant(e)s n’ont pas toujours été sanctionné(e)s. Pour les JO 2016, le Comité international olympique (CIO) laisse ainsi la responsabilité à chaque sport le soin de bannir ou pas les athlètes russes soupçonnés ; près de 280 sont ainsi accepter à Rio et 111 interdits. Des décisions très critiquées.

Pour les JO d’hiver 2018, le CIO décrète cette fois la suspension de la Russie. Mais, juste avant les Jeux de Pyeongchang, le Tribunal arbitral du sport annule la suspension à vie de 28 des 43 athlètes russes sanctionnés par le CIO, désavouant en partie ce dernier. « Les preuves étaient insuffisantes », affirme le TAS. Ainsi, au total, 168 Russes se rendent en Corée du Sud, que ce soit sous leur drapeau ou sous bannière neutre.

Des progrès jugés insuffisants

En parallèle, Moscou joue la stratégie apparente de l’apaisement. L’AMA aussi, qui vote la réintégration de l’Agence russe (Rusada) en septembre 2018, après trois années d’exclusion. Celle-ci est toutefois assortie de conditions, notamment l’accès des données et échantillons passés du laboratoire antidopage Moscou.

En décembre 2019, l’AMA estime toutefois avoir été bernée : de nombreux éléments transmis auraient été falsifiés ou effacés par la Russie. L’Agence mondiale antidopage utilise alors le nouveau pouvoir qui lui a été conféré en avril 2018 : exclure une nation de tous les événements sportifs majeurs. Ce que conteste désormais Rusada.

Des sanctions fondées ou pas ?

Fin 2019, l’Agence russe nie tout acte répréhensible. Elle rejette les allégations de l’AMA et ses conditions de sa réintégration.

En janvier 2020, l’AMA décide alors d’attaquer le refus de Rusada de ne pas reconnaître ses torts devant le Tribunal arbitral du sport. La tâche qui attend les trois arbitres du TAS s’annonce énorme et aura de lourdes conséquences sur la planète sportive. L’Australien Mark L. Williams, l’Italien Luigi Fumagalli et le Franco-Iranien Hamid G. Gharavi vont mener durant les prochains jours la procédure dans un lieu tenu secret en Suisse, à l’abri des médias notamment. Ils rendront leurs conclusions très attendues à une date encore non-communiquée.