"Anti-négrophobe" et controversée, qu'est-ce que la Ligue de défense noire africaine?

Après les condamnations, le Rassemblement national réclame sa dissolution. La Ligue de défense noire africaine (LDNA) se retrouve dans le collimateur d'une partie de la classe politique après les déclarations de son leader et fondateur lors de la manifestation contre le racisme et les violences policières qui s'est tenue devant l'ambassade des Etats-Unis à Paris. Un rassemblement en présence de plus d'un millier de personnes malgré l'interdiction faite par la préfecture de police de Paris de l'organiser. 

"La France, c'est-à-dire l'Etat français est un état totalitaire, terroriste, esclavagiste, colonialiste! L'Etat français exploite son propre peuple, alors vous imaginez ce qu'ils font en Afrique", s'est exprimé Egountchi Behanzin le leader de la Ligue de défense noire africaine. 

"Ça va durer combien de temps ces scandaleux propos? Il est nécessaire et urgent de dissoudre La Ligue de Défense Noire", a réagi dans la foulée Sébastien Chenu, le porte-parole du Rassemblement national. De son côté, l'ancien eurodéputé et membre du bureau exécutif du parti Bruno Gollnisch a suggéré aux militants de la LDNA de repartir "dans leur pays d'origine". Demande partagée par le président du groupe RN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté qui a tweeté au cours du week-end: "Partez vite! Partez loin!"

"Anti-négrophobie"

La Ligue de défense noire africaine se définit sur les réseaux sociaux comme "un Mouvement pour la défense des droits des Afrodescendants et des Africains menant des actions sociales et humanitaires". Son leader et porte-parole se définit lui-même comme un "activiste politique anti-négrophobie, panafricain et révolutionnaire". Très active sur les réseaux sociaux, elle est suivie par près de 8500 personnes sur Twitter, plus de 53.000 sur Instagram et plus de 135.000 sur Facebook. Elle aurait été créée en 2007.

Ses premiers coups médiatiques remontent au mois d'avril 2018 avec l'irruption d'un militant de la LDNA dans une agence du Crédit agricole où travaille Romain Espino, militant et porte-parole du mouvement d'extrême-droite Génération identitaire. La LDNA réclame sa démission quelques jours après l'action anti-migrants menée à la frontière entre la France et l'Italie dans les Alpes par le mouvement identitaire.

Coups médiatiques

La Ligue de défense noire africaine est désormais une habituée de ce type d'opérations coup de poing. En mars 2019, une cinquantaine de militants de ce rassemblement controversé empêche la tenue d'une représentation d'une pièce de théâtre à la Sorbonne dans laquelle les comédiens portent des masques noirs. La LDNA y voit du racialisme et de la "négrophobie raciale".

"On ne peut plus nous représenter de cette manière déshumanisante. Pour jouer des noirs sur scène il faut prendre des comédiens noirs. Le théâtre doit être représentatif de la société", réagissait alors Egountchi Behanzin, son porte parole.

Un mois plus tard, en avril, nouvelle mobilisation de la LDNA pour tenter de faire annuler l'exposition Toutânkhamon: le trésor du pharaon à la Grande Halle de la Villette à Paris. Pour les militants, les commissaires de cette grande exposition tente de nier l'origine africaine des pharaons.

"C’est la falsification de l’histoire africaine, le blanchiment de l’histoire, et dans cette dynamique-là, il y a le blanchiment de la civilisation égyptienne", affirme le militant de la LDNA Émilien Missuma cité par Radio Canada.

Plus récemment, deux militants de la ligue ont été reconnus coupables d'acte d'intimidation envers l'ancien maire de Levallois-Perret Patrick Balkany après l'avoir pris à partie verbalement dans les rues de cette ville où quelques mois plus tôt la LDNA avait rendu public l'histoire d'une boulangère en conflit avec la mairie. Au début du mois de mai, des militants ont déboulonné les statues de Victor Schoelcher. Un homme politique connu pour avoir pourtant œuvré pour l'abolition de l'esclavage en France.

A Nice, l'organisatrice des manifestations contre les violences policières organisées ce week-end s'est désolidarisé de la Ligue de défense noire africaine, dont le logo figurait sur l'affiche du rassemblement, "après avoir pris connaissance du passé de son fondateur".

"Je ne veux aucun débordement. Cet événement est pacifique et doit, avant tout, rendre hommage aux victimes", a-t-elle précisé à Nice-Matin.


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Article original publié sur BFMTV.com