EN IMAGES - 2020 : une année géopolitique mouvementée sur fond de Covid-19

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(CDC/API/Gamma-Rapho via Getty Images)
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Brexit, tensions sino-américaines, réveil européen, conflit armé dans le Caucase, élection cruciale au pays de l’Oncle Sam, le tout sur fond de pandémie mondiale : l’année écoulée fut pour le moins chaotique. Retour sur les convulsions qui ont agité la planète ces douze derniers mois.

L’OMS déclare l’état d’urgence

Le 30 janvier, environ un mois après qu’un nouveau coronavirus a été identifié à Wuhan, dans la province du Hubei (Chine), l’OMS tire la sonnette d’alarme. Suivant l’avis du Comité d’urgence de l’agence onusienne, son directeur, Tedros Adhanom Ghebreyesus, déclare que la flambée de nouveau coronavirus (20019-nCoV) constitue une urgence de santé publique internationale (USPPI).

À cette date, un total de 7818 cas ont été confirmés dans le monde, pour la plupart en Chine, 82 étant signalés dans 18 autres pays. Un mois et demi plus tard, profondément préoccupée à la fois par les niveaux alarmants de propagation et de sévérité de la maladie, l’OMS estimera que la Covid-19 peut être qualifiée de pandémie. Laquelle a affecté à ce jour plus de 76 millions de personnes et fait plus de 1,7 millions de morts dans le monde.

(FABRICE COFFRINI/AFP via Getty Images)
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L’heure du Brexit a sonné

Le 31 janvier à 23 heures, heure britannique, le Royaume-Uni quittait officiellement l’Union européenne, quatre ans après le référendum du 23 juin 2016, remporté avec 51,9 % des voix par les tenants du Brexit. Le plus difficile restait néanmoins à faire : régler tous les détails de la future relation entre les deux parties. Jeudi 24 décembre dernier, après dix mois de discussions acharnées, l'UE et le Royaume-Uni sont finalement parvenus à un accord, dissipant une fois pour toute le spectre d’un “No Deal”.

Vidéo : “Un accord vaut mieux qu'un Brexit sans accord"

De quoi satisfaire le Premier ministre britannique, Boris Johnson, prompt à publier sur Twitter une photo de lui exultant, bras écartés et pouces levés, avec pour légende : “L’accord a été trouvé”, ajoutant qu’il s’agissait d’un accord “bon pour toute l’Europe”. Une publication 2.0 à laquelle a répondu en écho celle d’Emmanuel Macron, qui a salué sur Twitter “l’unité et la fermeté européennes”. “L’accord avec le Royaume-Uni est essentiel pour protéger nos citoyens, nos pêcheurs, nos producteurs. Nous nous assurerons que c’est bien le cas, a-t-il ajouté. L’Europe avance et peut regarder vers l’avenir, unie, souveraine et forte.” Farewell, messieurs les Anglais.

Etats-Unis/Chine : une année d’escalade

Après deux ans d’invectives, de sanctions douanières et de mesures de rétorsion, la tension est encore montée d’un cran cette année entre les deux plus grandes puissances mondiales. Le 17 mars dernier, alors que le virus a déjà tué plus d’Américains que la guerre du Vietnam, Donald Trump évoque dans une conférence de presse le “virus chinois”, faisant clairement reposer la responsabilité de la pandémie sur l’Empire du Milieu. Il enfonce le clou quelques semaines plus tard, en remettant en cause la “prétendue transparence” du régime chinois. Des accusations auxquelles Pékin répondra de manière cinglante : “Les politiciens américains n’ont qu’un seul objectif : masquer leurs mensonges et leurs faiblesses dans la prévention et le contrôle de cette épidémie, et détourner ainsi l’attention du public”.

L’escalade verbale va laisser place, fin avril, à un inquiétant ballet en mer de Chine entre navires militaires des deux nations. Après quoi Mike Pompeo, le secrétaire d’Etat américain, va remettre de l’huile sur le feu en mai, affirmant que le virus s’est échappé de l’Institut de virologie P4 de Wuhan, sans apporter la moindre preuve. “Assertion totalement absurde et malsaine”, rétorque alors le ministère chinois des Affaires étrangères, pendant que sur les réseaux sociaux chinois, se répand la rumeur selon laquelle des soldats américains ont importé le virus en octobre 2019, lors des Jeux militaires mondiaux organisés à Wuhan. Ajoutez à cela des dossiers aussi brûlants que les droits de l’homme, la reprise en main musclée de Hong-Kong par la Chine, ou encore la mise au ban du géant des télécoms chinois Huawei, et vous comprendrez aisément que le choc des titans n’a pas fini d’alimenter la rubrique “International” des quotidiens.

(Getty Images)
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UE : un accord historique

Le 21 juillet dernier, au terme d’un sommet marathon de plus de quatre jours opposant les “pays frugaux” (Pays-Bas, Danemark, Suède, Autriche) au couple franco-allemand et ses alliés, les dirigeants européens parviennent à un accord historique. Devant l’urgence d’une réponse commune face à la récession provoquée par la pandémie, les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 s’accordent sur les modalités d’un plan de relance de 750 milliards d’euros, adossé au budget à long terme de l’UE (2021-2027), doté quant à lui de 1 074 milliards d’euros.

Fait inédit : une partie du plan consiste pour la première fois en la constitution d’une dette commune. De quoi susciter l’enthousiasme d’Emmanuel Macron, qui tweetera dans la foulée de l’accord : “C’est un jour historique pour l’Europe”. Un bon moyen, en tout cas, de resserrer les rangs d’une Union de plus en plus fragilisée ces dernières années.

(JOHN THYS/POOL/AFP via Getty Images)
(JOHN THYS/POOL/AFP via Getty Images)

Les Etats-Unis se replient sur eux-mêmes

Chantre de l’”America First” depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a surtout symboliquement acté, par deux fois cette année, le retrait américain du concert des nations. Un isolement volontaire concrétisé de manière spectaculaire en juillet dernier, avec le lancement officiel de la procédure de retrait des Etats-Unis de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), accusée par le président américain d'avoir tardé à réagir face à la pandémie (sic), et de se montrer trop indulgente avec la Chine.

Un coup dur pour l’agence onusienne, dont le budget est abondé à hauteur de 15 % par l’Oncle Sam. Ce retrait américain sera suivi en novembre d’un second, plus retentissant encore, mais prévisible : la sortie officielle des Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. “J’ai retiré les États-Unis de l’accord injuste et partial de Paris sur le climat, un accord très injuste pour les États-Unis”, déclarait alors le locataire de la Maison Blanche, dans une vidéo diffusée à l’occasion d’un sommet virtuel du G20 organisé par l’Arabie saoudite. La victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle devrait néanmoins changer la donne.

(SAUL LOEB/AFP via Getty Images)
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La Turquie selon Erdogan

Cette année, le président turc a clairement tourné le dos à l’Occident, en poursuivant un double objectif : redonner toute sa place à l’islam au pays d’Atatürk, et faire en sorte que l’héritière de l’Empire ottoman retrouve son rang dans le monde. C’est à cette aune qu’il faut lire, cette année, les différentes initiatives et autres coups de menton du maître d’Ankara, comme l’organisation d’une prière musulmane durant l’été dans le musée Sainte-Sophie d’Istanbul (ancienne basilique Sainte Sophie), ou encore l'envoi d'un navire d’exploration gazière en Méditerranée orientale, une zone convoitée par la Grèce.

L’activisme provocateur d’Erdogan a toutefois connu son acmé en octobre dernier, à la suite des déclarations d’Emmanuel Macron sur le “séparatisme islamiste” et la nécessité de “structurer l’islam” en France, consécutives à l’assassinat de Samuel Paty. Y voyant une provocation, le président turc avait alors déclaré au sujet de son homologue : “Tout ce qu'on peut dire d'un chef d'Etat qui traite des millions de membres de communautés religieuses différentes de cette manière, c’est : allez d'abord faire des examens de santé mentale”. Une mise en bouche, en comparaison de son discours du 26 octobre à Ankara, au cours duquel, s’en prenant cette fois à l’Union européenne, il déclara que les musulmans d’Europe font l’objet d’une “campagne de lynchage semblable à celle contre les Juifs d'Europe avant la Deuxième Guerre mondiale”.

(Emmanuele Contini/Getty Images)
(Emmanuele Contini/Getty Images)

Le bruit du canon résonne dans le Haut-Karabakh

Le 27 septembre dernier, après plusieurs mois de montée des tensions ponctuées d'escarmouches le long de la frontière, des combats éclatent entre l’Arménie et l'Azerbaïdjan, pour le contrôle du Haut-Karabakh. Cette République séparatiste arménienne, non reconnue par la communauté internationale, fait depuis des décennies l’objet d’un conflit entre les deux Etats, qui s’étaient déjà livrés une longue guerre pour son contrôle entre 1987 et 1994. Laquelle fut remportée à l’époque par l’Arménie. Cette fois, le rapport de force s’inverse. Après un mois et demi de combats intenses, Bakou, soutenue par la Turquie, met les forces arméniennes en déroute. Bilan : 2600 morts côté arménien, et Stepanakert, la capitale de la “République d’Artsakh”, se retrouve enclavée, seulement reliée à l’Arménie par un fragile corridor contrôlé par l’armée russe. Le 10 novembre, un cessez-le-feu signé sous égide russe entérine la victoire de l’Azerbaïdjan. Un accord de paix néanmoins fragile…

(ARIS MESSINIS/AFP via Getty Images)
(ARIS MESSINIS/AFP via Getty Images)

Le “complot” contre l’Amérique

Le 4 novembre dernier, le monde entier avait les yeux rivés sur les urnes américaines. Rarement en effet, une élection présidentielle avait semblé aussi déterminante pour l’avenir du monde. Il aura fallu néanmoins attendre une (longue) semaine, et un tout aussi interminable comptage des bulletins de vote par correspondance, pour que Joe Biden soit officiellement déclaré vainqueur du scrutin. Pas de quoi convaincre son adversaire, le président sortant Donald Trump, qui ne cesse depuis de crier au scandale et à la fraude. Las pour le futur ex-locataire de la Maison Blanche, ses multiples recours juridiques - plus de 50 ont été déposés - ont fait long feu. Le coup de grâce a sans doute été porté le 14 décembre dernier, lorsque les grands électeurs ont reconnu la victoire de Joe Biden, devenu de fait le 46è président des Etats-Unis. La passation de pouvoir entre les deux hommes, le 20 janvier prochain, promet d’être mémorable. Si tant est que Donald Trump daigne s’y rendre...

(Chip Somodevilla/Getty Images)
(Chip Somodevilla/Getty Images)

Climat : COP 21, joyeux anniversaire ?

Le 12 décembre dernier, l’Accord de Paris fêtait ses cinq ans. Un triste anniversaire, au regard des progrès enregistrés dans la lutte contre le réchauffement climatique. En 2015, c’était pourtant sous les vivats des délégations de 195 pays que Laurent Fabius avait symboliquement marqué la fin des négociations, d’un coup de maillet resté dans les mémoires. À l’époque, la quasi-totalité de la planète s’était engagée à contenir le réchauffement “nettement” au-dessous de + 2°C, et si possible au-dessous de + 1,5°C, par rapport à l'ère pré-industrielle. Or aujourd’hui, le compte n’y est pas : au rythme actuel, l’augmentation de la température sera de l’ordre de 3 à 4°C, bien au-dessus du seuil critique.

Vidéo : "De toute évidence, il fait plus chaud ici", dit une scientifique de la station météo la plus proche du pôle Nord

Pour tenter de redonner du souffle aux ambitions climatiques des gouvernements, un sommet virtuel s’est tenu le 13 décembre dernier. Si 24 Etats se sont engagés à cette occasion à atteindre la neutralité carbone, le bilan dudit sommet n’a pas suscité l’enthousiasme des observateurs. À commencer par Laurence Tubiana, l’architecte de l’accord de Paris et directrice de la Fondation européenne pour le climat : “Le sommet a marqué quelques avancées intéressantes, mais la relève des objectifs climatiques de court terme, indispensable, est surtout le fait de petits pays et de l’Union européenne”, a-t-elle commenté auprès du Monde. “Il faudra beaucoup de pression pour que les pays du G20 [qui émettent 78 % des gaz à effet de serre] se dotent d’objectifs climatiques plus ambitieux à court terme, d’ici à 2030, et pas seulement en 2050, avec le cap de la neutralité carbone”. Il y a du boulot…

(KENZO TRIBOUILLARD/POOL/AFP via Getty Images)
(KENZO TRIBOUILLARD/POOL/AFP via Getty Images)

La course au(x) vaccin(s)

C’est Vladimir Poutine qui a tiré le premier. Le 11 août dernier, le président russe annonçait en effet depuis le Kremlin la mise au point d’un vaccin contre la Covid-19, précisant, à destination des sceptiques, que sa fille avait fait partie des toutes premières à bénéficier du “Spoutnik V”. Deux semaines plus tard, c’était au tour de Donald Trump, en retard dans les sondages et très controversé pour sa gestion de la crise sanitaire, d’annoncer l’arrivée d’un vaccin “made in USA” d’ici la fin de l’année, voire avant le jour de l’élection présidentielle. De son côté, l’Union européenne plaidait à l’automne pour une coopération internationale, et une répartition équitable des précieux sérums via un dispositif baptisé “Covax”.

Vidéo : Effets secondaires, mutation du virus, retour à la vie normale… les choses à savoir sur le vaccin contre le Covid-19

Au total à travers le monde, ce sont pas moins de 200 industries, laboratoires et instituts qui se sont mobilisés pour mettre au point un vaccin contre le virus. À l’arrivée, neuf d’entre eux ont à ce jour passé les trois phases de tests nécessaires à leur homologation - dont quatre sont chinois. Les firmes pharmaceutiques qui les ont mis au point se sont toutes engagées à respecter les standards d’efficacité et de sécurité fixés par l’OMS. Reste désormais le plus difficile : vacciner plusieurs milliards d’êtres humains en un minimum de temps. 2021, année de tous les défis ?

(MLADEN ANTONOV/AFP via Getty Images)
(MLADEN ANTONOV/AFP via Getty Images)