Années de plomb: la presse italienne réagit vivement au refus français d’extrader dix militants

Mondadori via Getty Images - Mondadori Portfolio

Le refus d'extradition, sans distinction, de dix anciens militants italiens d'ultra -gauche, protégés par la « Doctrine Mitterrand », appliquée à ceux qui avaient renoncé à la lutte armée, indigne la presse transalpine, indépendamment de ses orientations politiques.

La justice française s'est opposée ce mercredi 29 juin à l'extradition de dix anciens activistes italiens d'extrême gauche réclamés par l'Italie pour leur rôle pendant les « années de plomb », un dossier qui empoisonne les relations entre les deux pays depuis quarante ans. Les titres des quotidiens italiens se ressemblent tous au lendemain de cette décision, rapporte notre correspondante à Rome, Anne Le Nir. « La gifle infligée à l'Italie », « la claque française », « le camouflet de la France ».

Pour la Repubblica, « la cour d'Appel de Paris garantit, de fait, l'impunité à des responsables de délits de sang et humilie la justice italienne ». Il Messaggero renchérit en parlant d'une « fausse interprétation de l'Italie répressive et liberticide des années 1970-1980 qui aboutit à la négation de la justice ».

« Page dramatique de l'histoire de l'Italie »

Au sein du gouvernement, la ministre de la Justice, Marta Cartabia, ne cache pas sa surprise et rappelle que « la décision de justice était attendue de longue date par le pays tout entier car elle concerne une page dramatique de l'histoire de l'Italie ».

Quant aux partis de droite, la Ligue de Salvini en tête, ils fustigent « la France qui protège des meurtriers ». Tandis que le Parti démocrate fait part de sa « déception » face à « une décision qui rouvre les blessures des familles des victimes du terrorisme des Années de plomb ».

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À la surprise générale, après des mois de tractation, le président Emmanuel Macron avait décidé au printemps 2021 de favoriser la mise à exécution des demandes d'extradition de ces deux femmes et huit hommes, renouvelées un an auparavant par Rome.

Mais la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris s'est appuyée sur le respect du droit à la vie privée et familiale et sur le respect du droit à un procès équitable, prévus par les articles 8 et 6 de la Convention européenne des droits de l'homme, pour rendre un avis défavorable au renvoi dans leur pays des dix anciens militants, âgés de 61 à 78 ans.

Ce jeudi 30 juin, Emmanuel Macron a réaffirmé jeudi son souhait que les dix ex-activistes italiens d'extrême gauche réclamés par l'Italie pour leur rôle pendant les « années de plomb » soient « jugés sur le sol italien ». « J'ai appuyé la demande du gouvernement italien pour ces brigadistes » en faveur de leur extradition, a affirmé le président français, ajoutant souhaiter « voir si un recours en cassation est possible » ou « s'il y a encore des voies juridictionnelles qui nous permettraient d'aller plus loin ».

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