Angela Merkel quitte le pouvoir en Allemagne, avec un bilan en partie inattendu

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Le 10 septembre 2015, Angela Merkel est photographiée avec le réfugié syrien Anas Modamani. Dans une Allemagne en ébullition qui accueille alors des cohortes de Syriens, d'Irakiens et d'Afghans avec des pancartes de bienvenue et des ours en peluche, l'image du jeune homme de 18 ans et de la chancelière fait le tour du monde. (Photo by Sean Gallup/Getty Images) (Photo: Sean Gallup via Getty Images)
Le 10 septembre 2015, Angela Merkel est photographiée avec le réfugié syrien Anas Modamani. Dans une Allemagne en ébullition qui accueille alors des cohortes de Syriens, d'Irakiens et d'Afghans avec des pancartes de bienvenue et des ours en peluche, l'image du jeune homme de 18 ans et de la chancelière fait le tour du monde. (Photo by Sean Gallup/Getty Images) (Photo: Sean Gallup via Getty Images)

ALLEMAGNE - Clap de fin. Angela Merkel tirera sa révérence dimanche 26 septembre à l’issue des élections fédérales après quatre mandats successifs à la tête de l’Allemagne. D’elle, ces concitoyens retiendront sa longévité et sans doute son calme, sa rigueur ou encore ses mains en losange... mais aussi d’autres choses surprenantes.

30 novembre 2005, au Bundestag à Berlin: “Nous voulons créer les conditions pour que l’Allemagne soit dans le top 3 en Europe dans 10 ans”, déclare la nouvelle chancelière Merkel.

Elle n’aura pas eu dix ans, mais presque seize pour mener à bien ses missions. C’est chose faite, au moins en partie. “Si l’objectif était de faire de l’Allemagne une puissance plus forte, avec un chômage plus bas, oui elle l’a atteint, même si elle a surtout bénéficié des réformes de son prédécesseur”, analyse pour Le HuffPost Paul Maurice, chercheur au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l’Institut français des relations internationales.

En revanche, l’Allemagne l’a attendue en vain sur une grande réforme économique et sociale, jamais arrivée. Mais Angela Merkel a été là où on ne l’attendait pas: parfois par stratégie politique, parfois par pragmatisme, parfois peut-être aussi simplement par humanité.

Merkel la stratège: le nucléaire et le mariage pour tous

Angela Merkel est entrée dans l’arène politique en 1990, en même temps que les premières élections de l’Allemagne réunifiée. Aussi, lorsqu’en 2011 elle doit gérer la panique ambiante après la catastrophe nucléaire de Fukushima, elle a déjà vingt et un ans d’expérience politique derrière elle. Il lui faudra bien ça pour réussir à tirer profit d’une décision à rebours de ses positions antérieures: faire sortir l’Allemagne du nucléaire au 31 décembre 2022.

En 2002, Angela Merkel fait partie de ceux qui critiquent la décision de Gerhard Schröder de renoncer progressivement à cette énergie. En septembre 2010, elle fait prolonger la durée de vie des centrales allemandes, ce qui satisfait son parti la CDU (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne), plutôt favorable à l’atome.

Six mois plus tard, le 11 mars 2011, Fukushima. En Allemagne, l’inquiétude est palpable. Merkel rassure pendant trois jours. Avant de nuancer sa position, puis de changer radicalement d’avis. Les manifestations qui se sont enchaînées y sont pour quelque chose, mais pas seulement. Angela Merkel et son camp sont conscients de la montée des Verts et de l’enjeu électoral qui se profile derrière la sortie du nucléaire. La même année, l’arrivée des écologistes dans le gouvernement du Land de Bade-Wurtemberg, conservateur et acquis jusqu’alors sans partage à la CDU, est perçue comme un “camouflet” et alerte la Chancellerie, explique Paul Maurice.

Angela Merkel se rend compte que si elle ne fait rien pour les questions écologiques et environnementales, elle laisse un espace ouvert pour les Verts qui risquent de monter en puissance.” L’affaire sera rondement menée: le 30 juin, le Bundestag vote la proposition de loi du gouvernement qui acte la fin du nucléaire en Allemagne.

Merkel la stratège est encore plus visible derrière une autre réforme marquante de son mandat: le mariage pour tous. La loi votée en 2017 a pu l’être après la porte ouverte par Angela Merkel... qui a elle-même voté contre.

“C’est une stratégie politique très claire. Elle a mis la loi à l’ordre du Bundestag lors de la dernière session du Parlement en juin 2017, juste avant les élections en septembre. Le SPD et les Verts avaient pour objectif de faire de cette thématique un thème de campagne pour se positionner et se démarquer de la CDU sur ces questions”, explique Paul Maurice. Angela Merkel leur a donc grillé la politesse, tout en ménageant son propre parti conservateur avec son vote contre.

Merkel la pragmatique: la mutualisation de la dette

La politique budgétaire d’Angela Merkel aurait pu se résumer en un mot: la rigueur, la rigueur et encore la rigueur, au point de sanctionner les mauvais élèves de la zone euro. La Grèce en a fait les frais en 2012. Mais la pandémie de coronavirus aura eu raison de cette doctrine économique. Angela Merkel est contrainte de revoir sa position et de soutenir l’idée d’une dette commune.

“C’est vraiment un revirement de la part de l’Allemagne, certes sous pression française et européenne et avec la médiation de Von der Leyen. Merkel l’accepte par pragmatisme”, selon le spécialiste de l’Allemagne Paul Maurice.

Pour la chancelière, il y a plusieurs enjeux: il faut bien sûr limiter la casse économique post-pandémie, mais il s’agit également de ne pas fracturer un peu plus l’UE, surtout pas au détriment du couple franco-allemand. La France est un ardent défenseur du projet, l’Allemagne finit par rejoindre le bateau. “C’était aussi une manière de montrer que l’Allemagne avait un peu tiré les leçons de la crise de 2012, et qu’elle ne pensait pas seulement à ses intérêts, mais à ceux de l’Europe”, ajoute Paul Maurice.

Merkel l’humaine: la crise des réfugiés

“Si on regarde d’une manière générale, je pense que ce qu’on retiendra d’elle, la chose peut-être la plus marquante, c’est l’accueil des réfugiés” en 2015, estime Paul Maurice.

En août de cette année-là, Angela Merkel se dit prête à accueillir une grande partie des milliers de personnes qui errent sur les routes de l’Europe, après avoir fui la Syrie pour une grande partie d’entre eux. “Wir schaffen das!” (“On y arrivera!”), martèle la chancelière.

Le choix est risqué pour son électorat conservateur de la CDU et plus encore celui de la CSU bavaroise, plus à droite. Mais Angela Merkel y va. “Elle a fait le pari que l’opinion allait se mobiliser, ce qui s’est en grande partie réalisé”. Il y a également la nécessité de respecter la ligne de conduite européenne dont l’Allemagne est (veut être) le fer de lance, sans oublier un aspect très “pragmatique”: “l’Allemagne est un pays vieillissant et donc a aussi besoin d’une main-d’œuvre importante”, rappelle Paul Maurice. Mais la décision de la chancelière a aussi pu lui être dictée par humanité. Elle-même a employé le terme, alors qu’elle était interrogée quelques années plus tard pour savoir si elle regrettait son choix.

“On dit souvent que c’est sa décision la plus sincère, la plus réfléchie et la plus humaniste. Cela s’explique peut-être par sa formation, le fait qu’elle vienne de l’Est de l’Allemagne et qu’elle comprend peut-être plus que d’autres responsables politiques le fait de fuir son pays pour des raisons politiques, sociales et/ou économiques. Peut-être aussi que cela s’explique en partie par son humanisme chrétien, son éducation protestante, dans l’accueil des autres… Tout cela a pu aussi jouer”, analyse Paul Maurice.

Après seize ans aux commandes de l’Allemagne, Angela Merkel peut donc se réjouir de laisser un pays en meilleure santé économique, et avec des progrès notables sur les questions sociétales. Son bilan n’est cependant pas sans tâche et pêche particulièrement sur les questions environnementales. Un autre reproche peut aussi lui être fait: celui de n’avoir pas su préparer sa succession, laissant la porte ouverte à toutes les surprises à quelques jours du scrutin.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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