L'Etat, grand "absent" du procès d'une ex-responsable de cellule de déradicalisation

Tiphaine LE LIBOUX
Des avocats au Palais de Justice, le 13 décembre 2016 à Paris

Paris (AFP) - Sonia Imloul, ex-responsable d'une des premières structures de déradicalisation en France, a été condamnée lundi à quatre mois de prison avec sursis notamment pour détournement de subventions. Sa défense s'est interrogée sur l'"absence" de l'Etat dans cette affaire et a questionné sa vigilance.

Le procureur avait requis une peine de 100 jours-amende à 200 euros, soit 20.000 euros, estimant que le détournement était "démontré".

Sonia Imloul, 43 ans, était poursuivie devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir détourné, via un RIB falsifié, deux subventions de 25.000 et 35.000 euros destinées à sa structure, chargée d'accompagner les familles de jeunes tentés par le jihad et de mettre en place des mesures de désendoctrinement.

Les autorités lui reprochaient également d'avoir employé trois personnes, parties civiles au procès, sans leur verser de salaire, ni leur fournir de contrat de travail. L'une, une mère de famille qui avait rejoint l'association après le départ de sa fille en Syrie, a finalement eu un contrat antidaté et dit avoir perçu une partie des sommes dues.

La cellule de Sonia Imloul était l'une des premières à ouvrir en France, à l'été 2014, dans la foulée du lancement d'un numéro vert gouvernemental pour recueillir les signalements de personnes radicalisées et les diriger ensuite vers des structures comme la sienne.

Baptisée "Maison de la prévention et de la famille", elle accueillait dans un appartement loué à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) des jeunes ou des familles envoyés par la préfecture de police de Paris. Elle avait mis la clef sous la porte un an plus tard, les autorités lui ayant retiré leur soutien.

- "Elle a fait comme elle a pu" -

Oui, sa "gestion" était "déplorable", a dit son avocate, Jacqueline Laffont.

Mais, a-t-elle estimé, "il n'y a pas détournement". "Les fonds ont bien été affectés à la mission, la mission a bien été effectuée", a-t-elle assuré, en justifiant "presque à l'euro près" les dépenses de sa cliente, longs cheveux blond platine attachés en queue de cheval.

Interrogé à la barre, Julien Revial, ex-employé et partie civile, a lui aussi considéré "caricatural de dire que cette association était une coquille vide": "Il y a des familles qui son venues, un véritable travail a été fait".

Sonia Imloul a "fait ce qu'elle a pu, comme elle a pu", a ajouté Me Laffont, estimant qu'"on a fait porter" à sa cliente, "lâchée dans la nature", des "missions extrêmement difficiles, délicates, voire dangereuses".

L'avocate s'est interrogée sur les torts à imputer à l'Etat, grand "absent" de l'affaire. Absent en tant que "victime" du détournement, mais aussi "absent de l'enquête".

"Pourquoi les représentants des services qui ont monté ce projet, qui l'ont financé, qui ont confié cette tâche à Mme Imloul n'ont jamais été entendus?", s'est-elle interrogée.

Elle s'est aussi demandée si des recherches avaient été faites sur le profil de Mme Imloul, qui a dit à la barre qu'elle était interdite bancaire à l'époque des faits, et alors qu'au cours de l'audience le président du tribunal a pointé les "fiches de police désastreuses" de cette dernière, mise en cause, sans avoir été condamnée, dans plusieurs affaires d'escroquerie dans les années 80.

"Ou cela n'a pas été fait, et on a des raisons d'être inquiets. Ou cela a été fait, on connaissait sa situation (...) et au moment où ça commence à ne pas aller, on la renvoie devant le tribunal", a déploré l'avocate. "Cette affaire me laisse très inquiète sur la façon dont sont encadrées les missions de lutte contre la radicalisation."

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