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Un ancien employé de Sonacotra mis en examen pour viols sur des enfants

Un ancien employé est accusé d'avoir violé des enfants issues de familles maliennes dans les années 1990 dans l'un des nombreux foyers parisiens gérés par la Sonacotra (JEFF PACHOUD)
Un ancien employé est accusé d'avoir violé des enfants issues de familles maliennes dans les années 1990 dans l'un des nombreux foyers parisiens gérés par la Sonacotra (JEFF PACHOUD)

Dans les années 1990, des familles maliennes sont relogées dans l'un des nombreux foyers parisiens gérés par la Sonacotra. Un ancien employé est accusé d'y avoir violé des enfants, et Hawa s'exprime pour la première fois publiquement.

"Je parle pour que d'autres parlent à leur tour", explique à l'AFP la femme âgée de 39 ans, sous couvert d'anonymat, dans le cabinet de son avocat.

Jusqu'ici, elle avait réservé son témoignage à la justice.

En 2022, la Brigade de protection des mineurs (BPM) la contacte, lui disant enquêter sur un certain Marcel H., employé de la Sonacotra (aujourd'hui Adoma) jusqu'en 2006.

Une première femme, que l'AFP n'a pu joindre, a déposé plainte en 2021 pour viols et a parlé aux policiers d'autres victimes, dont Hawa.

"Cet appel fait tout jaillir d'un coup", se souvient Hawa. Après "plusieurs semaines et nuits d'angoisse", elle décide de témoigner, suscitant "une espèce de soulagement". "C'est important qu'on soit venu me chercher".

Hawa espère à son tour "tendre la main" aux éventuelles autres victimes.

- "Prédateur en costume" -

Marcel H., aujourd'hui septuagénaire, a été mis en examen à Paris en juillet 2022 pour viols et une tentative de viol sur mineurs de 15 ans, entre 1992 et 1996, a appris vendredi l'AFP de sources proches du dossier. Quatre victimes ont été identifiées, dont trois se sont constituées parties civiles.

La Sonacotra a été créée en 1956 par les pouvoirs publics pour résorber les bidonvilles et accueillir des travailleurs, notamment algériens. La structure s'est ensuite développée en créant des foyers partout en France.

Dans les années 1990, Marcel H. "récupérait le montant des loyers auprès des familles relogées dans un immeuble du 19e arrondissement de Paris voué à la démolition", selon une source policière.

D'après Hawa, l'homme s'était rendu indispensable dans un contexte de grande précarité: aide aux devoirs, sorties au cinéma, cadeaux...

"Nos parents s'occupaient très bien de nous, je n'ai pas eu une enfance difficile", se rappelle Hawa, "mais dans les années 1990, un homme qui donnait de son énergie et de son argent à des familles immigrées, on ne le soupçonnait absolument pas, il était en milieu conquis".

Pour l'avocat de Hawa, Seydi Ba, ce dossier révèle "des jeux de pouvoir". Le mis en cause, "prédateur en costume", "a ciblé ces enfants car ils avaient une double vulnérabilité du fait de leur âge mais aussi de leur origine. Leurs parents immigrés ne parlaient pas le français".

Sauf qu'aujourd'hui "le monde a changé", souligne Hawa. "Les victimes sont davantage prises en considération, les enfants davantage protégés, c'est le moment ou jamais de parler et ne pas laisser ce Monsieur sévir".

- Dénégations -

"Grâce au formidable travail de la BPM, ces adultes cabossés vont pouvoir se tenir debout et confronter les dénégations butées de celui qu'elles ont jadis appelé +M. Sonacotra+", a réagi Moad Nefati, avocat de la plaignante initiale.

Quelle "responsabilité imputée à Sonacotra" ? soulève Me Ba. "Il y a toujours des familles précaires en difficulté. Adoma a-t-elle renforcé le contrôle de ses employés ?".

Adoma a répondu à l'AFP "ne pas commenter une enquête en cours" mais être "profondément choquée" des faits reprochés à Marcel H., qu'elle a "découverts au moment de l'ouverture d'enquête". La société a assuré avoir "apporté tout l'appui nécessaire" à la police.

De son côté, Marcel H., sous contrôle judiciaire, "conteste farouchement". "Sa famille et lui sont très atteints par ces accusations", a assuré son avocat, Jérôme Goudard.

D'après ses interrogatoires en juillet 2022, dont l'AFP a eu connaissance, Marcel H. a affirmé que "des femmes africaines lui faisaient des propositions" sexuelles, mais qu'il n'avait "jamais cédé". Le septuagénaire a estimé que les parties civiles avaient "monté un dossier" contre lui, avançant que "ces familles essayaient de profiter de tout".

L'homme a aussi déclaré ne pas consommer de pornographie. Pourtant, les enquêteurs ont récemment découvert dans son téléphone "3.800 photos à caractère pornographique" et des photos "d'un enfant nu" sur des clefs USB.

Les investigations se poursuivent, et Hawa souhaite être confrontée à celui qu'elle accuse. "Je veux le regarder droit dans les yeux et lui demander pourquoi il m'a fait ça. Je veux qu'il sache qu'il m'a détruite, mais pas totalement. Je veux qu'il me voie."

clw-gd-est/cal/tes